CHAPITRE VIII
LES CONTROVERSES CHRJSTOLOGIQUrS ET TRINITAIRES EN OCCIDENT A LA FIN DU II® ET AU COMMENCEMENT DU III* SIÈCLE.
Le christianisme regardait comme un dogme fondamental l'unité de Dieu, et ses docteurs avaient dû y insister contre le dualisme plus ou moins explicite de la gnose. Il admettait, d'autre part, comme non moins certaine la divinité de Jésus-Christ. Entre ces deux croyances une contradiction semblait exister qui ne pouvait manquer d'attirer de bonne heure l'attention des théologiens. Comment concilier la foi en un Dieu unique avec la foi en la divinité du Rédempteur? Commentne confesser qu'un seul Dieu, si ce Verbe que saint Justin si énergiquement dit être i'TEpo; àpiOaw par rapport au Père, est lui-même Dieu?
La difficulté en effet avait été aperçue très vite, et on se souvient que les apologistes s'étaient efforcés de la résoudre en remarquant que la présence de la nature divine dans le Fils est l'effet d'une communication et d'une distribi^tion, non d'une division. D'autres docteurs, signalés par saint Justin [Dial., 128), avaient adopté une autre solution. Ils enseignaient que le Verbe était simplement une puissance (Suvaaiç) de Dieu, inséparable de lui comme la lumière l'est du
L'ADOPTIANISME ET LE PATRIPASSIANISME. 309
soleil, qu'il étendait hors de lui ou retirait à lui à sa volonté \ et à laquelle on donnait différents noms, ange, gloire, homme, logos, suivant la forme qu'elle prenait ou les fonctions que l'on considérait en elle. Ces docteurs étaient-ils chrétiens, ou étaient-ce, comme le pense Otto 2, des juifs alexandrins? Nous l'ignorons. Saint Justin, en tout cas, repousse leur explication comme ne mettant entre le Père et le Verbe qu'une distinction purement nominale : et il est impossible en effet de n'être pas frappé de l'analogie qu'elle présente avec certains systèmes sabelliens du iv^ siècle.
Elle fut reprise cependant moins de cinquante ans après saint Justin, mais en réaction d'une autre erreur qui l'avait précédée : la négation de la divinité de Jésus-Christ.
Il s'est produit à ce propos dans l'histoire ecclésiastique, et dans l'histoire des dogmes en particulier, une confusion qu'il faut dissiper en quelques mots.
On a supposé que ces deux erreurs, la négation de la divinité de Jésus-Christ et le patripassianisme ou modalisme, étaient nées toutes deux de la préoccupation de maintenir l'unité, la monarchie divine^, et on leur a donné le nom commun de monarchianisme. Puis, pour les distinguer entre elles, on a surnommé la première monarchianisme dynamique^ parce qu'elle n'admettait, comme présente en Jésus-Christ, que la puissance ou la grâce (ouvaaiç), et non l'essence même de Dieu (oùaia) ; tandis que l'on surnommait la seconde monarchianisme patripassiejiy parce qu'elle attribuait à Dieu en général ou au Père les souffrances de Jésus- Christ. Or, de ces dénominations, la dernière est his-
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