Esse indeterminatum, quod procul dubio notum ^st
{IJ Voiï plus bai â tô.
(2) Ellea se trouvent dans le Kaiholik 1888, 2« partie p. 34 et s.
DKCLARATION DE GRÉGOIRE XVI ET DE PIE l.\ 137
omnibus intelligentiis, est divinum illud, quod hotnini in natura manifestatur.
5. Esse quod homo intuetur necesse est ut sit aliquid entis necessarii et aeterni, causaecreantis^ determinantis ac finientis omnium entium contingentium : atque hoc est Deus.
Déclarations de Grégoire XVI et de Pie IX sur les rapports de
la science et de la foi.
Depuis le milieu du XVIIP siècle, l'incrédulité était devenue peu à peu dominante dans les hautes régions de la société, dans presque tous les pays ; dans la plupart des branches de la littérature, il n'était presque rien publié qui ne tendît directement ou indirectement à déraciner la foi ou à la laisser de côté comme une question surannée. Les papes, à diverses reprises, élevèrent la voix et frappèrent de leur verdict ces erreurs répandues, et surtout les écrits des théologiens qui se laissaient infecter par la maladie du temps.
Grégoire XVI, au début de son pontificat, condamna particulièrement un genre d'incroyance, à savoir l'indifïérentisme religieux et l'opinion, qui s'y rattachait, du droit absolu de la liberté de conscience et de culte et précisément contre le rationalisme et sa prétention de soumettre les mystères de la foi à la raison, comme à une autorité supérieure. Plus tard il rendit une sentence de condamnation contre Hermès et Lamennais et contre leurs erreurs.
Plus souvent encore Pie IX a fait entendre ses avertissements contre l'hydre de l'incrédulité. Sa premièreencyclique du 9 novembre 1846 traite du rapport de la raison et de la foi et exposecomment la raison peut arriver à une plus sûre connaissance du fait de la révélation ou du devoir de la foi, mais doit, pour le reste, se soumettre à. larévélation deDieu et à la foi divine, sans avoir notamment le droit de chercher
à déduire les vérités de foi, et leur connaissance naturelle, des principes qu'elle porte innés en elle-même. Dieu a établi, dans l'Eglise, une autorité infaillible; à elle seule il convient d'enseigner et d'expliquer sans erreur le contenu de la révélation et cette autorité appartient à l'Eglise fondée par le Christ sur le rocher de Pierre. En conséquence.le pape comme son prédécesseur, condamne l'indifférentisme. Pie IX traita le même thème dans l'allocution du 9 décembre 1854, puis dans celle du 9 juin 1862, en se plaignant de diverses erreurs du temps, et de nouveau dans celle du 8 décembre 1864, à laquelle fut ajouté un catalogue de 80 thèses, c'est-à-dire des plus importantes décisions que le pape avait données au cours de son pontificat, en des circonstances particulières, soit dans les encycliques ou allocutions ou dans des lettres adressées à divers évêques. Ce catalogue porte le nom ùq Syllabus et il doit être considéré en général comme une décision doctrinale. Les premières thèses (1-7) concernent la foi et la connaissance de Dieu, condamnent le panthéisme, qui identifie ou confond Dieu et le monde, le théisme, qui met en question l'action de Dieu sur le monde fini, et le rationalisme qui tient la raison pour l'unique source des vérités religieuses et rejette la révélation de Dieu ou explique le contenu des livres saints comme un mythe. Les thèses suivantes sont dirigées contre le semi-rationalisme qui met de pair la raison et la révélation et traite les dogmes de la révélation comme s'ils étaient objets de la philosophie et prétend les pénétrer scientifiquement comme les vérités naturelles. Les thèses 15 à 18 condamnent l'indifférentisme ; plusieurs ont trait à des erreurs sur l'Eglise et ses rapports avec l'Etat, sur le mariage etc.
Doctrine du Concile du Vatican sur la connaissance naturelle de Dieu et son rapport avec la foi.
