Contra Noetum, \o
316 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.
Fils, son propre Fils à soi, procédant de lui-même ^ C'est lui qui a souffert et qui est mort (patripassianisme); lui qui s'est ressuscité 2, présentant en conséquence, suivant qu'on le considère dans un état ou dans un autre, des attributs en apparence contradictoires, invisible et visible, inconnaissable et connaissable, incréé et créé, éternel et mortel, inengendré et engendré ^.
Ainsi entendue, la théorie est aussi simple que possible. Il ne se pouvait cependant que, mis en face des textes qui établissent la distinction réelle du Père et du Fils, les modalistes n'essayassent pas, sans sacrifier le fond de leur enseignement, de les expliquer. Ils le firent en déclarant qu'en Jésus-Christ le Fils c'est la chair, l'homme, Jésus, tandis quele Père c'estl'élément divin uni à la chair, c'est le Christ : « ut aeque in una personautrumque distinguant patrem et filium, dicentes filium carnem esse, id est hominem, id est lesum, patrem autem spiritum, id est deum, id est Christum •* ». Doù la formule qui excitait la bile de TertuUien : « Filius sic quidem patitur, pater vero compatitur ^. »
Telle est l'erreur patripassienne ou modaliste enseignée à Rome par les monarchiens dans le premier quart du iii^ siècle. On avait supposé, jusqu'à la découverte des Philosophoumena, que Sabellius personnellement avait vécu plus tard, et que son système différait un peu de celui-ci. Il n'en est rien. L'auteur des Philosopha amena ^ qui l'avait connu et fréquenté, en fait un contemporain de Zéphyrin et de Calliste, et ne signale entre son enseignement et celui de Cléomène aucune
i. Phîlosoph., X, 10; X, 27; Adv. Praxean, 10 : « Ipse se sibi filium tecit »; 11; cf. 1,2.
2. Contra Noetuyn, I, 3; Philosoph., IX. 10; Adv. Praxean, 1 : « Ipsum dicit patrem... passura •; 2 : « Post lempus pater natus et pater passus » ; 13.