‹ Histoire des dogmesChapitre 6 sur 71 · VIII APPENDICE · texte numérisé non relu

VIII APPENDICE

ment que le monde et la matière avec lui ont eu réellement un commencement (i).

3) Le monde a été créé librement par Dieu et il n'a commencé qu'avec le temps. Il procède de la libre volonté de Dieu, car il n'appartient pas à l'essence de Dieu et il n'est pas un moyen indispensable en vue de ses fins dernières. Si le monde appartenait à l'essence de Dieu il devrait être nécessaire, immuable et éternel comme Dieu. Or il présente en soi, de la façon la plus évidente, tout le caractère d'un ôtre contingent. Dans toutes ses parties il peut être tel qu'il est ou autrement, être en général ou ne pas être ; il n'appartient donc pas à l'essence de Dieu ni ne peut provenir de sa volonté nécessaire. Le contingent est bien l'effet de la volonté libre de Dieu. La sainte Ecriture présente l'œuvre de Dieu non seulement comme une œuvre libre (2), mais elle montre spécialement dans la création une œuvre de la libre volonté de Dieu. Gieux des cieux et vous, eaux quiètes au-dessus du ciel, louez le Seigneur ; car il a ditet tout a été fait ; il a commandé et tout a été créé (3). Dieu était libre de créer le monde ou de ne pas le créer et tout autant de l'organiser d'une façon ou d'une autre.

4) Dieu a créé le monde avec sagesse en vue d'une fin déterminée. Dieu, le plus parfait des êtres, ne pouvait créer qu'un être qui fût digne de lui ; il devait, en sa qualité d'architecte parfait et supérieur à tout, avoir conçu en lui de toute éternité l'idée du monde dans tous ses détails et dans les conditions qui convenaient à son être et à ses volontés (4). Et, s'il en est ainsi, Dieu, sagesse suprême, devait assigner une fin au monde en général et à tous les êtres en particulier; une fin générale et supérieure à laquelle tout doit servir et une fin particulière pour chaque être indivi-

(i) Ps. 89-2; 92, 1-2, Joh. 17, 5.

(2) Joh. 3, 8. Rom. 9, 18. I Cor. 12, H.

(Z)Ps. 148, 4, 5. Cf. Ps. 32, 9 ; 134, 6. Eph. I, 11. Apoc. 4, 11.

(4) Eccl. 24,5 sqq.

duel. Cette fin dernière et suprême ne pouvait être que Dieu; car il ne se peut rien trouver de plus parfait à atteindre que son propre être absolu : u Je suis Yalpha et l'oméga, le commencement et la fin (1) », C'est en mon honneur que j'ai créé, formé et produit tout être (2). Les êtres bruts de la nature ne connaissent pas, il est vrai, la fin à laquelle ils servent, ils n'ont pas de fin propre et ils ne sont que pour les êtres raisonnables ; mais ceux-ci reconnaissent à leur être et leur vie, à leurs qualités, à leurs facultés, à leurs lois et à leurs développements la grandeur et la majesté du Créateur. « Les cieux racontent la gloire de Dieu et le firmament proclame l'œuvre de ses mains (3). Gela est vrai encore plus des créatures raisonnables. Si elles sont douées de raison et de libre volonté, elles ne doivent pas pour cela se prendre pour des dieux, ou se prendre pour leur fin à elles-mêmes, mais glorifier Dieu d'autant mieux, représenter d'autant plus sa perfection, et travailler par elles-mêmes à la réalisation de ce but par une participation de plus en plus parfaite à la bonté, à la sainteté et à la béatitude de Dieu. Travailler et lutter en vue de ce terme final avec la coopération et sous la direction de Dieu, tel est le rôle de chaque homme comme de l'humanité en général dont l'histoire arrive à son terme au dernier jour quand, selon la sainte Ecriture, tout sera soumis au Fils, que le Fils sera soumis au Père et que Dieu sera tout en tous (4) et que tout mal sera banni du royaume de Dieu.

5) La création nous est toujours présentée dans la sainte Ecriture comme l'œuvre immédiate de Dieu ; jamais il n'est fait mention d'un intermédiaire dont Dieu se serait servi comme instrument. Elle n'y est pas cependant présentée comme l'œuvre exclusive d'une seule personne ; il n'y apparaît pas davantage de traces évidentes de la Tri-

(1) Apoc. 2. — (2) 7.*. 43, 7. Cf. Exod. 14, 17, 18. Ps. 75, 9 : 105, 8.

(3) Ps. 18, 1-4. Cf. Sap. 15, 107. Rom. 1, 20.

(4) I Cor. 15, 28. Cf. Apoc. 4, 11.

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nité, mais, au point de vue doctrinal, on y voit en quels rapports se trouve chacune des trois personnes vis-à-vis du monde. Le Père est nommé dans tous les livres du Nouveau Testament, notamment dans 1ns lettres de l'Apôtre Paul, la source de la volonté créatrice et, en un sens particulier, le Père des créatures spirituelles qui renaissent en Dieu (1). Il est la source première de laquelle tout provient ; le Fils est celui par lequel tout a été créé, car il est le Logos et l'idée des idées divines, comme le support ries manifestations de Dieu ad extra (2). Le perfectionnement des diverses créatures au point de vue naturel et surnaturel est principalement attribué au Saint-Esprit ou, pour parler comme la théologie dira plus tard, elle est son œuvre propre (3).

