‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 2 sur 108 · ETAT GENERAL DE LA CHRETIENTE · texte numérisé non relu

ETAT GENERAL DE LA CHRETIENTE

l'océan Atlantique et à l'est vers l'Asie, amènent souvent les peuples européens de ces trois différentes directionsà se heurter dans des guerres désastreuses et dans des batailles sanglantes ; ils luttèrent pour leurs territoires et pour la prédominance et ils durent recommencer, à diverses reprises, leur travail d'unification.

Lorsque au moyen âge, durant le XIII* siècle, le bras de fer de l'empereur germano-romain s'afîaiblit et devint impuissant à maintenir par la force les peuples dans Tétat d'unité ou d'alliance, la papauté resta la seule puissance capable de les y tenir; elle atteignit alors l'apogée de son importance et de son influence sur la société chrétienne en Occident. C'est alors que commence, pour Torganisafion politique de l'Europe, un grand changement et une nouvelle période. Les diverses nations européennes élèvent leurs langues particulières à la dignité des langues littéraires ; elles produisent une littérature nationale, elles s'organisent en états politiques ; cette tendance fut favorisée par la situation physique des divers pays de l'Europe séparés les uns des autres. Les représentants de la chevalerie, qui, déjà dans les croisades, s'étaient distingués et avaient fondé en Orient, soit en Palestine, soit à Constantinople et en Afrique, divers états, prirent en Occident la tête du mouvement, dans la fondation des états, en France, en Angleterre, en Espagne, en Allemagne, en Hongrie, en Pologne. Membres et soutiens les plus puissants des nations, ils fondèrent de nouvelles principautés et de nouveaux royaumes qui, grâce à la faiblesse de l'empire et encore plus à sa vacance, conquirent peu à peu des droits de souveraineté de plus en plus considérables. Parmi ces divers états, la France prit, depuis la fin du XIII* siècle, la première place, et sous le règne de Philippe-le-Bel elle arrivait, au dedans, à une unité complète. Par là, elle s'assurait au dehors une puissance d'autant plus grande. Cette puissance, Philippe l'exploitait déjà contre le pape, afin de se servir de lui dans les intérêts de la France : celte fausse

BQT

situation en face du chef de l'Eglise, la France l'a gardée durant des siècles. A la fin du XIV^ siècle, à la suite du schisme d'Occident, on en vint à admettre que le concile général était au-dessus du pape, parce que, croyait-on, l'application de ce principe pouvait seule mettre fin à la division de la chrétienté. Les principaux partisans de ce principe au concile de Constance furent les théologiens français: ils pensaient pouvoir par là opérer la réforme de l'Eglise dans son chef et dans ses membres. Le concile de Constance décida que, il serait tenu un concile général, tous les cinq ans. Cependant le concile convoqué bientôtàBâle par Eugène IV prit un caractère schismatique, et il alla dès lors à la dérive ; le concile de Florence, que le pape lui opposa, résolut une importante question de la réconciliation des églises d'Orient et d'Occident. Les papes, il est vrai, cherchèrent dès lors à poursuivre, sous une forme appropriée, la réforme de l'Eglise, par des concordats avec les diverses nations. Mais Topinion de la supériorité du concile sur le pape persista surtout en France. Même après le concile de Trente, elle provoqua de nombreuses luttes, et, longtemps encore, subsista dans le sein de l'Eglise comme une dangereuse maladie.

Le dernier quart du moyen âge nous apparaît comme le temps où la papauté essaye de se mettre au niveau des autres états, comme le temps des conciles et des concordats entre l'autorité spirituelle et l'autorité temporelle. Le vieil ordre de choses était dès lors ébranlé et la monarchie universelle du moyen âge était supplantée par une foule de princes souverains et d'états indépendants.

