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318 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.

n'y devenait autre par rapport à lui et Fils qu'au moment de la création. Mais, à ce moment-là, la distinction s'exagérait, et le Fils y paraissait inférieur et subordonné au Père. Génération temporelle et subordinatianisme étaient les deux vices de la doctrine, par ailleurs exacte, que l'école dite trinitaire opposait aux affirmations de l'école monarchianiste. Pour réfuter l'erreur de celle-ci, saint Hippolyte et les siens inclinaient manifestement vers l'erreur contraire.

Quant à l'opposition faite au monarchianisme par l'autorité ecclésiastique, elle demande à être étudiée avec soin.

Si nous en croyions certains de nos documents, cette opposition n'aurait, au fond, jamais existé, et les évêques de Rome, Victor, Zéphyrin et Calliste auraient favorisé ou même professé l'hérésie.

La chose, pour le pape Victor, est insinuée par Tertullien [Adif. Prax., 1), et affirmée sans détour par l'auteur du catalogue héréséologique qui termine le traité De praescriptione, — le Pseudo-Tertullien, comme on le nomme communément : « Sedpost hos (haereticos) omnes etiam Praxeas quidam haeresim introduxit, quam Victorinus corroborare curavit » (25). Il n'y a pas lieu cependant de s'arrêter longtemps à l'examen de cette accusation. Elle est très vague dans Tertullien, elle vient d'un anonyme dans le catalogue. La leçon même Victorinus ne désigne pas Victor si elle est exacte, et, si elle est une altération, il se peut qu'elle désigne Zéphyrin ^ Les Philosophoumena ne font aucun reproche à Victor, et l'on comprendrait fort bien d'ailleurs, qu'ayant reçu de Praxéas, dans l'affaire du montanisme, un utile conseil, ce pape lui ait témoigné d'abord de la bienveillance, et ne l'ait pas repris d'une

1. Voir l'annotation d'Oehler, dans son édition de Tertullien, II, p. 765.

L'ADOPTIANISME ET LE PATRIPASSIANISME. 319

erreur que l'hérétique n'a dû développer que plus tard. C'est assez pour qu'on écarte du débat qui va suivre le nom et la mémoire de Victor.

Mais pour Zéphyrin et Calliste, les accusations des Philosophoumena sont précises. Le premier, rapportent-ils, favorisait l'hérésie. Il permit d'abord d'aller entendre les nouveaux docteurs; puis il professa lui-même leur doctrine : « Je ne connais qu'un Dieu, disait-il, Jésus-Christ, et en dehors de lui aucun autre, qui est né et qui a souffert. Et il ajoutait : Ce n'est pas le Père qui est mort, mais le Fils : ce qui causait dans le peuple de continuelles disputes ' . »

Quant à Calliste, après nous avoir donné de sa vie antérieure un récit au moins tendancieux, l'auteur des Philosophoumena nous le montre, devenu le diacre de Zéphyrin, allant d'un parti à l'autre, paraissant être de l'avis de tout le monde, mais en réalité favorable à l'erreur, pervertissant notamment Sabellius qu'il ramenait vers Cléomène, et traitant de dithéistes les docteurs orthodoxes 2.

Cependant, continue le même auteur 3, Zéphyrin mourut (217) et Calliste lui succéda. Combattu par de puissants adversaires, étroitement surveillé et plus en vue que jamais, le nouveau pape sentit qu'il fallait rompre avec les patripassiens, et condamna Sabellius. Mais il n'était pas sincère, et comme Sabellius le poursuivait de ses reproches, il imagina une modification de son ancienne erreur. Suit l'exposé de ce monarchianisme modifié dont j'ai déjà donné une idée d'après Tertul-

\. Philosoph., IX, 41 :* Eyàj oTSa ha. Oeov XpicTov 'IridoOv, xai tcXyiv aÙToO £T£pov oOoÉva ye'/Tt'zhv xai TraôriTov. lIoTe ôè Xéywv où^ 6 Tiaxyip àTtéOavev, àXXà ô ulo;, oûtw; ànauffiov t/jv atâo-tv èv Tqi Xaài ôieXTQpricrsv.

2. Philosoph., IX, 11, 42; Saint Hipp,, Contra NoeL, 14; Tertllliex Adv. Prax., 3: « Duos et très (deos] iam iactitanta nobis praedicari. »

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