SozoMÈNE, Hist. eccl., IV
Gaule la repoussèrent, et presque immédiatement une énergique protestation s'éleva du côté des semi-ariens réunis à Ancyre peu avant Pâques 358. De cette réunion peu nombreuse sortit un long manifeste doctrinal en deux parties ^ La première déclarait que l'idée seule de paternité emportait la ressemblance en substance du fils avec le père; que le Verbe est Fils au sens naturel du mot, et par conséquent n'est pas créé (3); que la notion même de Fils se ramène, dans ce qu'elle a de plus essentiel, à la similitude avec le Père (4) ; que le Fils est donc semblable au Père en substance, oaoïoç xa-c' oùaïav, xaxà tyjv 6cdTr,Ta (5, 8, 9). La seconde partie comprenait dix-neuf anathématismes balancés deux à deux de manière à frapper tantôt l'anoméisme, tantôt le sabellianisme. Le dernier condamnait rèfjiooôaioç : Kai sX ti; l^oinTia xal ouata ^sytov tov irarépot TtaxEpa tou uioïï, ô(xoou(Tiov ÔÈ r\ xauToouGiov Xê'YOi tov utov Tw Tratpi, avàôetxa eaTw. L'opposition de cet anathématisme au précédent, qui condamne Eunomius, et l'identification de xauToouaiov et d'ôaooufftov montrent assez bien que les rédacteurs du document voyaient dans ce dernier mot une expression sabellienne.
Bien que tout ne soit pas clair dans ce manifeste, et bien qu'il fût loin, notamment, d'afTirmer le consubstantiel strict, il marquait cependant une orientation évidente du groupe semi-arien vers l'orthodoxie, et le séparait nettement d'Eudoxius et de ses amis. L'écrit, apporté à Sirmium, retourna Constance déjà gagné aux anoméens. Sur son ordre, un concile — le troisième — se réunit à Sirmium cette année 358, mais il ne rédigea pas de nouveau symbole : il adopta seulement, comme l'expression de sa foi, un groupe de documents : 1° le
\. Le voir dans Saint Épiphane, Hae7\ LXXUI, 2-H. Haun (§ 162) n'a reproduit que les anathématismes.
concile d'Antioche contre Paul de Samosate; 2° la deuxième formule d'Antioche de 341, dite formule de Lucien; 3** la première formule de Sirmium, comprenant elle-même la quatrième d'Antioche et les vingtsept anathématismes contre Photin.
C'est à ce moment que se place ce que l'on a appelé la chute du pape Libère. Depuis 355, il vivait exilé à Bérée, et avait été remplacé à Rome par l'antipape Félix IL Obtenir, même par la violence, son adhésion au parti antinicéen était évidemment une victoire suprême à laquelle Constance ne pouvait que tenir beaucoup, que les semi-ariens, le groupe alors le plus en faveur, ne pouvait qu'ardemment souhaiter. Cette satisfaction leur fut donnée par une ou même deux signatures arrachées au pape, l'une à Bérée en 357, l'autre plus sûrement à Sirmium en 358 * . Par cet acte, il abandonnait Athanase, entrait en communion avec les dissidents, et acceptait une ou plusieurs formules de foi assurément non hérétiques, mais dont l'ôaooucio; était absent. Les formules signées par lui à Sirmium étaient vraisemblablement celles qu'avait adoptées le concile qui venait de s'y tenir. Sozomène observe cependant que, pour mieux préciser sa pensée sur ce
1. Les autorités sont Saint Athanase, Historia arianorum ad monachos,H; Apo'ogia contra arianos, 89; Saint Hilaike, Contra Constantium, H; Saint Jérôme, Chronique, 380-385; De viris illustribus, 97. Quant aux lettres de Libère citées dans Saint Hilaire, Fragm. VI, S-11, l'authen'icité n'en est pas certaine. Plusieurs auteurs — entre autres M?'' Dlchesne (Histoire ancienne de l'Église, H, p. 28t suiv.) — admettent, comme je l'ai insinué, non pas une mais deux signatures, et cette conclusion s'appuie sur les lettres de Libère dont je viens de parler et sur le témoignage de Sozomène, Hist. eccl., IV, 15. — Il est à remarquer d'ailleurs que, dans le milieu romain, la réputation de Libère ne paraît pas avoir souffert de ces incidents. Voir, à ce suje% la lettre d'Anastase I à Venerius de Milan, écrite en 400-401, dont J. van den Ghein a donné une édition critique dans la Revue d'htstoire et de littérature religieuses^ t. IV (1899), p. 1-12. L'auteur, qui avait dû connaître personnellement Libère, le compare à Eusèbe de Yerceil et à Hiiaire, et ne suppose pas qu'il ait jamais failli.