La voie était tout indiquée à la papauté : comme les autres princes, elle devait se constituer un territoire particulier qui fût uniquement l'état ecclésiastique et oii nul autre que le pape, pas mêmeTempereur, n'exerçât la souveraineté. Car la puissance impériale avait depuis longtemps renoncé à regarder l'Italie, comme une province de l'empire romain, et à faire valoir à Rome son autorité. La protection de la France

ÉTAT GÉxNÉRAL DE LA CHRÉTIENTÉ 5

avait été, au XIV° siècle, funeste pour l'Eglise ; les papes n'avaient donc pas à la souhaiter de nouveau. Depuis le milieu du XV^ siècle, cette tendance fut chez les papes, à Rome, de plus en plus sensible, et quoique ce fût là le seul moyen de sauvegarder la liberté de l'Eglise, il n'en résulta pas moins pour la papauté et, par suite, pour l'Eglise un nouveau danger. Les papes durent désormais chercher protection pour leur souveraineté non seulement chez les princes étrangers, mais aussi dans leur propre territoire ; ils durent en outre par des alliances avec les autres princes se procurer aide et secours, pour affermir et étendre leur souveraineté. La première nécessité pouvait donner naissance au népotisme (l). Les papes, pour que leur autorité à Rome fût plus solide, furent choisis ordinairement dans les meilleures familles de la noblesse. Ils profitaient ensuite de leur influence pour élever et enrichir leur famille. La seconde nécessité pouvait jeter dans l'opposition contre l'Eglise les princes et les puissances exclus de cette étroite alliance. Cette organisation d'un état ecclésiastique italien, devenue nécessaire pour l'indépendance de l'Eglise, fit que le plus souvent le pape fût pris dans la nation italienne. Dans les derniers temps du moyen âge, deux étrangers seulement, deux Espagnols, arrivèrent sur le trône pontifical, Galixte III et Alexandre VI ; ce dernier déshonora l'Eglise et lui causa des maux incalculables.

Avec la tendance nationale qui prévalait chez les peuples d'Occident, il était évident qu'il devait y avoir quelque trouble dans leurs rapports politiques extérieurs avec la papauté. Ces rapports furent réglés peu à peu par des conciles généraux comme le concile de Constance, le V^ concile de Latran et par des concordats. Le V^ concile de Latran accorda aux rois de France le droit de présenter

(1) Cf. HoEFLBR. Die romanische Welt und ihr Verhaltniss zu den lieformideen des Mittelalters p. 4fî8, dans les rapports des séances de la classe de Philosophie et de l'Histoire de l'Académie impériale des sciences. Tome 21. Vienne, 1878.

c'est-à-dire de nommer les évêques aux sièges vacants. Ce droit, certains princes en Allemagne, les rois et les princes de la péninsulehispanique le possédaient déjà au XV* siècle. Le règlement des rapports des Eglises de chaque Etat avec la papauté n'était pas la seule tâche des conciles de ce temps : ils devaient aussi travailler à la réforme des mœurs et l'amener par des lois ecclésiastiques. Car, par suite du schisme d'Occident qui empêcha l'autorité de l'Eglise de s'exercer vigoureusement et avec efficacité, par suite des richesses excessives des bénéfices ecclésiastiques et des couvents, une effrayante mondanité s'était introduite dans l'Eglise. Au XV^ siècle, la simonie était devenue tout à fait ordinaire, on achetait non seulement les bénéfices, mais encore l'expectative aux bénéfices; la nomination aune foule de bénéfices avait peu à peu été réservée au pape. Le concubinage était devenu la plaie du clergé séculier, et il n'entraînait plus la honte qui s'y était attachée autrefois, puisque à la fin du moyen âge l'immoralité s'était installée presque sur le trône pontifical. La discipline des cloîtres avait fait place à la mollesse et à la frivolité. Aussi un mécontentement général se produisait contre l'état général de l'Eglise, gagnait tous les hommes de bien et se traduisait hautement et partout par de vifs rappels à la réforme. A côté d'ailleurs de l'affaiblissement et de la dissolution de tous les liens moraux, il y eut auXV^ siècle un sérieux mouvement de réforme dans le chef et dans les membres: c'est même l'époque des essais de réforme tentés sur tous les terrains. Les conciles semblèrent l'instrument le plus efficace de ces réformes.

Un trait plus saillant encore caractérise la physionomie du moyen âge à son déclin : c'est l'humanisme. Le sentiment général de la dégénérescence et de la décrépitude de la forme et de la méthode scolastiques aboutissait au dégoûtet à la haine de ce genre d'exposition stéréotypée qui, dans l'établissement de thèses et d'antithèses, se perdait souvent en une série interminable d'arguments pour et contre.

