Epist. CCXVII
7. Il atténue cependant cela au De peccatorum meritis et remis-
question se pose. Cette grâce ainsi requise pour que nos actes soient bons moralement, est-elle une grâce de charité ou du moins une grâce de foi, ou bien estelle une grâce d'ordre inférieur qui ne suppose et qui ne met dans celui qui la reçoit ni la charité ni la foi, et qui rincline seulement à l'acte de vertu qu'il doit réaliser? Autrement dit — et pour donner au problème la forme qu'on lui a donnée plus tard, — que pense saint Augustin de la valeur morale des actes faits en dehors de la charité, dans l'état du péché, ou faits par des infidèles, en dehors de la foi? Pense-t-il que certains de ces actes au moins peuvent être bons, ou les regarde-t-il , en bloc, comme nécessairement mauvais ^ ?
Le premier point de cette question ne nous occupera que fort peu. On trouve en effet dans notre auteur un certain nombre de textes, où il semble supposer que seules sont bonnes les oeuvres faites par un motif de charité ou du moins dans l'état de charité. On peut citer par exemple le passage du De spiritu et littera, 26 : « Non enim fructus est bonus qui de charitatis radice non surgit », et encore le De civitate Deiy xxvi, 16, le Contra lulianum, iv, 33 ; v, 9. Mais outre qu'il s'agit souvent, dans ces passages et autres semblables, d'actes non seulement bons, mais surnaturellement méritoires, il faut observer que le mot de charité n'a pas toujours, dans saint Augustin, le sens précis de charité parfaite. Souvent il désigne généralement toute aspiration vers le bien, par opposition à l'amour des choses inférieures, à la concupiscence. La charité
sione, H, 3, où il paraît admettre plutôt une nécessité de fait, morale, qu'une nécessité de droit. Voyez aussi De spiritu et littera, 48.
\. On sait quelle est sur cette question la doctrine qu'ont enseignée Baïus, Jansénlus et Quesnel, et qu'ils prétendaient avoir empruntée à saint Augustin. Voir Denzinger, Enchiridion, 915, 918, H63, 1241,
et la concupiscence sont les deux amours qui ont créé les deux cités ^ Aussi l'évêque d'Hippone dit-il à celui qui ne peut parvenir à aimer parfaitement la justice : «Nondum potes amare iustitiam? Time vel poenam, ut pervenias ad amandam iustitiam 2. »
Saint Augustin n'a donc point cru que l'état de charité fût nécessaire pour la bonté morale ou même surnaturelle de nos actes. A-t-il pensé de même de la foi, et a-t-il jugé que les infidèles, tout en restant tels, pussent faire, au moins sous l'influence de la grâce, des actes de vertu naturelle, des actes qui ne fussent pas des péchés?
On trouve sur ce point, dans ses œuvres, quelques passages très aiïirmatifs. Ainsi, Dieu toucha le cœur d'Assuérus et l'inclina à la clémence^ : Assuérus cependant était et resta infidèle. La tempérance de l'infidèle Polémon fut aussi l'œuvre de Dieu et de sa grâce ^. Au De spiritu et littera, 48, notre auteur suppose manifestement que les païens peuvent faire quelques bonnes actions, bien qu'en petit nombre (vix inveniuntur quae iustitiae debitam laudem defensionemque mereantur), et même, semble-t-il, sans le secours d'aucune grâce, parce que l'image de Dieu n'est pas en eux totalement oblitérée. Mais ailleurs, emporté par la polémique surtout contre Julien, saint Augustin dépasse souvent les bornes qu'il s'est fixées lui-même et, comme il n'admet aucun milieu entre le ciel et l'enfer, il n'admet aucun milieu entre l'acte mauvais, le péché, et l'acte chrétien, l'acte fait dans la foi : il flétrit comme des fautes toutes les actions des