JÉRÔME, Epist. LXXXIV
feu qui ne s'éteint pas ^ . Et quant à l'universalité du salut, nous savons par saint Augustin combien nombreuses étaient les opinions — toutes excessives — qui, vers 420, circulaient parmi les fidèles. Les uns pensaient que, pour tous les hommes indistinctement, les peines de l'enfer ne seraient que temporaires ; d'autres, que ces hommes seraient sauvés au moins par l'intercession des saints ; une troisième catégorie étendait la certitude du salut à tous ceux qui, même hérétiques, auraient été baptisés et auraient reçu le corps du Seigneur; une quatrième, à tous ceux qui auraient reçu ces deux sacrements dans l'Eglise catholique, quand bien même ils seraient ensuite tombés dans l'hérésie et l'apostasie, de sorte que leur impiété « quanta maior fuerit, non eis valeat ad aeternitatem, sed ad diuturnitatem magnitudinemque poenarum » ; une cinquième catégorie regardait comme sauvés tous les catholiques restés tels, encore que vivant mal : ils seraient sauvés à travers le feu, à cause du fondement sur lequel ils avaient édifié. Enfin une sixième ne croyait destinés aux peines éternelles que les pécheurs qui, tout en vivant dans le péché, auraient négligé de faire l'aumône, les autres devant être délivrés après un temps plus ou moins long^. Ces opinions étaient soutenues au nom de la miséricorde de Dieu, et de la vertu rédemptrice de la vraie foi en Jésus-Christ^; mais elles l'étaient par beaucoup de gens {nonnulli, imo quam plurimi^)\ et elles n'é-
1. In lonam, III, 6 suiv.; In Isaiam, LXVI, 24. Cf. Saint Augustin, De civil. Dei, XX, 2-2; XXI, 9, 2; 10, 2.
2. Algcstin, De civit. Dei, XXI, 17-22 ; cf. De fide et operibus, I, 21 suiv.; Enchiridion, LXVII, CXIl ; In psalm. LXXX, 20; De octo Dulcitii quaestionibiis, I.