ETAT r.ENERAL DE LA CHRETIENTE 7

Ce changement était dû en Occident aux classiques latins et grecs qui, non seulement étaient de plus en plus connus, mais môme étaient introduits dans les grands établissements d'instruction, comme livres de classe, pour la formation delà jeunesse. En Italie, la Renaissance avait commencé déjà au XIV° siècle, mais avec l'arrivée de plusieurs savants venus de Gonstantinople en Italie, au milieu .du XV® siècle, quand l'empire d'Orient succomba à Gonstantinople sous les coups des Turcs, la Renaissance prit un vif essor, et dans tous les pays de l'Occident eut dans le domaine de la littérature et de l'art la direction dominante. A la fin du XV' siècle, et au commencement du XVI% grâce à l'effort d'une foule de grands hommes, tels que Michel-Ange et Raphaël, elle atteignit à Rome son apogée.

Dans la plupart des pays, en Italie, en Espagne, surtout en France, la réconciliation se fît entre l'humanisme et l'Eglise. Cette dernière prenait pour la seconde fois à son service la vérité et la beauté que la vieille Grèce et Rome avaient produites ; elle provoqua et réalisa une nouvelle période de splendeur dans l'architecture, la sculpture, la peinture et aussi dans toutes les branches de la littérature. Lathéologie elle-même dut abandonner sa vieille défroque tout usée et s'accommoder au temps et aux exigences esthétiques du moment. Gette réconciliation avec l'esprit du siècle eut lieu d'abord en Espagne, et l'Eglise vit alors, au XVI*' et au XVIP siècles, une époque de splendeur comme elle n'en avait eu que deux autres, aux IV® et V® siècles, et au XIIP siècle. De l'Espagne cette théologie vivifiée s'étendit peu à peu dans les autres pays qui demeurèrent fidèles à l'Eglise.

Mais en Allemagne, la situation de l'Eglise et de l'Etat subit un tout autre courant. Ici aussi les tendances nationales dominaient;, mais avec cette différence que les divers états de la mouvance immédiate de l'empire, regardaient leur indépendance à l'égard du pape et de l'empereur

comme un besoin de la nation allemande, dût celle-ci y perdre désormais son unité et sa force. L'appel à la réforme dans le chef et dans les membres ne retentissait nulle part avec plus d'éclat qu'ici; déjà, à diverses reprises, les diètes allemandes avaient exposé leurs griefs etréclamé la réforme. Au XV^ siècle, il avait été beaucoup fait pour l'amélioration des mœurs et le renouvellement de la vie ecclésiastique ; et, comme dans les états romains et dans l'Allemagne demeurée catholique, il aurait été possible aussi à l'empire allemand de contracter avec l'Eglise une union aussi parfaite que celle qu'assura le concile de Trente dans les Etats catholiques. Mais dans une grande partie de la nation allemande, ce mouvement vers la réforme dégénéra en révolte contre TEglise et en une rupture graduelle avec le Christianisme. C'est que des hommes sans mission, qui eux-mêmes avaient besoin de réforme, se précipitèrent avec passion dans ce mouvement et le dirigèrent vers un tout autre but que celui que l'on avait d'abord voulu. Le sentiment religieux, loin de devenir plus profond, alla sans cesse s'affaiblissant ; et ce refroidissement de la religion contribua à en séparer de grandes masses de peuples. Au lieu d'un esprit favorable à l'union dans l'Eglise, on eut un esprit de secte qui ne put maintenir les peuples dans l'unité que par la force, et par une opposition générale contre Rome et contre l'Eglise : au lieu enfin d'une amélioration des mœurs, on eut une recrudescence de corruption, la haine et la division dans les diverses classes et les différentes confessions, pour aboutir, avec les révoltes des paysans et la guerre de Trente ans, à un déchaînement, et à une ruine générale.

Et ce ne fut pas seulement dans l'Allemagne du Nord, mais aussi dans les pays septentrionaux et en Angltlerre, que le mouvement de réforme prit la môme direction et aboutit à l'abandon de l'Eglise, à la laïcisation de la vie de l'Eglise et au mélange de la religion et des institutions religieuses avec le gouvernement séculier. Une grande

SITUATIOxN DE l'ÉGLISE AL XVl'' SIÈCLE 9

partie des nations allemandes entra, pour son développement historique et politique, dans une voie tout à fait en dehors de l'Eglise, et, comme dans le paganisme, soumit à la puissance de l'état les atîaires religieuses.

