‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 243 sur 426 · A.MBROiSE, De mysteriis · texte numérisé non relu

A.MBROiSE, De mysteriis

notoirement indigne. C'était faire dépendre l'existence du sacrement et la production de la grâce de la valeur morale de celui qui appliquait le rite sacramentel. La question fut examinée ex professa par saint Optât.

Il la traite plus spécialement en s'occupant du baptême, mais il étend lui-même ses conclusions à la confirmation (vu, 4), et du reste il parle d'une façon générale. Remarquons seulement que, nulle part, saint Optât, pas plus que saint Cyprien, ne fait la distinction de la validité et de lefficacité du sacrement, et qu'il en résulte parfois un peu de confusion dans son langage. Ceci posé, il y a, dit-il, trois facteurs [species] à distinguer dans le baptême : la formule trinitaire avec laquelle on le confère; le croyant qui le reçoit; celui qui l'administre; mais ces trois facteurs n'ont pas la même importance : deux sont nécessaires; le troisième est seulement quasi nécessaire. L'invocation trinitaire occupe le premier rang : rien ne peut se faire sans elle ; vient ensuite la foi du sujet qui reçoit le baptême ; quant à la personne du ministre, « vicina est, quae simili auctoritate esse non potest ». Le baptême est comme un corps qui a des membres, des éléments déterminés, invariables, qui ne sauraient changer. Or la personne du ministre ne fait point partie de ces éléments immuables : ils sont donc indépendants de lui. D'autre part, les sacrements sont saints par euxmêmes, non par les hommes qui les donnent (sacramenta per se esse sancta, non per homines). Et pourquoi? Parce que ces hommes ne sont que les ouvriers et les ministres de Dieu, les instruments de Jésus- Christ, ministre principal du baptême; ils ne sont pas les maîtres du sacrement qui est chose divine, ils ne font qu'en poser le rite. C'est Dieu qui purifie l'âme, qui la sanctifie, et non pas Ihomme.

Et dès lors tombe l'objection répétée par les dona*

tistes : « Qui non habet quod det, quomodo dat?»; car ce n'est pas l'homme qui donne, mais Dieu luimême dont il tient la place. « Omnes qui baptizant operarios esse non dominos... Concedite Deo praestare quae sua sunt. Non enim potest id munus ab homine dari quod divinum est... Deus lavât, non homo... Dei est mundare, non hominis... Ipse est ergo qui dat; ipsiûs est quod datur » (v, 4; cf. v, 7). « Promissum erat temporibus nos tris, ut ipse (Christus) daret quod hodie datur... baptizabat quidem, sed per manus apostolorum quibus leges baptismatis dederat... In hac re omnes discipuli eius sumus, ut nos operemur, ut ille det qui se daturum esse promisit » (v, 5). « Si, ut vultis, homo dat, Deus'vacat, et si Deus vacat et apud vos est omne quod dandum est, ad vos sit conversio : quos baptizatis in nomine vestro tingantur » (v, 6) K

L'action du sacrement vient donc principalement de la Trinité qui y est invoquée : « Nomen est quod sanctificat, non opus » (v, 7). La foi du sujet y joue cependant un rôle capital, elle aussi, au moins en ce qui regarde l'efficacité du sacrement, car elle est une condition de l'intervention de Dieu. On a pu même se demander si saint Oplat ne rejetait pas d'une manière générale comme invalide le baptême des hérétiques, faute de vraie foi dans le sujet ou le ministre, et quelques passages de son ouvrage^ paraissent en effet l'insinuer. Quoi qu'il en soit, il n'hésite pas en ce qui regarde le baptême des simples schismatiques et pécheurs manifestes. Le baptême conféré par eux est valable, et ne doit point se renouveler (v, 3). Comme

1. Et voyez Saint Ambroise, De Spirilu Sancto, I, 18; De mysieriis^

2. I, 10, col. 899, 905; V, 1, col. 1046. Voir aussi saint Pacien, Epist, III, 3, 22.

ils ne dispensent point eux-mêmes la grâce, ils ne sauraient non plus empêcher Dieu de la donner.

C'est à l'occasion du baptême surtout, nous l'avons dit, que saint Optât développe cette doctrine. Au moment où nous sommes, s'il reste encore à propos de ce sacrement des incertitudes que nous signalerons, on peut dire cependant qu'en général on est fixé, dans l'Église latine, sur les conditions dans lesquelles on doit l'administrer et sur ses effets. Saint Hilaire distingue, outre le baptême d'eau, quatre autres baptêmes, celui du Saint-Esprit (quae nos Sancti Spiritus sanctificet adventu), celui du feu lors du jugement (quae iudicii igni nos decoquat), celui de la mort (quae per mortis iniuriam a labe morticinae et societate purgabit), et celui du sang (quae martyrii passione devota ac fideli sanguine abluet); le tout d'après Luc, m, 16 et XII, 50'. Saint Ambroise en distinguera un cinquième, le baptême de désir, pouvant suppléer le baptême d'eau 2. Pour nous en tenir à ce dernier, on en a les rites décrits et expliqués dans le De mysteriis de saint Ambroise (5-28), et dans le De sacramentis (ii, 14-24). Ils consistent essentiellement dans l'immersion du baptisé dans l'eau préalablement bénite, immersion accompagnée de la formule trinitaire. Saint Ambroise cependant paraît bien admettre dans le De Spiritu Sancto (i, 42-45), et ce conformément avec saint Basile, qu'il suffirait à la rigueur, pour la validité et l'efficacité du baptême, de baptiser au nom de Jésus, ou au nom d'une des trois personnes divines, pourvu d'ailleurs que la foi fût saine, « quia qui unum dixerit Trinitatem signavit ^ ».

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