point, et pour répondre aux insinuations de certains évêques anoméens, Libère déclara, dans sa profession de foi, qu'il regardait comme étrangers à l'Église ceux qui affirmaient que le Fils n'est pas semblable au Père en substance et en tout, p-y; xax' ouciav xai xaTi uavTa ot/oiov ■• .
La victoire de Basile d'Ancyre semblait complète. Il eut le tort d'abord d'en abuser, en faisant exiler en masse les anoméens et surtout leurs chefs Aetius, Eunomius et Eudoxius, et ensuite de vouloir la faire consacrer par un grand concile. Un retard se produisit dans la fixation du lieu et de la date de cette assemblée : les anoméens, imitant la manœuvre des premiers ariens qui, après le concile de Nicée, s'étaient transformés en eusébiens, se transformèrent en acaciens ou homéens, et prévinrent contre Basile l'esprit de Constance. Celui-ci décida qu'il y aurait deux conciles, l'un à Rimini pour l'Occident, l'autre, pour rOrient, à Séleucie, et que chacun des. conciles lui expédierait dix délégués pour lui apporter ses décisions. En attendant, et avant de quitter Sirmium, les évêques présents s'entendirent sur une formule de foi — la troisième de Sirmium et la onzième de la série — qui devait être une formule de conciliation, et servir de base aux délibérations de deux conciles 2. On y proclamait le Fils « engendré impassiblement de Dieu avant tous les siècles, et avant tout commencement, et avant tout temps concevable... semblable, suivant les Écritures, au Père qui l'engendre ». On interdisait désormais l'emploi du mot oOaia à propos de Dieu, comme incompris des peuples et étranger aux Écritures ; mais
i. SozoMÈNE, Hist. eccl., IV, 13.
2. La voir dans Saint Athanase, De synodis, 16, 17; Socrate, Hist. eccles., II, 37; Hahn, § 163. Cette formule était l'œuvre de Marc d'Aréihuse.
on ajoutait que le Fils était semblable au Père xarà 7:avta, comme les saintes Écritures le disent et l'enseignent.
Le 22 mai 359, tous les évoques présents à Sirmium signèrent cette formule; mais divers incidents, rapportés par saint Epiphane\ montrent bien que, au fond, ils n'étaient pas d'accord. Valens tenta, en souscrivant, d'escamoter le xatà iravTa. Basile d'Ancyre, au contraire, y insista fortement en expliquant que ce mot signifiait que le Fils est semblable au Père non seulement en volonté, mais en hypostase, en subsistance et en être (xarà t^^v ô-rrocrTaGiv, xai xaxà Tyjv UTrap^iv, xal xaxà xo eTvai), et en déclarant étranger à l'Eglise catholique quiconque dirait que le Fils est semblable au Père seulement en quelque chose (xaioé ti) ^.
La formule ainsi souscrite fut portée à Rimini par Valens. Il trouva les évêques déjà réunis au nombre de plus de quatre cents, dont quatre-vingts environ antinicéens. Restitutus de Carthage présidait^. La majorité rejeta la formule présentée par Valens, déclara le symbole de Nicée suffisant et maintint l'usage du mot substance*. Mais les dissidents, ne se voyant pas en nombre, avaient tenu conciliabule à part^. Leurs dix députés arrivèrent en même temps que ceux du vrai concile auprès de Constance. Constance, prévenu, fit enjoindre aux pères de Rimini de ne se point séparer