Polyc, ad Philipp., m, i ; cf. Smyrn., vn
4. Smyrn.,\i, 2; viii; Eph.,y, 2, 3; Magn., iv, 1; Philad., n, 4; m, 2, 3; IV, 1; etc.
176 LA THÉOLOGIE ANTENICEENNE.
§ 3. — Le judéo-christianisme au II* siècle'.
On a vu comment, dans l'Église chrétienne de Jérusalem, avait existé dès le principe un parti fortement attaché aux observances légales, et jaloux d'en maintenir la pratique, au moins pour les juifs convertis. Les événements qui précédèrent la ruine de la ville par Titus en 70 eurent pour effet de renforcer cette tendance fâcheuse. Dès l'an 68, les chrétiens, abandonnant Jérusalem, se réfugièrent au delà du Jourdain, dans le royaume d'Agrippa II, à Pella, d'où ils rayonnèrent peu à peu dans les régions adjacentes. Là, dans l'isolement où ils se trouvèrent, leur particularisme étroit ne fit qu'augmenter. Là aussi des divergences doctrinales se produisirent bientôt entre eux qui les partagèrent en plusieurs groupes moins nettement tranchés, il est vrai, que cet exposé ne le fera paraître, mais qu'il est possible cependant de distinguer.
11 y eut d'abord un groupe nazaréen, conservant, avec un grand attachement à la Loi et à ses prescriptions, l'essentiel de la foi chrétienne, et un groupe ébionite qui versa complètement dans l'hérésie. J'adopte pour plus de clarté ces dénominations pour désigner les deux parties de l'ancienne Eglise hiérosolymite, bien qu'en pratique on en brouillât l'emploi^.
1. DuciiF.SNE, Htst. anc. de l'ÉgL, I, cliap. ix. Hilgenffi.d. Die Ketzergeschichte des Urchristentums, Leipzig, 1884. Hilgenfeld, Judentum und Judenchristentum, Leipzig, 1886. Lucius, Der Essenismus in seinem Verhàlhiiss zum Judenthum, Strassburg, 1881. J. Langen, Die Klemensromane, Ihre Entstehung und ihre Tendenzen aufs neue untersucht. Gotha, 1890. G. BiGG, The Clémentine Homilies. Studia biblica et ecclesiastica. II, Oxford, 1890. F. W. Bussell, Ttie purpose of the worldprocess and theproblem of the evil as explained in the Clémentine and Lactantian writings : Studia bibl. et eccles., IV, Oxford, 18^6. H. Wknz,Die Pseudoklementinen Homilien und Rekognitiotien, Leipzig, 1904.
2. S. JÉRÔME, Epist. GXII, ad Augustinum, 13. Cf. Harnack, Lehrb. der DG., I, p. 283, texte et note 3.
Puis, parmi les ébionites, un certain nombre se trouva en contact avec les esséniens, et de ce contact naquit — au commencement du ii« siècle peut-être — la nuance d'ébionisme qui nous est représentée par les apocryphes clémentins au iii« siècle, et décrite par saint Épiphane au iv« [Haeres. xxx). Enfin sur ce fond d'ébionisme essénien se détache encore la secte particulière des elkasaïtes.
Ainsi, autant qu'il nous est permis d'en juger, l'ancienne Église de Jérusalem se serait décomposée au début du II® siècle d'abord en nazaréens et ébionites ; puis de ces derniers seraient venus les ébionites esséniens dont les elkasaïtes seraient une branche spéciale.
Quelle était la doctrine de ces divers groupes?
Il ne semble pas que, sauf par leur attachement exagéré à la Loi, et par une conception sans doute trop étroite de l'Evangile en général, les nazaréens aient différé, dans leurs croyances, des autres Eglises helléniques. Saint Jérôme, qui les connut à Bérée (Alep), déclare à saint Augustin, dans sa lettre cxii, 13 « qu'ils croient au Christ, Fils de Dieu, né de la Vierge Marie, qui a souffert sous Ponce-Pilate, est ressuscité, en qui nous croyons aussi ». Il ajoute, il est vrai, qu'en voulant être à la fois juifs et chrétiens ils ne sont ni l'un ni l'autre : dum çolunt etiudaei esse etchT'istiani^nec iudaei sunt nec christiani; mais ce qui les empêche d'être chrétiens c'est uniquement leur obstination à vivre à la juive; car le même saint Jérôme témoigne ailleurs qu'ils ne repoussaient pas l'apôtre Paul * . — Remontons plus haut. Il semble bien qu'Hégésippe, l'auteur des
\. In Isaiam, lib. III, cap. ix, 1 (P. L., XXIV, 123). Ces nazaréens paraissent bien cire ceux dont parle saint Épiphane, Haer. xxix, 1,7-9. Bien qu'il déclare qu'ils sont juifs et pas autre chose (7), les détails qu'il donne prouvent le contraire.
178 LA THEOLOGIE ANTEiMCEENNE.
Mémoires^ a été un chrétien de ce groupe ^ Or, il entreprend, vers 150, un voyage en Occident et se met en rapport avec un grand nombre d'évêques, notamment avec ceux de Corinthe et de Rome : il examine la doctrine qu'on enseigne dans les Eglises et il la trouve conforme à la sienne, « conforme à ce que prêchent la Loi, les Prophètes et le Seigneur ^ ». Si l'on remarque maintenant qu'au moment où écrivait Hégésippe (vers 180), saint Irénée représentait la secte ébionite comme absolument hérétique 3, il faut bien convenir que tous les judéo-chrétiens n'en faisaient pas partie. — Enfin, dans son Dialogue açec Tryphon (47), saint Justin nous parle de chrétiens qui acceptent tout l'Évangile, mais qui restent attachés à la loi de Moïse. Il croit, pour lui, qu'ils pourront se sauver et qu'on doit les regarder comme des frères avec qui on est en communion, pourvu qu'ils ne prétendent pas imposer aux chrétiens de la Gentilité ces mêmes observances. Ce sentiment, ajoutet-il, n'est pas, il est vrai, celui de tout le monde, et certains chrétiens ne se mêlent point à eux. Puis, au numéro 48, notre auteur mentionne encore des juifs d'origine (tiveç ôtuo tou OfAetepou ^i'^oxx;,^) qui admettent la messianité de Jésus, mais non sa divinité, opinion, continue-t-il, que je ne saurais partager non plus que la masse de ceux qui sont avec moi.
Ces Juifs sont-ils les mêmes que les chrétiens dont il a parlé au numéro précédent? 11 ne le semble pas. En tout cas, il paraît bien certain qu'il a existé, au ii® siècle et jusqu'à la fm du iv^ où saint Jérôme les a connus,
1. EusÈBE, Hist. eccles., IV, 2-2, 7 ; cf. S. JÉRÔME, In Ezechielem, lib. IV, cap. XVI, 13 (P. L., XXV, 137).