Epist., LUI
28 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.
du bien, que l'on regarde l'esclave comme son prochain, et que nos ennemis mêmes ne soient pas exclus de nos bienfaits : Hominibus prodesse natura me iubet, et servi liheri ne sunt hiy ingenui an libertini... quid refert? Ubicumque homo est, ibi beneficii locus est\ — Si deos... iniitaris da et ingr-atis bénéficia, Jiani et sceleratis sol oritur^.
Ce sont là de beaux enseignements, et l'on conçoit que beaucoup de chrétiens aient cru, à partir du iv^ siècle, que Sénèque les avait reçus de saint Paul ^. Cependant, quand on va au fond de toute cette philosophie, et que l'on en considère toutes les affirmations, on ne trouve plus qu'elle cadre aussi bien avec les préceptes et surtout avec l'esprit de lEvangile. Mais il importe de remarquer d'autre part que ces leçons ne restaient pas, autant qu'on pourrait le penser, à l'usage exclusif de la haute société de l'empire. A côté des philosophes qui, comme Cicéron, Sénèque ou Cornutus, écrivaient et parlaient pour les patriciens, il y avait des philosophes prédicateurs, comme Papirius Fabianus et plus tard Dion Chrysostome (vers 30-116), vivant de la vie du peuple, qui s'adressaient à la foule dans les théâtres ou au coin des rues, et qui l'initiaient, dans la mesure dont elle était capable de l'être, à ces fortes doctrines.
L'aperçu que l'on vient de lire se rapporte à la philosophie et à la morale païennes au moment de la prédication des apôtres. Mais, à mesure que l'on avance vers la fin du i^"" siècle, et surtout au ii^ siècle, on voit cette philosophie prendre une teinte de plus en plus religieuse, s'allier de plus en plus étroitement à la reli- ''<