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Dieu et homme. « Tam enim Scriptura etiam Deum annuntiat Christum quam etiam hominem ipsum annuntiat Deum; tam hominem descripsit lesum Christum quam etiam Deum quoque descripsit Christum Dominum » (11, 17). Novatien insiste sur cette dualité d'éléments. Les expressions assumpsit carnem, suscepit hominem, suhslantiam hominis induit, etc. sont celles dont il se sert plus volontiers pour représenter l'Incarnation (13, 21, 22, 23). Il est en défiance contre les formules qui attribuent à Dieu la mort et les souffrances de Jésus, et il a soin de les préciser (25) : on sent qu'il est en garde contre des adversaires. Combattant les modalistes qui, en Jésus, confondent l'élément divin avec le Père et l'humanité avec le Fils, il remarque que l'homme en Jésus n'est pas Fils de Dieu naturaliter, principaliter, mais consequenter, c'est-à-dire conséquemment à son union avec le Verbe, que cette filiation est en lui quelque chose de feneratum^ mutuatum (24) : ce qui ne signifie pas toutefois que Jésus-Christ en tant qu'homme, n'est, d'après notre auteur, que le Fils adoptif de Dieu, mais seulement qu'il n'est son Fils qu'en vertu de l'union. L'instant de cette union n'est d'ailleurs pas fixé, et malgré l'imprécision de certains passages (24, col. 934, B; 13, col. 907, C) on ne saurait accuser Novatien de l'avoir rejeté après la conception du Sauveur.

Il reconnaît en effet pleinement l'unité personnelle de Jésus-Christ, et si l'expression una persona ne se trouve pas explicitement dans ses œuvres, elle s'y trouve équivalemment. L'union de l'humanité et de la divinité, nous dit-il, est une pcrmixtio (11), une annexio, une connexio et permixtio sociata, une transductio ; Jésus est ex utroque connexus, contextus, concretus (24) ; et il le fallait, ajoute-til, pour que le Christ fût médiateur : « ut... et Deum homini, et hominem Deo copularet » (23, cf. 21).

Les doctrines de la Trinité et de l'Incarnation remplissent à peu près à elles seules le De Trinitate de Novatien. Il y a touché cependant à quelques autres points du dogme qu'il suffît d'indiquer. Il y affirme par exemple la liberté humaine (1, col. 887, 888; 10, col. 903) ; l'origine divine et l'immortalité de Tâme (1, col. 887; 25, col. 935); la possibilité pour nous de mériter ou de démériter (« praemia condigna et mérita poenarum », 1, col. 888); l'indéfectibilité et la sainteté de l'Eglise : cette Eglise est gardée par le Saint-Esprit « incorruptible et inviolée dans la sainteté d'une perpétuelle virginité et vérité » (29, col. 946). Ajoutons que, comme Tertullien, Novatien admet que les âmes des justes et des méchants descendent, après la mort, dans un lieu inférieur où elles goûtent les prémices de leur futur jugement : « futuri iudicii praeiudicia sentientes » (1, col.

Outre ses ouvrages indiscutés, on a, avec plus ou moins de fondement, attribué à Novation quelques autres traités anonymes édités parmi les spuria de saint Cyprien ^ , et d'ailleurs fort pauvres en données théologiques : le De spectaculis, où l'on trouve (5) un témoignage sur l'Eucharistie, corps du Christ; le De bono pudicitiae j exhortation pressante à la virginité; le De laude martyrii, qui contient une description réaliste des tourments éternels de l'enfer et du bonheur du ciel (20, 21, cf. 11). Mentionnons encore \Adçersus ludaeos. — Mais, en dehors de ces écrits assez courts, plusieurs critiques ( Weyman, Haussleiter, Zahn, H. Jordan) ont cru, de nos jours, devoir faire de Novatien l'auteur des vingt Tractatus récemment découverts par M^"" Batiffol, et édités par lui sous le titre de

1. s. Thasci Caecili Cypriani opéra omnia, édit. G. Hartel, Vindobonae, 1868-1871, tom. III.

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Tractatus Origenis de libris SS. Scripturarum (Paris, 1900). C'est une opinion qui n'est pas fondée. Le style des Tractatus diffère de celui de Novatien, et leur théologie est notablement et manifestement en progrès sur celle du De Trinitate. W^ Batiffol pense qu'ils sont l'œuvre d'un novatien du iv^ siècle commençant et antérieurs à la paix de Constantin ; M. lîarnack les rejette, sans hésiter, après le concile de Nicée, et au moins vers la fin du iv« siècle ^

Sous le bénéfice de ces observations, on donnera ici un court aperçu de la doctrine que ces Tractatus développent-.