B. Sur les divers ornements dont Dieu a ensuite paré le monde la sainte Ecriture donne dans ses premières pages un récit qui semble être l'écho d'un chant de louange venu du ciel et dans lequel l'œuvre merveilleuse de Dieu est proclamée et glorifiée en diverses strophes, sans qu'on puisse inférer de là avec quelque précision leur succession dans le temps. Il offre à qui veut l'interpréter exactement diverses énigmes dont plusieurs sont restées jusqu'ici sans solution, surtout si on veut les mettre en plein accord avec les sciences nouvelles telles que la cosmologie et la géologie. Les essais d'explication tentés dans ce but et les progrès de l'exégèse, en tant qu'ils intéressent le dogme, seront exposés en leur lieu dans l'histoire des dogmes. Ici nous avons à faire ressortir dans ce récit les vérités dogmatiques qui sont exprimées pour tout lecteur non prévenu et qui ont toujours été enseignées par l'Église. Ce sont les suivantes.

(ï) Math., 6, 32. Rom. 5, 58, 15. Eph. 4, 6. (?) Joh. 1,3. I Cor. 8, 6. Col. 1, 10. Hebr. 1, (3)Gm. 1, 2. Rom. 8, 11. 15. 1 Cor. 3, 16.

i° Le monde en général et dans l'ensemble, c'est-à-dire l'univers, terre et ciel, dérive de Dieu ; il a été dans toutes ses parties (soleil, lune, et astres) notamment la terre, ses éléments et tous les êtres organiques, appelé à l'existence par Dieu, d'un seul mot c'est-à-dire par un acte de sa volonté libre (i). Aucun être dans le monde ne peut donc être honoré comme Dieu, ni être considéré comme découlant d'un principe mauvais. Relativement à cette dernière erreur assez répandue dans le paganisme, il est répété à diverses reprises dans le récit de la création que les êtres créés étaient bons ou très bons (2). Le mal dans l'humanité n'a donc dérivé que du péché.

2) La création de l'homme marque le terme de l'œuvre créatrice. Dieu forma le corps d'Adam du limon de la terre et lui inspira une âme vivante et il en fît ainsi un être composé d'un corps et d'une âme. Dieu n'a créé qu'un individu, Adam, comme le père de tout le genre humain et il lui a donné un souverain domaine sur toute la création terrestre ; par contre dans la création des autres êtres organiques, la terre ou l'eau sont indiquées comme des agents auxiliaires dans leur production et le texte n'exclut pas, mais indique plutôt la création d'une pluralité d'individus de cette copie. De l'homme seul il est marqué qu'il est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu (4).

3) Il est une autre vérité de signification religieuse et en même temps morale qui est enseignée dans le récit de la création : c'est que la semaine de six jours de travail et d'un jour de repos est établie par Dieu d'une manière symbolique dans la création comme elle sera de nouveau recommandée à l'homme dans le troisième commandement du Décalogue par une positive révélation de Dieu (5). C'est en six jours que Dieu a achevé l'œuvre de la création ; c'est

(i) GenA. — {1)Gen. 1,4, 10, 18,21 2i> 31. — (3) Gen. !, 11, 12,20,24. (4) Gen. 1, 27. — (5) Gen. 2, 2, 3.

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le septième qu'il s'est reposé et a béni son œuvre. C'est cette vérité qui au premier regard semble demander qu'on prenne selon la lettre les jours de la création comme des jours de vingt-quatre heures. Mais ce n'est là qu'une apparence. Le terme hébraïque Jom désigne ordinairement, il est vrai, un jour solaire de 24 heures ou même, par opposition à la nuit, la partie de la journée éclairée par le soleil (1), mais souvent aussi un espace plus long et indéterminé, soit au pluriel soit au singulier (2). La Genèse le montre même pour l'œuvre créatrice ; car le rapport de la terre au soleil et la fixation du jour de 24 heures qui dérive de là ne se produit que le quatrième jour.

L'œuvre de la création demeure cependant encore l'idéal pour la semaine de travail de l'homme, même si la création a été accomplie en six périodes consécutives de plus longue durée. Le Sabbat pour Dieu désigne bien un espace de temps plus long, puisqu'il s'étend du moment où la création a été terminée jusqu'à la fin des temps.

Dans ces derniers temps, cette manière d'entendre les jours de la création comme de longs espaces de temps a été presque unanimement acceptée, surtout par ceux qui cherchent à mettre en parfait accord les résultats des nouvelles découvertes de la géognésie et de la paléontologie avec le premier chapitre de la Genèse. C'est là donc ce qu'on appelle l'interprétation concordiste ; dans ces derniers temps elle a produit une riche et nombreuse littérature (3).

Il est du devoir de l'histoire des dogmes de mentionner en cet endroit une autre explication de saint Augustin : il entend la succession de la creatio secunda comme une succession existant seulement dans la connaissance abstrac-

(1) Gen. 1,16.— (2) Gen. 2, 4 ; 4, 3.

(3) Parmi les ouvrages les plus importants, citons : Wiseman, Zusamenhang der Ergebnisse, etc. Katisbonne, 1840; Marcel de Serres, De la Cosmogonie de Moïse, etc. ; Redsch, Bible et Nature, 1862; Guttler. Naturforschung und Bibel, Fribourg, 1877.

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