A tous les éléments déjà cités s'en ajoutent d'autres encore : l'invention de l'imprimerie et la découverte du Nouveau Monde. L'invention de l'imprimerie facilita la diffusion de la pensée et des ferments de culture intellectuelle, d'une manière extraordinaire ; elle étendit son influence sur tous les peuples et fut pour la civilisation un des plus puissants leviers. Elle fut ainsi utile à la religion. Les livres saints et les écrits théologiques et religieux furent ceux que limprimerie répandit tout d'abord prmcipaiement. Mais elle fut aussi un instrument pour la diffusion des mauvais écrits, des vues et des idées fausses et dangereuses. C'est surtout au temps de la Réforme que l'imprimerie s'est révélée comme une nouvelle puissance, capable d'exercer une grande influence sur l'histoire du monde.

La découverte du nouveau monde ouvrit non seulement de nouvelles voies au commerce, mais de nouveaux horizons aussi à la culture intellectuelle; elle prépara les esprits à se faire une idée exacte de la sphéricité de la terre et de sa place dans le système du monde, elle procura enfin à l'universalité et à l'expansion de l'Eglise un nouveau et fertile domaine.

§ 2 Situation de l'Eglise dans les divers pays au XVP siècle.

Le tableau de l'état religieux et politique de l'Occident à la fin du moyen âge, que nous venons de tracer, demande encore quelques détails pour les divers pays : nous aurons ainsi un tableau complet qui expliquera la marche particulière de l'histoire de l'Eglise et de la religion, et le cours des controverses dogmatiques dans les temps modernes.

A. Dans tous les domaines de l'intelligence humaine, ce fut l'Espagne au milieu de la péninsule Ibérique, qui au XWh siècle tint le premJer rang : divers facteurs ont contribué à le lui assurer. Jusqu'à la fin du XV^ siècle l'état politique et religieux et la situation morale de l'Espagne n'étaient guère meilleurs que dans les autres pays. Il y avait dans la péninsule^, comme dans les autres pays, de nombreuxprinces souverains avec des domaines plus ou moins grands ; parmi ces états, outre les pays maures, les plus considérables étaient le royaume de Portugal^ la Castille et l'Aragon. Ici comme ailleurs, une immense immoralité s'était introduite dans le peuple, et cela s'explique suffisamment, si l'on ajoute que dans la plus grande partie du clergé régulier et séculier, qui doit être le sel de la société régnaient d'un côté l'ignorance, de Tautre, par suite des énormes richesses, le luxe, la vie facile et le mépris de la discipline ecclésiastique. Le concubinage parmi les ecclésiastiques était si commun qu'en Castille leurs bâtards pouvaient même hériter. De même que les bâtards des rois avaient peu à peu donné des familles régnantes à toutes les principautés, de même ils parvinrent en Aragon et en Castille, grâce à la nomination du roi;, à monter sur les sièges épiscopaux ; et les maîtresses royales délaissées furent pourvues des dignités d'abesses dans les cloîtres(l). Il est vrai que sur ce fond si sombre s'élevèrent toujours de grands caractères, pour travaillera l'œuvre de la réforme, tels saint Vincent Ferrier, et la pieuse régente Isabelle de Castille, qui succéda à son frère sur le trône de Castille, le Il décembre 1474. Elle avait épousé, en 1469, Ferdinand d'Aragon qui devint aussi roi d'Aragon en 1479, après la mort de son père. Mais le principal réformateur de l'Espagne fut le Cardinal Xi menés, né en 1439 à Torrelugana près de Tolède.

Après avoir fait ses études à l'Université de Salamanque

(t) HÉFÉLÉ, Ximenès, p. 174 et suiv.

