‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 170 sur 223 · SAINT CYPRIENET LA CONTROVERSE BAPTISMALE · texte numérisé non relu

SAINT CYPRIENET LA CONTROVERSE BAPTISMALE

§ 1. — La théologie de saint Cy^prien i.

Saint Cyprien n'est pas un spéculatif ni proprement un théologien : de toutes les notions théologiques, il n'y a guère que l'idée de l'Eglise qu'il ait un peu approfondie : encore n'y est-il pas complètement original. Il est avant tout, je viens de le remarquer, un homme de gouvernement et d'action, unévêque du type que reproduiront saint Ambroise et saint Léon, entrant dans les difficultés doctrinales seulement dans la mesure que requiert l'instruction de son peuple, et veillant avant tout à maintenir la paix dans les esprits, afin de tourner à la réforme intérieure toutes les énergies de l'âme. Bien qu'admirateur et disciple Je Tertullien, il est aussi calme et aussi pondéré que son maître est excessif et violent. Son éloquence porte la toge et conserve tou-

1. L'édition citée est celle de G. Hartel, S. Thasci Caecili Cypriani opéra omnia, Vindobonae, 1868-1871. — Travaux : P. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, II, Paris, 1902. H. Leclercq, L'Afrique chrétienne, I, Paris, 1904. E. Wh. Benson, Cyprian, his life, histimes, his work, London, 1897. K. G. Gôtz, Z)as Cliristentum Cyprians, Giessen, 1896. 0. RiTSCHL, Cyprian von Karthago und die Verfassung der Kirche, Gôttingen, 1885. J. Delarochelle, L'idée de VÉglise dans saint Cyprien, dans la Revue d'Hist. et de Littér. religieuses, I, 1896. K. H. Wirth, Der Verdienst Begri/f in der chrisilichen Kirche, II, Der Verdienst Begriff hei Cyprian, Leipzig, 1901. P. Batiffol, L'Eglise naissante et le catholicisme, Paris, 1909.

382 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.

jours quelque chose de solennel et de grave. Son influence néanmoins, et à cause même de cette possession forte et calme de soi, a été immense sur ses contemporains et dans toute Tancienne église. Comme le siège de Rome était « le siège de Pierre » , celui de Carthage était, au iv^ siècle, « le siège de Cyprien ^ «. Rome et l'Occident se reconnaissaient dans ce génie pratique et cette habileté singulière à conduire les hommes.

On peut négliger les données trinitaires de saint Cyprien, et même les quelques indications christologiques qu'il a groupées dans le deuxième livre de ses Testimonia ad Quirinum (1, 3, 6, 8-11, 14), et qui reproduisent sensiblement l'enseignement de Tertullien. La sotériologie est aussi peu développée : l'idée de substitutio vicaria y apparaît cependant -, et l'auteur a tracé des effets de la rédemption un tableau saisissant ^ ; mais le vrai centre de sa théologie, c'est la doctrine de l'Eglise.

Considérée dans ses éléments visibles, l'Eglise, nous dit saint Cyprien, est la réunion de l'évêque et de son troupeau, de l'évêque, du clergé et des fidèles ''. Considérée dans sa condition mystique, elle est l'épouse de Jésus-Christ à qui elle doit donner des enfants spirituels ^. Son rôle est d'être la dépositaire des biens célestes, de la grâce, des trésors que la Rédemption a apportés, et en même temps du pouvoir sanctificateur de Jésus-Christ, en sorte qu'on ne les puisse trouver qu'en elle ^. Et de là la nécessité d'appartenir à cette Eglise. Qui s'en sépare « vitam non tenet et salutem " ».

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