La philosophie, qui, depuis Descartes, avait rompu non seulement avec la tradition d'école, mais aussi avec la foi, avait fait, comme nous l'avons vu, toutes les tentatives possibles pour fonder la certitude de la connaissance humaine et construire un système des vérités supra-sensibles. Ce qu'elle fait, à ce point de vue, dans la logique, la psychologie, le droit naturel et l'esthétique est en dehors de l'histoire des dogmes. Mais en ce qui concerne la métaphysique, les vérités religieuses les plus élevées et même la noétique, la doctrine de la connaissance humaine, les rapports de ridéal et du réel, de la science et de la foi, elle s'était toujours de plus en plus éloignée de la vérité et elle était arrivée dans cette voie à un grossier matérialisme ou au scepticisme. Même les représentants des autres sciences ont pour la plupart pris vis-à-vis de la foi une attitude indifférente sinon hostile. Lorsque le concile du Vatican fut convoqué, en 1870, le premier devoir qui s'imposa à lui, ce fut de définir contre les erreurs principales du temps la doctrine de la connaissance des vérités naturelles religieuses. Les décrets et les canons, qui selon l'usage des conciles généraux dénoncent particulièrement et frappent d'anathème les erreurs du temps, s'en sont spécialement occupés.
En conséquence dans la troisième session, dans le premier chapitre, les plus importantes vérités naturelles de la religion furent proclamées comme articles de foi de l'Eglise,à savoirl'existencede Dieu,lacréation de toutes choses par Dieu, sa toute-puissance, son éternité, son infinité, son incompréhensibilité, sa spiritualité, sa perfection absolue, sa simplicité, son immutabilité et son absolue béatitude. En outre deux vérités furent tout particulièrement mises
en lumière parce qu'elles avaient été contestées en ces derniers temps dans l'Eglise ou envisagées d'une manière erronée : à savoir la fin dernière de la création, son caractère libre et la prévision divine des futurs libres. Sur la première question, Hermès avait regardé le bonheur des créatures comme la fin de la création, sous prétexte qu'ainsi l'exigeait la bonté de Dieu ; pour Gunther, au contraire, la. création du monde n'était pas une manifestation libre, mais nécessaire de l'amour de Dieu pour lui-même, ou une réalisation du non-moi de Dieu exigé par l'amour. Il avait été élevé aussi, de divers côtés^ des doutes et des difficultés contre la prévision sûre et infaillible du futur libre, et ces doutes ébranlaient et compromettaient la foi et la confiance en la miséricordieuse Providence de Dieu. Les erreurs opposées à la véritable connaissance de Dieu : l'athéisme, le matérialisme, et le panthéisme sous sa triple forme de l'émanation, de révolution et de la détermination d'un ^
être universel en un être spécifique du monde, sont particulièrement condamnés et frappés d'anathème dans les canons suivants. Le panthéisme ramène, en effet, le rapport qui existe dans le monde fini entre l'universel et l'individuel à celui qui existe dans le monde fini entre Dieu et le monde et fait dériver le monde de Dieu ou en divisant l'essence de Dieu, ou en faisant épanouir sa substance de la puissance à l'acte, ou en déterminant spécifiquement son être, ce qui est non seulement analogue, mais équivalent à la formation de l'idée. Le cinquième et dernier canon condamne le système qui rejette la. créât. on ex nihilo des choses matérielles et spirituelles et les erreurs déjà mentionnées d'Hermès et de Gunther sur la fin et la nécessité de la création du monde (1).
(1) Si quis non confiteatur, mundum resque omnes, quae in eo continentur, et spirituales et materiales, secundum tatam saam substantiam a Deo ex nihilo esse productas ; aut Deum dixerit non voluntate ab omni necessitate libéra, sed tam necessario créasse, quam necessario amat seip.sum; aut mandunfi adDei gloriam conditum esse negavecit : anathema si t.
