Le péché d'Adam au paradis terrestre introduit par la
1. De fi.de 111,3,20: Omnis enim rationabilis creatura accidentia recipit et subjeta judicio est. la accidentibus autem et poena judicii et corruptela est et profectus.
2. Hexaëm. VI, 8, 4-5 : Non ergo caro potest esse ad imaginera Dei, sed anima nostra, quae libéra est, et diffusis cogitationibus atque consiliis hue atque illuc vagatur, quae considerando spectat omnia.
3. ïbid. 7, 42. Cf. 8, 47 : Noli bonam delere picturam, non fuco sed veritate fulgentem, non sera expressam sed gratia.
tentation du démon, inspiré par les désirs de la chair et la partie inférieure de l'âme, accompli par la volonté libre, n'enleva pas seulemenl à notre premier père sa ressemblance surnaturelle av. m- Dieu ; il fut aussi fatal à toute la race : il devinl le péché de tous. Mais commentpeut-on nous imputer une faute à l'accomplissement de laquelle notre liberté n'a pas eu de part ? Nous ne sommes punissables, coupables, responsables, que pour les fautes personnelles, que nous avons commises avec liberté. Telle est à la t'ois la question et la réponse de notre conscience morale. 11 fallait bien résoudre ce problème et réfuter les Gnostiques qui niaient l'exisleiice des péchés personnels libres et ne reconnaissaient que la nécessité fatale du péché. Saint Ambroise l'entreprit à son Jour. (( Si ma bouche dit la vérité, s'écrie-t-il1, si mon cœur ne médite que la prudence, que dois-je craindre au jour du jugement, sinon de n'être lavé de l'injustice de mon talon? Autre chose est notre propre injustice, autre chose celle de notre talon, où Adam a été mordu par la dent du serpent. Il a transmis à ses descendants cette morsure, dont nous souffrons tous encore... Mais c'est là l'injustice d'Adam, et non la mienne; elle ne doit donc pas me préoccuper, car au jour du jugement nous serons punis pour nos méfaits et non pour des fautes étrangères. Je conclus donc que l'injustice de mon talon est plutôt une inclination au péché qu'une dette de notrepéché». Ce passage révèle le point de vue antignostique de saint Ambroise. Les Gnostiques prenaient la concupiscence désordonnée comme un péché, même comme le seul péché, d'où naissenl fatalemenl tous les autres. Saint Ambroise condamne une telle doctrine, il ne considère la concupiscence
1. Knarr. io Ps. i8, n. 8. i) : Alia est iniquitas nostra, alia calcanei nostri, ia quo Adam dente serpentis est vulneratus, et obnoxiam hereditatem successionis humanae suo vulnere dereliquit, ut omnes illo vulnere claudicemus. . . Dominus autem qui sua peccata non habuit, nec cegnovit proprias iniquitates, ait : Iniijuitas calcanei mei circumdabit me; h. e. iniquitas Adac, non mea. Sed ea non potest mihi esse terrori; in die enim judicii nostra iu nobis, non alienae iniquitatis (lagitia puniuntur. Undereor iniquitatem calcanei magii lubricum deliquendi, quam realum aliquem nostri esse delicti.
que comme l'injustice du talon, c'est-à-dire une pure conséquence du péché qui ne mérite cependant d'être appelée péché, qu'en tant qu'elle dérive du péché et y ramène facilement. Si, au môme endroit, saint Ambroise dit encore d'elle qu'au jour du jugement nous n'auronspas à en rendre compte, parce qu'elle ne renferme pas une faute (realus), c'est qu'il oppose alors la concupiscence désordonnée elle-même aux péchés personnels. C'est de ceux-ci seulement et non de celle-là que nous aurons un jour à supporter la responsabilité. Il est toutefois surprenant que la faute originelle ne soit pas mentionnée ici, non plus que sa connexion étroite avec la concupiscence mauvaise, puisqu'il appelle celle-ci, l'iniquité d'Adam. On peut dire, tout au plus, pour excuser cette omission, qu'à proprement parler le péché et la dette générale ne serviront pas de base au jugement de la fin des temps, ni au jugement particulier qui suit la mort. La sentence a été déjà portée, la punition appliquée dès le premier moment de notre existence. Il n'en est question au jugement dernier qu'à l'occasion de la concupiscence ou du principal des péchés actuels, qui supposent le péché originel.
Plusieurs passages nous manifestent que saint Ambroise a non seulement enseigné la participation de tous aux peines qui sont la conséquence du péché d'Adam, mais encore une malédiction attachée à sa faute et un véritable péché originel. « Il sait bien (le psalmiste), dit-il1, que personne ne peut se sauver si Dieu ne pardonne, parce que chacun de nous est né dans le péché et est enchaîné à la dette par l'héritage de notre nature déchue ». Le péché et la dette d'Adam se sont étendus à toute la race, parce qu'ils ne furent pas exclusifs à sa personne, mais se sont attachés principalement à la nature humaine en général. « Après la chute du premier homme et la juste sentence de châtiment qui en résulta, la concupiscence de la chair fut
1. Enarr. in Ps. 38, 29 (éd. Maur. I, Soi). Cf. Apol. David altéra c. 8, | -41 : Factus est igitur il Le sibi uudus, posteaquam factus est reus calpae. la illo nudata est ornais humana conditio, per successioneni naturae : non solum culpae, sed etiam aerumnae obnoxia.
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condamnée dans ce seul pécheur, mais le péché passa à toute la race et la dette affecta notre nature, et l'effort de la vertu diminua l'offense1 ». La dette ne s'arrêta pas à ses premiers auteurs *: tous furent compris en Adam; Adam tomba et tous tombèrent avec lui 3 ; sa dette a causé la mort pour tous4, de même Adam et Eve furent les premiers générateurs de notre race, de même ils furent les premiers générateurs du péché 3.
Saint Ambroise voit donc en Adam toute la race humaine sorte que Dieu peut considérer son péché comme celui de toute la race et la déchéance produite par lui dans sa nature comme la déchéance de la nature humaine en général. Sa dette fut la dette de tous, non dans ce sens que nous avons eu part personnellement et librement à sa faute, niais parce que sa dette nous est attribuée comme à ses descendants et héritiers et parce que nous avons encore eu la perte de ces grâces extraordinaires que Dieu nous avait destinées.
3. Par quelle voie nous arrive à chacun la dette commune à toute la race? Par la voie même, qui fait entrer chacun de nous dans l'humanité, la voie de la génération charnelle. « Même avant de naître, dit-il (i, nous sommes atteints par la contagion ; avant de jouir de la lumière du jour, nous portons le péché de notre origine ; car nous avons été conçus dans les péchés ; bien que le psalmiste ne précise pas si c'est dans
i. Ambros. Apol. David altéra c. 3, § 19.