Epist. II
ces lettres; mais ils ne perdirent pas de temps. Un concile de Carthage de deux cent quatorze évêques, tenu à la fin de l'automne 417, décida que la rétractation de Celestius était insuffisante, et que les deux hérétiques resteraient sous la condamnation qui les avait frappés, jusqu'à ce qu'ils eussent fait, sur la nécessité de la grâce, une profession de foi claire et explicite ^ Cette décision, communiquée au pape, le froissa à son tour. Il y vit une violation de la règle qui interdisait de discuter les jugements du siège apostolique et de réformer ses sentences^; mais il jugea plus opportun de céder, et dans sa réponse^, laissant les choses en l'état, il ne s'opposa pas à un examen plus approfondi de la question. Le jugement définitif restait toujours suspendu.
La lettre de Zosime parvint à Carthage le 29 avril 418. Plus de deux cents évêques s'y trouvaient déjà réunis pour un nouveau concile qui s'ouvrit le 1^' mai, et qui porta neuf canons contre l'hérésie pélagienne '•. Le premier condamnait l'erreur qui déclarait Adam mortel par nature quoi qu'il fît, non peccati merito sed necessitate iiaturae. Le second condamnait ceux qui niaient que les enfants dussent être baptisés, ou qu'ils eussent contracté la faute originelle d'Adam, en sorte qu'ils n'étaient pas baptisés in remissioneni peccatorum. Le troisième était dirigé contre ceux qui, entre le royaume des cieux et l'enfer, imaginaient, pour les enfants non baptisés, un troisième
1. AuGUST., Contra duas epist. pelag.. H, 5; Prosper, Contra collato rem, V, 15.
2. t Quamvis Patrum traditio apostolicae sedi auctoritalem tantam tribuerit ut de eius iudicio disceptare nullus auderet... ■ et plus loin : « Cum tanlum nobis esset auctoriiatis ut nullus de nostra possil retractare sententia... • {Epist. XII, 1).
3. C'est la lettre XII, P. L., XX, 676, répétée au tome XLV, 172>.
4. Les voir dans P. L.^ XLV, 17-28 et suiv.; Hahn, Bibliothek, § 169
séjour où ils vivraient heureux. « Quis catholicus dubitet, ajoutait le concile, participem fieri diaboli eum qui cohaeres esse non meruit Christi ' ? ». Le quatrième réprouvait ceux qui ne regardaient la grâce de justification en Jésus-Christ que comme une rémission des péchés et non comme un adiuiorium pour ne plus les commettre. Par le cinquième étaient condamnés ceux qui ne voyaient dans la grâce qu'une lumière « ut sciamus quid appetere et quid vitare debeamus », et non une force « ut quod faciendum cognoverimus etiam facere diligamus atque valeamus ». Par le sixième étaient condamnés ceux qui ne voyaient dans la grâce qu'une aide « ut quod facere per liberum iubemur arbitrium faciliiis possimus implere per gratiam ». Le septième était dirigé contre ceux qui soutiennent que c'est par humilité seulement et non en vérité que chacun doit se déclarer pécheur. Enfin le huitième et le neuvième condamnaient ceux qui affirment que les saints disent la prière Dimitte nobis débita nostra non pour eux personnellement, mais pour les pécheurs qui sont dans l'Eglise, ou bien qu'ils la disent par humilité et non en vérité « ut humiliter, non veraciter hoc dicatur ».
Ces décisions furent portées à la connaissance du pape 2. Il en fut sans doute impressionné, et comprit qu'il fallait agir. D'autre part, les empereurs, sollicités probablement par les évêques d'Afrique, venaient d'émettre un rescrit chassant de Rome Celestius et Pelage, et punissant leurs partisans de l'exil et de la confiscation de leurs biens 3. Il n'y avait plus à reculer. Zosime cita une seconde fois Celestius à com-
\. Ce canon manque dans certains textes : il paraît cependant bien auttientique. V. la note au bas du texte de P. L., XLV, 1728.