Jub., V, 5-11; Enoch, VI-XVI; Apoc. de Bar., LVI
5. Enoch, VIII, 1; IX, G; VI, 7; Jub., X, 8; XVII, IG; X,ll; Teslam. des douze p)atr., Siméon, 5; Levi, 19, etc.
surtout les enfants procréés par eux, les démons, qui remplissent ce rôle ^
Après les anges, l'homme. La doctrine juive sur sa nature avait toujours été assez sommaire et concrète, et elle l'était encore au temps de Jésus-Christ. On savait seulement qu'il y avait en lui deux éléments, et qu'il ne périssait pas tout entier à la mort. Ce qui occupait bien davantage, c'était la situation résultant pour lui de son inclination au mal, et le secours qu'il pouvait tirer de l'observation de la Loi. Bien des traits nous montrent que saint Paul n'a pas été le premier à réfléchir sur ces problèmes, et à se demander quelle est, dans l'œuvre du salut, la part de l'homme et la part de Dieu. La faiblesse de l'homme était profondément sentie, l'universalité du péché reconnue sans hésitation ^. Cette faiblesse était représentée comme un héritage d'Adam, aussi bien que la mort elle-même : O tu quid fecisti, Adam P Sienim tupeccasti non est factura solius tuus casus, sed et nostrum qui ex te advenimus [IV Esdr., vu, 118)^. L'auteur, on le voit, côtoie ici la doctrine du péché originel. La conséquence qu'il tire est qu'il eût mieux valu pour l'homme ne pas naître, et que plus heureux sont les animaux qui ne redoutent ni jugement ni tourment après la mort (vu, 116-126; 65-69). La perte toutefois n'est pas fatale, et chacun de nous reste, en définitive, l'arbitre de son sort; Adam n'a agi que pour son compte, chacun de nous est l'Adam de son âme'*. Qu'y
\. Enoch, XV, 8 — XYI, 4; Jub., X, 1 sqq. Cf. Hackspill, dans la^Revue bibl. 1902, pp. 527 suiv.
2. Quis enim est de praesentibus qui non peccavit, vel guis natorum qui non praeterivit sponsionem tuam? {IV Esdras, VII, 46, 48; Enoch, XV, 4; Apoc. de Bar., XLVIII, 42-46).
3. Cf. IV Esdras, III, 21, 22; Apoc. de Bar., XXXIII, 4; XLVIII, 42.
4. Non est ergo Adam causa nisi animae suae tantian, nos vero iinusquisque fuit animae suae Adam {Apoc. de Bar., LIV, 19, cf. iT Esdr., VIII, o6).
40 LA THÉOLOGIE ANTENICEENNE
a-l-il donc à faire? Observer la Loi; c'est par ses œuvres que l'homme se sauve *. Mais cette Loi, nous savons combien la casuistique des docteurs l'avait rendue pesante et compliquée, combien la voie du salut paraissait étroite, et c'est pourquoi, en même temps que le Juif pieux et sincère croyait, sans hésiter, que le grand nombre sera damné, il multipliait ses pénitences et ses austérités -, et finissait par en appeler à la miséricorde de Dieu, comme à l'unique ressource qui lui restât dans cette extrémité : Jn hoc enim adnuntiabitur iusticia tua et bonitas tua, domine, cum miiertus fueris eis qui non habent substantiam operum bonorum [IV Esdras, viii, 36); car il se sentait perdu entre son impuissance à observer toute la Loi, et cette Loi qui demeurait inflexible devant sa faiblesse : Nos quidem qui legem accepimus peccantes peribinius, et cor nostrum quod suscepit eam; nam lex non périt, sed pernianet in suo honore {IV Esdr., ix, 36, 37, cf. 28-37). Ne croirait-on pas entendre saint Paul [Rom., vu)?
Quel sera le sort des hommes après la mort? Déjà Daniel, dans le fameux passage xii, 1-3, avait parlé de la résurrection qui attendait, au dernier jour, les bons et les mauvais d'entre son peuple, ceux-ci pour le châtiment, ceux-là pour la récompense. Mais il ne s'agit, en cet endroit, que du jugement dernier. Josèphe nous dit d'autre part [De bello iud.. ii, 8, 11) que les Esséniens admettaient que les âmes sont immortellement heureuses ou malheureuses immédiatement après la mort. C'était là certainement une doctrine étrangère qui ne leur venait pas du judaïsme. La vraie
4. Tobie, I, 1-12; IV Esdr., VII, 20-2i, 72; Apoc. de Bar., LI, 7. La foi cependant est nécessaire : on la met à côté des œuvres, ou même sur le même pied qu'elles (Enoch, XLYI, 7; LXIII, 5, 7; /F Esdr., XIII, 23; IX, 7).