DOCTRINK Dr CONCILE DU VATICAN 141
Dans le second chapitre, les Pères définissent la doctrine de la révélation surnaturelle de Dieu, de sa nécessité, de son contenu en général et des sources de la foi ; sur ce dernier point le concile de Trente avait déjà donné des explications. Immédiatement après le premier chapitre, il était remarqué que Dieu pouvait être connu avec certitude, en tant que créateur et fin dernière de toutes les choses créées et ainsi indirectement; par là étaient également condamnés le traditionalisme et l'ontologisme (1). Le traditionalisme est en outre expressément frappé d'anathème dans le premier canon, parce que ce système aboutit au scepticisme et ébranle ainsi les fondements de la foi. Néanmoins la révélation rend de grands services même pour la connaissance des vérités religieuses naturelles en lacilitant pour tous les hommes l'acquisition de cette connaissance, et en lui communiquant une plus grande nécessité, en la purifiant et en la préservant de toute erreur (2j. Cependant à la base de l'ordre surnaturel et de la fin surnaturelle, que Dieu par une libre et particulière complaisance a assignée déjà en Adam à tous les hommes, se trouve la révélation surnaturelle des vérités du salut absolument nécessaires pour tous les hommes.
Dans quelles sources résident ces vérités naturelles et dans quels rapports sont-elles avec l'Eglise et avec son magistère infaillible, nous l'exposerons dans la quatrième partie de l'Histoire des Dogmes.
A ce troisième chapitre des décisions du concile du Vatican se rattache la doctrine de la foi, de son essence et de ses caractères particuliers, des conditions préalables à la foi, des motifs de crédibilité, de sa nécessité et de son caractère surnaturel ; elle est, en effet, le moyen par lequel les vérités révélées doivent être acquises par chacun. Les obscurités
(1) Cap. '2 : Eadem sancta Mater Ecclesia tenet et docet, Oeuin,, rerum omnium principium et finem, naturali humanae rationis lumine « rébus creatis cerlo cai,'nosci posse.
(.2) Cap. -2.
de la science regimbent contre la foi, et comme sur plusieurs domaines, des trésors inespérés de vérités naturelles ont été découverts en grande quantité, celles-ci ne veulent plus admettre comme vérités ce qui ne se produit pas comme science, en vertu des principes de notre savoir. Les Pères opposent à cela que notre raison est déjà soumise, dans la connaissance naturelle, à Dieu, la plus haute des vérités, de laquelle nous devons recevoir les principes innés de toute connaissance. Si donc Dieu, la vérité la plus haute, entend ne pas se manifester simplement pour les œuvres de la création, mais a daigné nous donner par les paroles de ses envoyés des lumières sur son être et ses résolutions, il ne convient pas seulement d'admettre de foi ces vérités en vertu de la véracité de Dieu qui se manifeste ; c'est là un devoir si l'adhésion à ces vérités constitue un moyen indispensable pour atteindre notre but ou si Dieu, le législateur suprême, nous en impose l'obligation par un commandement positif. Dieu n'exige pas cependant une soumission aveugle de notre foi en son autorité, mais •une foi qui non seulement ne soit point contraire à notre nature raisonnable et aux lois naturelles de notre entendement mais lui soit même conforme ; en d'autres termes, Dieu a fait ses révélations aux hommes par des signes suffisants chaque fois, par des miracles et des prophéties très clairement reconnaissables par tous les hommes comme siens : et ainsi en les contemplant et non simplement par l'inspiration intérieure nous pouvons et devons acquérir une conviction rationnelle de la crédibilité du fait de la révélation divine (1). Mais l'acte de foi ne résulte pas encore de là spontanément ou par voie naturelle (2). Dieu doit plutôt venir en aide à notre connaissance et à notre volonté libre par les lumières et les secours de sa grâce,
(1) Cf. can. 3, 4.
(2) Cf. Can. 5 : S. q. d. assensum fidei christianae non esse liberum, sed argumentis humanae rationis necessario produci, aut %à solam âdem vivam, quae per charitatem operatur, gratiam Dei necessariam esse, a. s.
afin de nous faire arriver à un acte de foi dans le contenu mystérieux de la révélation, et cette grâce antécédente de Dieu n'est pas seulement indispensable pour un acte de foi vivante, mais aussi pour un acte de foi morte. La foi est aussi, même morte, un don de Dieu et une œuvre de salut conditionnés par le libre consentement de Thomme, vérité que n'a pas reconnue Hermès. Cette foi n'est véritable que quand elle admet avec une absolue certitude toutes les vérités révélées de Dieu, dans le sens oii elles ont été interprétées par l'Eglise catholique infaillible, établie par Dieu comme interprète, et où elles nous ont été proposées à croire.
