De monogamia
o. « Ideo pênes nos occultae quoque coniunctiones, id est non prlus apud ecclesiam professae, iuxta moechiam et fornicationem iudicari periclitantur » [De pudicitia, 4). V. aussi Ad uxorem, ir, 8.
350 LA THÉOLOGIE ANIÉNICÉENNE.
tingue sans doute, en théorie, les préceptes des conseils 1 ; mais quand il en vient aux cas de conscience que les chrétiens vivant au milieu des païens se posaient quotidiennement, il paraît oublier sa distinction et pousse d'ordinaire ses exigences à l'extrême. Les vierges devront absolument porter le voile [De virginibus velaiidis) ; défense aux chrétiens de fuir ou de se racheter à prix d'argent pendant la persécution [De fuga in persecutione]\ obligation, au nom du Paraclet, de jeûner souvent et rigoureusement [De ieiunio adçersus psychicos). Un chrétien ne peut ni servir dans les armées [De corona], ni assister aux spectacles [De spectaculis). Il ne lui est pas permis non plus d'exercer un métier entaché d'idolâtrie; de rien vendre qui puisse servir au culte des idoles, à moins d'être sûr que cela n'y servira pas en effet ; généralement de faire du commerce, parce que la cupidité en est le but et le mensonge le moyen ; enfin de remplir une fonction publique, impériale ou municipale, parce qu'on y est toujours exposé à commettre quelque acte didolâtrie [De idololatiia). Tertullien, en un mot, veut introduire dans la vie de tous et de chacun des fidèles un idéal impossible et de mauvais aloi. Son chrétien, pour rester tel, aurait dû cesser d'être citoyen et membre d'une famille : il aurait dû s'exiler de la société. C'eût été justifier du coup cette accusation de haine du genre humain, dont les païens poursuivaient les nouveaux croyants.
Reste à examiner l'eschatologie de Tertullien. Elle est dans la note la plus archaïque et la plus réaliste. Si l'on excepte les âmes des martyrs, qui sont reçues immédiatement au ciel, les autres âmes, dit-il, descendent, à l'exemple de celle du Christ, dans les enfers
l. Ad uxor., n, 1; Adv. Marcion., I, 29; H, 17; cf. I, 23.
jusqu'au jour delà résurrection ^ Là, elles sont diversement traitées : « Supplicia iam illic et refrigeria ^. » Celles des justes jouissent pour les bonnes pensées qu'elles ont eues et les bonnes actions qu'elles ont accomplies sans le secours du corps ; celles des méchants commencent, au contraire, à souffrir pour le mal qu'elles ont aimé ou commis. Les fautes légères elles-mêmes sont expiées ^. Le dogme de la résurrection de la chair est un de ceux que notre auteur a le plus fortement établis (De carne Chris ti. De resurrectione carnis). Cette résurrection, remarque-t-il, est nécessaire pour que l'homme soit récompensé ou puni non pas seulement de ses intentions et dispositions intérieures, mais de ses actes extérieurs et effectifs ^. Aussi sera-ce la chair même que nous aurons eue qui ressuscitera, bien que dans un état nouveau : « Non abstulit (Deus) substantiam, cui similitudinem (angelorum) attribuit. « « Resurgetigiturcaro, etquidem omnis, et quidem ipsa, et quidem intégra ^. » Cette nouvelle vie d'ailleurs ne sera pas donnée à tous au même moment. A la fm du monde actuel, les justes d'abord ressusciteront, non pas simultanément, mais plus tôt ou plus tard suivant leur mérite, pour régner mille ans avec le Christ dans la Jérusalem descendue du ciel ^. Puis, ce délai passé, le monde sera détruit, et les méchants à leur tour ressusciteront pour le jugement ''. Les bons goûteront éternellement le bonheur de la vue de Dieu ; les réprouvés se
\.De anima, 55.