EusÈBE, Hist. eccles., v
2. Sources : Les plus anciennes sont les documents mentionnés ou cités par Eusèbe. Mentionnés : Les lettres des martyrs de Lyon de 177 aux Églises d'Asie et de Phrygie et au pape Éleuthère, et la lettre où les chréiiens de la Gaule formulaient leur avis sur la question montaniste {H. E., v, 3, 4). Un écrit d'Apollinaire d'Hiérapolis {H. E., v. 19, 1 ; 16, 1). Un écri t de Miltiade Ilepi toO fjLy) ôetv ttooç^tyîv èv èxaTaaei XaXeîv {H. E., v, 17). Cilés : Une lettre de Sérapion d'Antioche (v. 200) à Caricus et Ponticus {H. E., v, 19). Un ouvrage d'Apollonius d'Ephèse (fl. E., v, 18). L'ouvrage d'un anonyme à Abercius Marcellus, écrit vers l'an 211 {H. E., V. 16). — Après cela, Tep.tullien, De corona militis; De fuga in persecutione; De exhortatione castitatis; De virginibus velandis; De monogamia; De ieiunio adversus psychicos; Depudicitia. Ses sept lirres De exstasi sont perdus (Cf. S. Jérôme, De viris illustr., -24, 40, 53). Pseudo-Tertuluen, 21. Philastrius, 49. S. ÉpiPHANE, ici bien renseigné et qui a puisé à une source ancienne, l'ouvrage de Miltiade à ce qu'il semble. Hae7'. xlviii, xlix. Les Philosophoumena, \ni, i9 ; x, 25. Origène, In epistolam ad Titum (Lomm., v, 291). Didyme. De Trinitate, m, 41, S. JÉRÔME, Epist. XLi. Théodoret, Haeretîc. fahul. compendium., m, 2.
Travaux : Dlchesne, Hint. anc. de l'Egl., I, cliap. xv. Hilcenfeld, Die Ketzergeschichte des Urchristentums, Leipzig, 1884, pp. 560-601. G. N. BONWETSCH, Die Geschichle des Montanismus, Erlangen, 1881. W. Belck, Geschichte des Montanismus, sein En tstehungsursachen etc., Leipzig, 1883. P. DE Labriolle, La polémique anlimontaniste dans la Revue d'hist. et de littér. rclig. xi, 1906, p. 97-145.
domestique d'éléments intérieurs à l'Église : c'est proprement une hérésie. Dans la crise gnostique, il s'était agi de savoir qui devait diriger la foi et la conduite des fidèles, delà spéculation représentée par la gnose et ses docteurs ou de l'enseignement traditionnel représenté par la catéchèse ecclésiastique et par les évêques. Dans la crise montaniste, la question est de savoir d'abord si l'économie de grâce apportée par Jésus-Christ et reçue par les apôtres est l'économie dernière et définitive, ou s'il ne doit point y en avoir une plus parfaite due à l'effusion spéciale du Saint-Esprit sur de nouveaux prophètes ; et conséquemment, si les successeurs des apôtres, les évêques, restent souverainement préposés à la direction doctrinale et morale de l'Église, ou si, à côté et au-dessus d'eux, cette direction ne revient pas à ces prophètes immédiatement inspirés de Dieu. L'autorité doctrinale et hiérarchique de l'Église avait dû premièrement se défendre contre les prétentions de la spéculation : elle doit se défendre maintenant contre celles de l'inspiration privée.
Bien que la chronologie en demeure quelque peu incertaine, on connaît assez bien les origines du mouvement montaniste. C'est probablement aux environs de l'an 172 qu'un certain Montan, nouveau converti du bourg d'Ardabau, dans la Mysie phrygienne, commence à éprouver des transports et des extases et à proférer des discours qui le font passer aux yeux des uns pour possédé, pourinspiréaux yeux des autres. Deux femmes. Priscilla et Maximilla, s'attachent à lui et présentent bientôt les mêmes troubles étranges. L'agitation gagne la Phrygie [^ xarà Opuy'^'î aipeaiç). Les foules accourent dans la plaine située entre Pépuze et Tymium, où doit descendre incessamment la céleste Jérusalem. Là, les assemblées se tiennent et les saints mystères se célèbrent en plein air : on y est témoin de phénomènes extraordi-
212 LA THEOLOGIE ANTÉjNICEENNE.
naires d'extase et de lévitation. Comme la fin du monde est proche, chacun vend ses biens ou les met en commun pour les besoins des frères. L'enthousiasme est à son comble.
