‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 48 sur 223 · Origines chrétiennes, pp. 1G · texte numérisé non relu

Origines chrétiennes, pp. 1G

à éliminer les germes des maladies avant que les organes essentiels en soient atteints ».

Ajoutons du reste que si la gnose constitua pour l'Église un danger des plus graves, elle ne laissa pas, par d'autres côtés, que de lui être utile. Non seulement les défenseurs de l'orthodoxie apprirent de leurs adversaires plus d'une vérité en les combattant, et virent s'élargir leur propre point de vue, mais la controverse mit en circulation une quantité de termes, oùaia, ôjxooucrioç, uTTOffiaffiç, TcpoêoXvi etc., dont la théologie profita, et dont elle eut à déterminer exactement le sens. C'est dans ces débats que sa langue commença à se former, et qu'on sentit pour la première fois la nécessité de lui donner plus de fermeté et de rigueur.

§ 5. — Le xnarcîonisxne ^

On rangeait autrefois Marcion parmi les gnostiques : appréciation fort contestable, car Marcion n'est pas mû dans ses recherches par le même intérêt théorique que les gnostiques ; son système n'offre rien des spéculations et des rêveries que les leurs présentent, et si l'on y trouve des traits qui semblent l'en rapprocher, on peut croire qu'ils viennent non de Marcion lui-même mais du syrien Cerdon que Marcion connut

1. Sources : S. Justin, Apologie I, 26, S8; Dialog.y 3o. S. Irénée Adv. haer., I, 27, 2-4; UI, 4, it; H, 9; d2, 42; 43; 44. Tertcllien, Adv. Marcionem libri quinque ; De carne Christi; Adv. Hermogenem. Pseudo- Tertdllien, 47. Philastrius, 43. Saint Épipuane, Haer. xlii. Philosophoumena, VII, 29-31 ; X, 19. Adamantius, De recta in Deum fide, I, II. EzNiG DE GoGHP, R'^futation des sectes (v"* siècle). — Travaux : Du- CHESNE, Hist. anc. de l'Église I, chap. xi. Hilgenfeld. Die Ketzergeschichte des Urchristentums, Leipzig, 1884. Harnack, De Apellis gnosi monarchica, Lipsiae, 1874. Meyboom, Marcion en de Maroionieten, Leiden, 1888.

202 LA THEOLOGIE ANTENICEENNE.

à Rome et qui fut quelque temps son maître (vers 138-139) K Aussi en traitons-nous à part.

Marcion a été avant tout frappé de l'opposition des deux Testaments, de la Loi et de TEvangile^. On ne met pas, répétait-il, le vin nouveau dans les vieilles outres ni une pièce neuve à un vieil habit ^. Dès lors, comment TEglise et ses écrivains depuis les apôtres, et y compris les apôtres, se sont-ils obstinés à rattacher le Nouveau Testament à l'Ancien, la grâce à la Loi, le christianisme au judaïsme? Marcion n'y voit qu'une explication : la méprise universelle dans laquelle tous sont tombés , sauf saint Paul. Car saint Paul seul a signalé, dansl'épître aux Galates, ces docteurs judaïsants qui corrompent l'Evangile en y voulant mêler la Loi. Il a donc été l'homme suscité de Dieu pour rétablir le vrai sens du christianisme faussé par les Douze. Encore a-t-on depuis altéré ses écrits, et faut-il les expurger des erreurs qu'on y a introduites^.

Qu'est-ce en effet que la Loi ancienne ? Une loi juste sans doute, mais seulement juste, et d'ailleurs sévère, dure, inflexible. L'Évangile, au contraire, n'est que bonté, amour, liberté. Deux économies si opposées ne sauraient avoir le même auteur; et, en conséquence, la gnose aidant, Marcion admet deux principes, deux dieux : l'un créateur du monde et législateur de l'Ancien Testament, non pas mauvais en soi, mais rigoureux, inconstant, connaissant uniquement la justice et la force, de qui viennent toutes les souffrances de Thu-

4. Sur Cerdon voir S. Irénée, Adv. haer., I, 27, 1; ni, 4, 3; Pseudo- Tertcllien, 16; Piiilastrius, 44; S. Épiphane, Haer. xli, ces trois derniers moins sûrs.

2. Separatio legis et evangelii proprium et principale opus est Marcionis (Tertull., Adv. Marcionem, I, d9).

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