La foi divine et catholique est un moyen indispensable pour plaire à Dieu et réaliser les dispositions nécessaires à la justification. Mais Dieu a facilité pour tous les hommes le devoir qui découlait de là d'admettre la foi vraie et complète, en instituant son Eglise comme interprète de la révélation et comme guide des croyants et en la faisantconnaître à tous comme son œuvre, comme une ville placée sur la montagne (1), et ainsi elle est du même coup le plus puissant motif de crédibilité pour le fait de la révélation divine dans le Christ qui a fondé cette Eglise.
Enfin le concile du Vatican développe dans le quatrième chapitre les principes du rapport de la science et de la foi. Partant de la différence des domaines des vérités naturelles et surnaturelles, le concile reconnaît la raison comme la source des sciences naturelles et il reconnaît à la raison éclairée par la foi la capacité d'acquérir une certaine connaissance des vérités révélées et de constituer une science de ces vérités, quoiqu'elle ait d'autres principes que les sciences naturelles et qu'elle ne démontre pas, comme elles,
(1) Cap. 3. Quin etiam ecclesia per se îpsa, ob suaiu nempe admirabilem propagationem, eximiam sanctitatem et inexbaustam in omnibus bonis foecunditatem, ob catholicam unitatem invictamque stabilitatem, magnum quoddam et perpetuum est motivum credibilitatis et divinae suae legationis testimonium irrefragabile.
144 UISTOTRE DES DOGMlES
ses objets avec des raisons intérieurement évidentes. Mais la raison humaine est bien en état de prouver qu'il n'y a aucune contradiction entre ces deux vérités, ce qui en général doit être admis à priori, puisque Tune et l'autre catégories de vérités découlent pour nous de la seule et môme source dernière, à savoir la vérité divine. Toutes les fois qu'une apparente contradiction de ce genre se produit, Tidée subjective que nous nous faisons de la vérité naturelle ou surnaturelle est erronée, soit parce que nous prenons pour desûres propositions scientifiques des hypothèses erronées, ou pour des doctrines divines de fausses explications de la doctrine révélée. Dans ces cas il faut soumettre sa connaissance à une revision, au cours de laquelle le croyant ne doit jamais abandonner au doute le domaine des vérités suï'uaturelles, quand l'Eglise s'est prononcée sur la proposition révélée qui est en question. Les deux catégories de vérités, bien loin d'être en contradiction les unes avec les autres, sont au contraire en rai)port intime. La raison prépare le terrain à la foi en démontrant les principes qui lui servent de base^ et elle tire ensuite de la foi le moyen d'élever la science théologique à la lumière de la foi. D'autre part, elle reçoit de la foi des lumières qui éclairent même son domaine et qui la préservent des erreurs, quoiqu'elle puisse faire d'après ses principes des recherches, et des études sur le domaine qui lui convient, étendre et affermir toujours de plus en plus le domaine des convenances.
L'Eglise n'entend nullement arrêter, mais bien promouvoir les progrès des sciences, car elle sait que des recherches libres de préjugés conduisent à la vérité et que les sciences naturelles ont beaucoup servi et doivent servir encore plus au progrès de la civilisation et de la prospérité terrestre de l'humanité. Seulement la raison ne doit pas mettre les vérités surnaturelles sur la même ligne que les vérités naturelles, mais regarder les premières comme un immuable dépôt donné par Dieu et confié à l'Eglise, les
admettre et les révérer comme articles de foi. Mais dans rintelligence des vérités révélées et dans leur explication et l'étude de leurs rapports avec les sciences naturelles, la raison éclairée par la foi peut cependant faire des progrès. L'exposé de ces progrès est même l'objet principal de l'histoire des dogmes.
•VI. — IIISTOIflE DES DOGMES 10