‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 50 sur 223 · Tertull., Adv. Marc, V · texte numérisé non relu

Tertull., Adv. Marc, V

204 LA THEOLOGIE ANTENICEENNE.

prêcher l'Évangile et d'y annoncer le salut. Mais les justes de l'ancienne loi, Abel, Enoch, Noé, etc., le supposant envoyé par ce démiurge qui les a si souvent tentés, ne répondent pas à son appel. Seuls les méchants, Caïn, les Sodomites, les Egyptiens écoutent sa parole, et sortent avec lui des enfers ^

La prédication de Jésus-Christ devait être continuée sur la terre par les apôtres, mais, on Ta dit, ils ne l'ont point comprise : elle n'a trouvé d'interprète véridique que saint Paul. En y adhérant nous sommes justifiés et faits enfants de Dieu 2; il s'y joint toutefois, en pratique, une morale sévère. Marcion donnait l'exemple de l'austérité [sanctissimus magister ^), et imposait à ses disciples un ascétisme rigoureux, l'abstention des plaisirs, la mortification de la chair, la privation de certains aliments, et surtout la continence et le célibat. Ils devaient vivre ffuvTa^aiTioipoi xal (yuu.|j.i(7outxevoi, commiserones et coodibiles dans le monde, et souffrir courageusement le martyre, s'il le fallait'*. A cette condition seulement, ils éviteraient le feu du démiurge qui, à la fin des temps, dévorera ceux qui se perdent — et c'est le plus grand nombre ^. Ici, Marcion tronquait nécessairement l'eschatologie chrétienne : la résurrection de la chair, la parousie, le jugement proprement dit étaient supprimés. Le Dieu bon ne punissait pas précisément les méchants : il les écartait simplement de lui, et ceux-ci retombaient dès lors en la puissance du démiurge qui les châtiait ».

Page 1