J. TuRMEL, Saint Jérôme, p. Iu
pas faite sienne en la pensant à nouveau. Joignez que son érudition lui joue parfois de mauvais tours, et que, à force de lire tout ce qui lui vient à la main, bon ou douteux, il ne sait à quoi s'arrêter dès que l'enseignement exprès de l'Église lui manque. Ecrivain d'ailleurs original, plein de saveur, de mouvement et de vie, celui qui, de tous les auteurs de l'Église latine, a le plus étroitement uni en lui la forme classique et le tour personnel de l'expression et de l'idée.
Saint Hilaire, saint Ambroise et saint Jérôme sont, comme nous l'avons dit, les trois personnages de l'église latine qui attirent d'abord l'attention au iv® siècle; mais, à côté d'eux, il en est d'autres, et de considérables encore, dont l'étude importe à l'histoire des doctrines chrétiennes. Au moment à peu près où saint Hilaire, victime de sa foi nicéenne, partait pour l'exil, un rhéteur fameux se convertissait à Rome qui devait, lui aussi et immédiatement (de 355 à 360 probablement), écrire contre l'arianisme, et surtout essayer d'une fusion intime entre les doctrines néoplatoniciennes et les enseignements de l'Église sur Dieu et le Logos. C'était G. Marins Yictorinus\ désigné généralement sous le nom de Victorinus Afer, de sa patrie d'origine. Philosophe profond et polémiste vigoureux, Victorin manie avec force et alternativement l'arme des Écritures et celle de la raison ; il a en sa dialectique une confiance absolue, et en pousse jusqu'au bout, jusqu'à l'excès, l'application dans le domaine de la foi. Mais il ne possède, du reste, du christianisme qu'une
i. Je citerai ici ses œuvres d'après la Patrolagie latine, VHI. —Travaux : KoFFMANE, De Mario Victorino philosopha christiano, Breslau, 4880. G. GoRE, Victorinus Afer dans Dict. of christ. Biogr., IV, 1887, Geiger, C. Marins Victorinus Afer, ein neuplatonischer Philosoph, Melten, 1887-1889, R. Schmid, Marius Victorinus rhetor, und seine Beziehungcn zu Augustin, Kiel, 1893. P. Mo>'CEaux, Histoire littér. de VAfrique chrétienne, ni, Paris, 1905,
connaissance médiocre , et le caractère néoplatonicien de ses ouvrages, qui fit d'abord leur succès, contribua plus tard à en détourner les lecteurs. Saint Jérôme déjà se plaignait qu'ils fussent obscurs; ils le sont bien davantage pour nous, à qui ils ne sont parvenus que par des manuscrits fautifs et qui ne sommes plus familiers avec la philosophie qu'ils supposent.
Les ariens trouvèrent encore un adversaire dans l'évêque d'Agen Phebadius, auteur, après 357, de plusieurs ouvrages dirigés contre eux\ et dans le prêtre luciférien Faustin qui composa, vers 384, à la prière de l'impératrice Flacilla, un De Trinitate'^ . Ils en eurent un autre encore, combattant plus particulièrement l'erreur sur le Saint-Esprit, dans l'évêque de Remesiana en Dacie, Niceta^, l'ami de saint Paulin de Noie. Mais Niceta est moins un polémiste qu'un catéchiste. Il est connu surtout par son interprétation du symbole, écrite vers 375, et, à ce point de vue, il vaut mieux le rapprocher soit de Rufin d'Aquilée, auteur lui aussi dun commentaire sur le symbole, soit de Zenon de Vérone (évêque de 362 à 380)'', pasteur comme Niceta et s'occupant d'édifier son peuple, soit enfin de l'évêque de Barcelone, saint Pacien (évêque vers 360-390], dont il reste sur le baptême et sur la pénitence des écrits intéressants et pleins de vie^.
A saint Ambroise on a longtemps attribué un De sacramentis^ important, que certains critiques (Bar-