Dieu, conçu comme transcendant (i, p. 11, 24p. 12, 5; cf. I, p. 3, 18-19)3, a créé l'homme. L'homme est âme et corps (i, p. 5, 25-27; cf. i, p. 4, 4-9, etc.), mais dans le chrétien par la foi s'ajoute un troisième élément, l'Esprit de Dieu (i, p. 4, 4-8; p. 3, 25; xii, p.

35, 1-12; XX, p. 210, 25). Malheureusement, le péché du premier homme a tout gâté : « Peccavit Adam et corrupta sunt omnia » (vu, p. 77, 5; cf. v, p. 56, 9-11); tous les peuples « conclusi sub peccato Adae et rei transgressionis atque obnoxii tenebantur » (v, p. 52,

5-8). De là la mort et tous les maux, le monde et l'homme au pouvoir du péché et du démon (xi, p. 123, 15-17; XIII, p. 147, 11-17; vu, p. 78, 5-11; x, p. 111, 13-p. 112, 3 etc.). Mais Dieu remettra l'homme dans l'état où il était avant sa faute; il lui redonnera de vivre à Dieu toujours, d'être immortel (i, p. 4, 12; xvii, p. 187, 17 sqq.); il le fera Dieu par la grâce (i, p. 9,

1. Geschichte der altchristlichen Littérature Die Chronologie, II, p. 410.

2. Voir H. Jordan, Die Théologie der neuentdeckten Predigten Novatians, LeipziïT, i902. P. Batiffol, Les Tractatus Origenis, à propos d'un livre nouveau, dans la Revue Biblique, XII, 1903, pp. 81-93; et « Pas Novatien " dans le Bulletin de littér. ecclésiastique, 1900, pp. 283-297,

3. Dans les références qui suivent, le chiffre romain indique le traité, les chiffres arabes indiquent la page de l'édition et la ligne.

23, 24) ; et cette œuvre sera un effet de sa miséricorde, bien que l'homme y doive nécessairement concourir, et puisse dans ce concours s'acquérir un mérite proprement dit (i, p. 3, 22-24; p. 10, 10; p. 9, 23; p. 1, 4, 5). Les Tractatus ne contiennent pas la théorie de la génération temporelle du Logos, mais ils représentent d'ailleurs, avec un progrès manifeste dans les formules, la doctrine trinitaire de Tertullien et de Novatien. On remarquera surtout le mot natura substitué au mot substantia. Le Fils est né du Père, et conséquemment il y a entre eux distinction personnelle, mais unité de nature : « Filius etenim Dei, Deus verus de Deo vero, unigenitus ab ingenito, non potest alius esse quam Deus » (m, p. 33, 19-20). « Pater et Filius indicantur, in quibus non natura dividitur, sed personae distinctae monstrantur » (vi, p. 67, 18). « Sicutenim ex leone leo nascitur, ita Deus de Deo et lumen ex lumine procedere dicitur. Sicutenim cum ex leone leo nascitur, non natura mutatur, sed una origo ostenditur, sic et Deus ex Deo natus aliud non potest esse quam Deus » (vi, p. 67, 20-p. 68, 1). « Diximus leonem et catulum leonis Patrem et Filium indicare quorum una natura est geniti et ingeniti. Unde et ipse Salvator ait : Ego in Pâtre et Pater in me est. Sed alter in altère esse non potet nisi per naturae individuam unitatem » (vi, p. 68, 16-20; et cf. i, p. 9, 15-p. 10, 17; m, p. 33, 5, 11, 14, 18; XIII, p. 148, 18 sqq.). — Cette unité de nature vat-elle pour l'auteur jusqu'à supprimer toute infériorité du Fils par rapport au Père? La chose n'est pas sûre. Le subordinatianisme, en tout cas, est fort peu accusé (m, p. 33, 16-19; cf. vi, p. 67,21; p. 68, 16-19), et même nos traités contiennent une formule qui proclame l'égalité de puissance et de vertu des trois personnes de la Trinité : « Nemo vincit nisi qui Patrem et Filium et Spiritum sanctum aequali potestate et indifferenti

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virtute crediderit» 'xiv, p. 157, 11-13). Ce même texte, comme on le voit, affirme implicitement la divinité du Saint-Esprit, dont la « divina aeternitas » et laa caelestis virtus » sont aussi enseignées (xx, p. 210, 25 sqq.) d'après le passage correspondant de Novatien [De Tri^ nitate, 29).