Quelle était donc la doctrine qui le motivait? Au fond, le montanisme fut plutôt, au début surtout, un mouvement, une sorte de revwal spirituel et excessif qu'un système défini. La morale y tenait plus de place que la spéculation. Cependant les nouveaux prophètes, Montan et ses acolytes, prétendaient être entre les mains de l'Esprit ce qu'est la lyre entre les mains du musicien; l'homme dormait, mais l'Esprit veillait: c'est Dieu qui parlait en son nom propre ; le prophète ne faisait que prêter ses organes. On voyait dans cette inspiration l'effusion du Paraclet annoncée par le Sauveur et relatée en saint Jean (xiv, 16, etc.). Quelques-uns même, distinguant entre le Paraclet et le Saint- Esprit, affirmaient que ce dernier seul était descendu sur les apôtres, tandis que le premier, réservé à Montan, enseignait par son entremise une doctrine supérieure à celle de Jésus-Christ.
Non pas que le symbole chrétien dût être corrigé par la nouvelle révélation. Tertullien, montaniste, soutient au contraire qu'elle le confirme; mais elle mettait fin à certaines indulgences que Jésus-Christ avait cru devoir laisser encore subsister ^ Ainsi les secondes noces étaient prohibées et, au début, peutêtre même les premières ; de nouvelles fêtes, des jeûnes plus fréquents étaient introduits. Outre le carême, on admettait deux périodes de xérophagie pen-
4. Tertullien, De monogamia, 2, 3, 14. De virgin. vel., i. Regnavit duritia cordis usque ad Christum; regnaverit infirmitas carnis usque ad Paraclelum. Nova lex abstulit repudium {habuit quod auferret), nova prophetia secundum matrimonium, non minus repudium prioris [De monog., 14).
dant lesquelles on ne mangeait que des aliments secs et des racines. Mais ce qui dominait tout et donnait à tout le reste sa signification et sa force, c'était la croyance à rimminence de la parousie et du millenium. Le Christ allait bientôt descendre pour régner sur son peuple : il fallait se préparer à cet événement par un détachement universel.
Pénétrés de cette conviction et ardents au prosélytisme, les montanistes firent en Orient des progrès rapides et répandirent leurs erreurs dans la province d'Asie, dans la Galatie et surtout dans la Phrygie où Ton s'efforça de les cantonner. Parmi les premiers qui se distinguèrent dans la secte, on cite un certain Alcibiadequi paraît l'avoir gouvernée après Montan; un prétendu confesseur de la foi, Thémison, auteur d'une épître blasphématoire contre le Seigneur et les apôtres authentiques; un voleur, Alexandre, dont le dossier existait encore à Ephèse, et un naïf et un convaincu, Théodote, qui se tua, dit-on, dans une expérience de lévitation. Le monde cataphrygien était, comme on le voit, composé d'éléments fort mêlés. Puis, vers 200-207, nous trouvons les montanistes établis à Rome et ayant à leur tête Proclus ^ et ^schine. La division ne tarda pas à éclater entre eux à l'occasion delà controverse monarchienne, et l'on eut les montanistes kata Proclum et les montanistes kata Aeschinem. Mais à ce moment-là même (vers 202), la secte fît une conquête de premier ordre dans la personne de TertuUien ^. Sous son influence, elle s'organisa en
4. EusÈBE, E. E., IT, 23, 6, 7; IH, 28, 2; 31, 4; cf. V[, 20, 3. C'est probablement le même que TertuUien nomme Proculus {Adv. Valentinianos, 5).
2. Le rédacteur delà Passio SS. Perpetuae et Felicitatis a été certainement, lui aussi, sous l'inûuence des nouvelles prophéties; à quelle date exactement? Nous l'ignorons. Mais on n'en saurait conclure au montanisme des martyres elles-mêmes.