‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 169 sur 223 · Ep. LV · texte numérisé non relu

Ep. LV

o. Ep. LV, 2-2; EusÈBE, Uist. eccL, VI, 43, 1; Traité anonyme Ad Novatiarium, 12, 13.

nait pas. Et cependant il ne paraît pas être revenu en arrière, ni avoir contesté la légitimité du pardon accordé aux moechi, puisque saint Cyprien en tire contre lui un argument dans sa lettre lv, 20, 26, 27.

L'erreur de Novatien avait été condamnée d'avance au concile de Carthage : elle le fut de nouveau dans un concile de Rome tenu en l'automne de 251, et qui réunit, dit Eusèbe [Hist. eccles.y vi, 43, 2), soixante évoques. L'antipape fut excommunié.

L'ensemble du monde chrétien, sauf de rares exceptions, adhéra à cette condamnation \ Mais Novatien travailla si bien qu'il parvint à se maintenir, et à fonder un peu partout des communautés chrétiennes partageant son erreur. Elles subsistèrent longtemps et vécurent côte à côte avec les communautés catholiques, possédant comme elles leur hiérarchie d'évêques, de prêtres et de diacres, partageant souvent leurs persécutions pour la foi, et n'en différant d'ailleurs que sur le point précis de la pénitence.

Elles semblent du reste avoir bientôt poussé plus loin que Novatien lui-même les conséquences de son rigorisme. Novatien, on l'a vu, refusait le pardon aux lapsi^ mais il l'accordait aux fornicateurs et aux adultères. Un jour vint oii, les persécutions ayant cessé ou étant suspendues, il ne se trouva plus d'apostats, et où le schisme, par conséquent, n'eut plus de raison d'être. On continua alors de le justifier en renforçant ses tendances, et en déclarant que tous les péchés ad mortem^ y compris la fornication et le meurtre, échappaient au pouvoir de réconciliation de l'Église. C'est ce qui paraît ressortir des Tractatus Origenis (x, p. 112, 19 sqq.), et c'est ce qui ressort en tout cas du traité De paenitentia (i, 2, 5; 3, 10) de saint Ambroise, des lettres de saint

1. Saint Cyprien, Ep. LXVIII, 2; Eusèbe, Hist. eccL, VI, 44, 1; 46, 3, 4: VII, 3, 1.

380 LA THEOLOGIE ANTENICEENNE.

Pacien à Simpronianiis ^ des Quaestiojies ex veleri et novo Testamento du pseudo- Augustin -. Saint Pacien ramène la doctrine des novatiens à ceci : « Quod post baptismum paenitere nonliceat, quod mortale peccatum Ecclesia donare non possit, immo quod ipsa pereat recipiendo peccantes ^. » Les témoignages de Philastrius {De haeresibus, 82), de saint Augustin [De haeresibus, 38), de Socrates (Hist. eccl.^ i, 10; vu, 25), de Théodoret [Haeretic. fahul., m, 5) et de saint Nil [Epist., lib. III, 243) sont concordants.

Abstraction faite cependantdes précieux détails qu'ils nous ontvalussurla discipline pénitentielle, deux avantages dogmatiques résultaient des conflits que nous venons d'exposer : d'une part, une conscience plus nette pour l'Eglise de son pouvoir de pardonner universellement tous les péchés quels qu'ils fussent — elle avait ellemême limité quelque temps l'usage de ce pouvoir, elle en étendit, quand il le fallut, l'exercice — : d'autre part la claire vue que la hiérarchie ecclésiastique est seule dépositaire de ce pouvoir, et qu'elle ne relève que d'ellemême dans l'application qu'elle juge bon d'en faire. Cette hiérarchie avait déjà triomphé, dans l'aflirmation de ses droits, des prétentions delà spéculation et de Tilluminisme incarnés dans lesgnostiqueset les montanistes; elle triomphait maintenant des prétentions delà fausse sainteté représentée par certains confesseurs et par les rigoristes outrés. Un évêque avait paru, possédant à un degré souverain l'art du gouvernement et le sentiment de son autorité, et qui avait mis toute son énergie et toute sa science à assurer ce triomphe. Nous l'avons nommé Cyprien.

Page 1