Comme la doctrine trinitaire, la christologie des Tractatus reste dans le sillage de celle de Novatien et de Tertullien. Le Verbe a revêtu une chair réelle (xiv, p. 154, 12 sqq.), chair qui, prise en soi et en dehors de l'union, est souillée et pécheresse (xix, p. 203, 1, 9, 17; p. 204, 7-9), mais qui, en Jésus-Christ, est innocente (xv, p. 164, 7; XIX, p. 203, 8). Jésus-Christ est fils des patriarches (vu, p. 80, 6, etc.), né de la Vierge Marie (vi, p. 68, 7, 8, 10; etc.), et, comme nous, a reçu une âme humaine (xvii, p. 184, 22-25).

Puisque d'ailleurs il est Dieu, le Sauveur réunit donc en lui deux natures. Notre auteur n'a écrit sans doute nulle part l'expression « deux natures » ; mais il parle en divers endroits de la nature divine (vi, p. 69, 4) et de la nature humaine (xiv, p. 154, 20 sqq.) de Jésus- Christ. Elles sont énergiquement distinguées l'une de l'autre, et ce qui leur convient en propre est mis à part : «Timor non Deised suscepti hominis fuit» (xiv,p. 154, 12 sqq. ; vi, p. 59, 17 sqq. ; xiii, p. 149, 19 ; xvii, p. 184, 12). Les termes qui traduisent l'union rappellent ceux de Novatien : induit carnem, adsumpsit carnem, suscepitcarnem hominis [v^ p. 49, 4, etc.; p. 51, 15; xvii, p. 184, 13, etc.).

Le Christ ainsi conçu est le second Adam (xvii, p. 184, 21 ; XX, p. 209, 22). En lui la similitudo Dei, perdue par le péché, est refaite. L'idée de récapitulation est dans Tesprit de l'auteur, bien qu'il ne la formule pas expressément (ix, p. 99, 4). Par le second Adam nous avons été sauvés. Les Tractatus nous repré-

sentent la Rédemption sous deux formes : d'abord, commeun rachat proprement dit : le sangde Jésus-Christ est un prix dont il nous paie, « praemio sui sanguinis nos a mortuis liberavit » (xviii, p. 197, 18 sqq.); puis, comme un sacrifice et une expiation que Jésus-Christ, prêtre et victime, ayant pris sur lui nos péchés, a réalisés pour nous : « Sacerdos, inquam, hic noster... semetipsum in sacrificio dédit » (xix, p. 206, 12 sqq.). « Illic suspensus est dominus, ut peccata nostra... in ligno crucis per eumdem hominem affîxa punirentur » (il, p. 15, 4 sqq. ; cf. p. 18, 17 ; ix, p. 102, 1 ; xix, p. 204, 18).

On a pensé, comme nous l'avons dit plus haut, que notre auteur était probablement un novatien. Cette conclusion résulte de son insistance à présenter toujours l'Église comme sainte, pure et immaculée (m, p. 25,17 ; XX, p. 212, 5) ; à exiger du chrétien après le baptême une vie irréprochable et sans tache (i, p. 3, 17; viii, p. 94, 6, etc.); à parler de la « discipline » sévère, exacte, austère à laquelle il faut se soumettre (vi, p. 71 ; XI, p. 126 ; xvi, p. 178, etc.) ; elle résulte surtout du texte où il semble déclarer toute réconciliation canonique impossible à qui se sera rendu coupable d'idolâtrie, d'inceste, d'adultère, de fautes contre nature et d'homicide (x, p. 112, 19 sqq.). Le caractère absolu de cette dernière affirmation dépasse même la dureté du novatianisme primitif, et parait bien assigner les Tractatus à une époque où ce dernier avait progressé dans le rigorisme''.

Le reste de la doctrine qu'ils présentent ne demande que quelques indications. Une allusion à l'Eucharistie se rencontre au tractatus ii (p. 18, 17). On nous dit au tractatus xvii (p. 184, 6; p. 187, 11), que notre résurrection « in eadem carne » est assurée par celle

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