Histoire des dogmes
Au commencement da XVP siècle, la situation de la chrétienté en Occident éprouve de tels changements qu'il y a là, pour rhistoire du Christianisme, le début d'uno période toute nouvelle. L'histoire des dogmes s'y développe dans un sens parallèle et revêt un caractère tout particulier. Au point de vue politique, ce qui caractérisa le moyen âge, ce fut une nouvelle organisation : la reconstitution, pour ainsi dire chrétienne, du vieil empire romain chez les peuples germaniques arrivés en Occident à l'hégémonie, leur groupement en une monarchie chrétienne, sous un chef temporel, l'empereur romain, et un chef spirituel, le pape. La chrétienté se trouvait en quelque sorte comme une grande société catholique sous l'influence vivifiante et directrice de deux astres dont Tun ou l'autre répandait tour à tour son éclat et exerçait sur l'organisation extérieure de la société une influence plus forte ou plus faible. Et ainsi la vie spirituelle et morale des peuples germains était pénétrée et réglée, de
plus en plus, presque exclusivement par l'Eglise; et la science, en particulier la théologie, fut exposée en latin, langue de l'Eglise. ]/union de tous les peuples chrétiens en une monarchie n'était, il est vrai, que fédérative ; elle n'était ni si intime , ni si parfaite, qu'on puisse la regarder comme l'idéal de l'humanité espéré pour la fin des temps. Mais l'histoire de l'Eglise se développe en diverses étapes dont chacune marque comme un effort vers cet idéal. Par suite de la vocation qu'elle a reçue du Christ et de son caractère qui fait d'elle l'ouvrière du salut universel et catholique, elle doit tendre toujours, comme vers son but et son idéal, à l'union de tous les hommes dans son sein. Toutes ses institutions ont ce caractère qu'elles doivent, sous certaines modifications, réussir dans toutes les nations et perfectionner et ennoblir l'image de la divinité qui est en tous les hommes. C'est ce qu'elle fait particulièrement par son culte, par sa langue latine et par divers ordres religieux qui, au moyen âge, franchirent les barrières nationales, s'établirent dans tous les pays et accrurent l'extension de la foi chrétienne, même chez les nations païennes : tels furent les Bénédictins, les Cisterciens^ les Prémontrés, les Chartreux et surtout les Dominicams et les Franciscains. Cette physionomie particulière du moyen âge apparaît surtout par les croisades ; elle se manifesta aussi dans la fondation et le développement des premières Universités, qui, surtout Paris et Bologne, se montraient cosmopolites et internationales, comme la science elle-même. Cependant cette marche de l'humanité et de la chrétienté ne suit pas toujours une ligne droite, elle décrit souvent des courbes, parfois même un recul en arrière ; car des forces contraires et les intérêts particuliers des diverses nations s'opposent à elle et la contrarient par leur opposition et leur résistance. La configuration territoriale particulière de la péninsule européenne, opposée aux plaines de l'Amérique du nord et de l'Asie orientale, son inclinaison vers trois directions, au sud vers la mer Méditerranée, au nord vers