Ibid- hom. 10, $(Mi<jne LX
Doctrine des Pérès latins antérieurs à saint Augustin sur le péché originel, la grâce et la prédestination. — Saint Hilaire
Parmi les Pères latins qui se succédèrent depuis le Concile de Nicée jusqu'au temps de saint Augustin, trois surtout se signalèrent non seulement comme des témoins authentiques de la tradition, mais encore comme de grands théologiens, et méritèrent le titre glorieux de docteurs de l'Eglise. Ce sont saint Hilaire, saint Ambroise et saint Jérôme. Celui-ci fut même le contemporain de saint Augustin ; les deux premiers forment, pour la doctrine théologique du péché originel, la transition entre les Pères grecs et saint Augustin ; ils ont, en outre, étendu la terminologie latine et donné un plus grand développement à l'œuvre de Tertullien et de saint Cyprien. Ils ne conservèrent cependant de Tertullien que ce qui est d'accord avec la doctrine de l'Eglise. Si ces témoins anténicéens de la tradition de l'Eglise latine s'exprimèrent sur le péché originel plus clairement que les autres Pères grecs, c'est qu'ils attribuèrent la transmission du péché à la génération charnelle et qu'ils impliquèrent la concupiscence désordonnée dans l'idée du péché originel. Les Pères grecs d'Orient, adversaires du gnosticisme, devaient veiller sur leurs expressions et étaient surtout poussés à «affirmer la liberté de l'homme et le caractère négatif du mal. Cette différence d'exposition n'accuse pas une différence de foi ni d'interprétation de la doctrine révélée. Le dogme présente toujours des aspects divers. L'un voit et explique plutôt celui-ci, l'autre celui-là. De plus, le traducianisme et son opinion sur la matérialité de rame eurent une grande influence sur Tertullien et sur sa manière d'envisager la transmission héréditaire de l'inclination au péché. Il admet, en effet, une sorte d'infection, de corrup-
tion de la partie inférieure et sensible de l'âme de « Virrationale » ; cette corruption était transmise par la génération, de sorte que par cet « irrationale » tout homme devenait étranger à Dieu, parent et sujet du démon1. Il appelle à plusieurs reprises cette transmission héréditaire du péché ; il la considère comme grandie en même temps que la nature de l'homme2. Il défend sans doute, contre les Gnostiques, la liberté humaine et démontre que la grâce actuelle, aussi bien que le péché d'Adam, ne peuvent s'entendre sans elle. Mais l'explication .qu'il donne toujours de la concupiscence désordonnée est étroite et exagérée : ce n'était pas une conséquence véritable de la faute d'Adam ; elle n'était pas non plus conforme au caractère négatif du mal et du péché.
Saint Hilaire n'est pas traducianiste, c'est un créatianiste résolu. 11 a garde cependant de porter atteinte à la vraie nature du péché originel, dont il attribue la transmission à la génération charnelle.
1. Il admet très clairement une malédiction causée par la faute d'Adam et l'obligation de la dette du péché, lorsqu'il dit en commentantlaparabole de la brebis perdue3 : « Il faut entendre l'homme sous l'image de cette seule brebis, et par cet homme seul on doit comprendre la totalité des hommes. Dans le péché d'un seul homme, Adam, toute la race s'est perdue. Les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas perdus symbolisent la multitude des anges ». L'universalité des hommes était comprise, en eifet, dans Adam, leur premier père ; voilà pourquoi la divine sagesse (Proverb. 8, 30) se réjouit avec le Père en contemplant l'accomplissement de la création et surtout l'homme, « car le principe de toute
1. Terl. De anima, 16. Voir notre Histoire des Dogmes, I (2* édit. ail.), page 343 et suiv.