SITUATION DE L'ÉGLISE AU XVl° SIÈCLE 11

et à Rome, il tut après son retour en Espagne nommé curé, puis administrateur de l'évêché de Siguenza. Il avait déjà quarante-huit ans, lorsque, méprisant les honneurs du siècle, il entre au noviciat des Franciscains, et, pendant plusieurs années, il se livra dans le cloître aux exercices ascétiques, à la contemplation et à l'étude. Cependant Dieu avait sur le pauvre moine franciscain des vues plus hautes. Ce fut précisément au moment, si critique et si décisif pour l'Espagne, où Ferdinand conquit,le 2 janvier 1492^ Grenade, fît prisonnier le dernier roi maure, se rendit maître de ses Etats et réunit ainsi sous son sceptre presque toute la péninsule; ce fut alors que la reine Isabelle choisit Ximenès, l'un des plus grands hommes de l'Espagne, pour son confesseur et son conseiller. Elle excellait d'ailleurs à trouver les hommes que réclamaient les besoins de l'Etat : elle donna à (îolomb l'équipement nécessaire à ses voyages de découvertes, et elle décida le brave Gonzalve de Gordoue. le conquérant de Grenade, à étendre la puissance espagnole à Naples et en Sicile.

Tout d'abord, Ximenès, nommé pour trois ans provincial des Franciscains en Gastille, employa à la réforme de son ordre une activité couronnée de succès ; il fut ensuite, en 1495, nommé par la reine, archevêque et prince de Tolède. Désormais il dut prendre part à toutes les affaires importantes du royaume, et spécialement aux contrats de famille entre le roi Ferdinand et l'empereur d'Allemagne Maximilien, par qui fut fondée la grande puissance de la maison d'Habsbourg. Le fils de l'empereur, Philippe, avait épousé Jeanne, la fille de Ferdinand et d'Isabelle, et leur héritière ; de ce mariage naquit Charles-Quint. Le fils de Ferdinand épousa Marguerite, fille de l'empereur. Lorsque en 1504 Isabelle mourut, Philippe, fils de l'empereur, fit valoir d'abord ses prétentions sur la Castille, mais la mort l'emporta bientôt. Ce fut Ximenès qui maintint l'unité du royaume en faisant donner la régence de Gastille à Ferdinand. Ximenès, sur la proposition du roi, fut alors nommé

cardinal par Jules II, et par Ferdinand le Grand inquisiteur de Gastille. Dans l'exercice de cette dernière fonction, le cardinal montra comme ses prédécesseurs (car l'Inquisition avait été établie, en Espagne, par Ferdinand en 1492) une sévérité excessive, mais modérée cependant, par rapport à la leur ; sévérité qui ne peut d'ailleurs être excusée que par les circonstances dans lesquelles la monarchie absolue se débattait violemment, au milieu du chaos de la situation politique.il s'agissaitdegagnerau christianisme les Maures et les Juifs, car l'unité du royaume en dépendait; dans ce but les princes crurent pouvoir se permettre l'emploi de la force, comme Gharlemagne envers les Saxons, les rois de France envers les Huguenots et les princes protestants d'Allemagne et d'Angleterre envers les catholiques.

Ximenès n'en acquit pas moins de gloire en reculant les frontières du royaume par la conquête d'Oran, en Afrique (1509), de la Navarre (1513) et par la grande extension donnée à la puissance espagnole en Amérique. Ge fut lui qui joignit à la colonisation en Amérique l'activité des missions et fut ainsi cause que toute l'Amérique du Sud et l'Amérique centrale devinrent et sont restées catholiques. Ge fut lui qui^ en qualité d'administrateur du royaume après la mort de Ferdinand^ écarta tous les différends et assura à Gharles V, l'héritier légitime, la possession tranquille de son royaume.

Mais ce fut dans les affaires intérieures du royaume que le cardinal s'acquit le plus de gloire : il travailla à l'avancement des sciences, au progrès de l'humanisme et des études d'exégèse. Il fonda et dota splendidement l'Université d'Alcala et sut y attirer les meilleurs professeurs. Dans l'édition de la Bible polyglotte d'Alcala, il fournit les moyens nécessaires à la réalisation de cette œuvre dont il avait eu l'idée.

Il mourut le 8 novembre 1517 et laissa le royaume à Gharles-Quint. Sous ce dernier et sous son successeur, l'Espagne arriva à l'apogée de sa grandeur historique. La science théologique prit à cette époque, en Espagne^ un tel

Page 1