2. IV Esdr., VII, 47; VIII, 3: IX, 2i ; Ajjoc. de Bar., XX, 5; XXI, 1.
expression de la pensée juive se trouve dans le Livre d'Enoch, le quatrième livre d'Esdras, et celui des Jubilés ^ : ils annoncent un châtiment ou un bonheur provisoire, en attendant la rétribution définitive et la sentence du grand juge.
C'est à cette sentence dernière qu'en appelle toujours, à ce moment, le Juif fidèle et opprimé par les ennemis qui insultent à sa foi et à ses espérances. Plus les moyens humains de restauration religieuse et nationale lui échappent, plus ardemment il se tourne vers la suprême justice qui doit rendre à chacun, peuples et individus, suivant ses œuvres, plus s'exalte son attente du Messie qui doit établir le règne de Dieu et remettre tout en ordre. L'idée du Messie est intimement liée, dans les esprits, aux événements de la fin du monde. Comment les choses se passerontelles et quel plan y sera suivi, c'est sur quoi on n'est pas d'accord. Les uns placent le règne du Messie avant, les autres après le jugement et la consommation finale. Quoi qu'il en soit, il est temps de considérer de plus près ces doctrines, dont le dogme chrétien devait si largement préciser et transformer les traits.
On cherchera dans les apocryphes surtout et presque exclusivement les idées dominantes alors sur le Messie. J'ai déjà observé qu'ils lui attribuent la préexistence : « J'en vis uh dont la tête était chargée de jours... et près de lui était un autre [personnage] dont l'aspect était celui d'un homme, et sa figure était pleine de grâce, comme celle d'un ange saint [Enoch, XLvi, 1)... Avant que le soleil et les signes fussent créés, avant que les étoiles du ciel fussent faites, sou nom fut nommé devant le Seigneur des esprits... Et
1. Enoch, XVni, 1-6, 14-16; XXII, 1-9, 11-13; X, 4-6, 12; IV Esdr., VII, To-101; Jub., XXIII, 31.
42 LA THEOLOGIE ANTENICEEXNE.
c'est pourquoi il a été choisi et caché devant lui avant que le monde ne fût créé, et jusque dans l'éternité (Ibid., xLviii, 3-6). » Ces expressions cependant sont assez vagues, et il est remarquable que les livres ou les passages qui nous les présentent sont peut-être ou même sûrement postérieurs à la venue de Jésus-Christ. D'autre part, le Messie nous est donné comme Télu, le Fils de l'homme, le Fils de David, le Christ, le Christ du Seigneur, le Fils de Dieu '. L'idée qu'on nous en suggère partout est celle d'un prince, le prince spécial du peuple juif, qui viendra établir sur la terre un royaume idéal où Dieu sera servi comme il le désire. Quelquefois, il apparaît comme le vengeur des droits de Dieu et l'exterminateur des impies : c'est un INIessie guerrier qui porte Tépée et qui brise les nations, ou bien qui détruit ses ennemis d'un mot de sa bouche, par la puissance de la vérité et de la loi, et gouverne le peuple par sa sainteté et sa justice^. Dans ce cas, son règne précède la fin du monde et souvent n'est que temporaire ^. D'autres fois. Dieu lui-même se charge de venger sa propre cause. Le jugement a lieu d'abord; les méchants sont punis, puis le Messie apparaît : il règne éternellement sur un Israël transfiguré avec une Jérusalem nouvelle pour capitale "*. D'autres fois enfin, comme dans les chapitres des Similitudes dans Enoch (xxxvii-lxx), le Messie est tout ensemble juge, exécuteur et roi
1. Enoch, XLV, 3 et passiîn; XLVI, 2-4, etc., CV, 2; IV Esdras, IV, 32 (traduct. syriaque); VII, 29; XIII, 32; XIV, 9; Ps. de Salom., XVII, 23, 3G ; XVIII, 6, 8.
2. Ps. de Salom., XVir. 23-41 ; Apoc. de Baruch, XXXIX, 7-XL, 2 ; LXXII; IV Esdr., XIII, 37, 38, 49.
3. Ps. de SaL, XVII, XVIII ; Enoch, XCI, 13-15: Apoc. de Bar., XL. 3 ; LXXIV, 2. Le quatrième livre d'Esdras lui donne 400 ans de durée; les Secrets d'Enoch (qui ne nomment pourtant pas le Messie) lui eu donnent 1000 (XXXII, 2-XXXIII, 2).