AsiL., Epist. CCLXIII, 4; Épiphane, Haer. LXXVII
rait comme chrétien celui qui dirait ces choses? Qui donc a inventé cette absurde impiété, ou à qui est-il venu à l'esprit de dire qu'affirmer que le corps du Seigneur vient de Marie, c'est admettre en Dieu non une trinité mais une quaternité, comme si, par là, ceux qui pensent ainsi voulaient dire que la chair prise de Marie et revêtue par le Sauveur est de l'essence de la Trinité? D'où encore est venu à quelques-uns de proférer cette impiété, toute semblable aux précédentes, que le corps n'est pas plus récent que la divinité du Verbe, mais lui est en tout coéternel, parce qu'il est formé de la substance de la Sagesse? Comment des hommes qu'on appelle chrétiens osent-ils douter que le Seigneur qui est sorti de Marie soit par nature et par essence le Fils de Dieu, et, selon la chair, de la semence de David et de la chair de sainte Marie? Il en est donc qui ont été assez téméraires pour dire que le Christ qui a souffert dans sa chair, et qui a été crucifié, n'est pas Seigneur et sauveur, et Dieu, et Fils du Père? Comment veulent être appelés chrétiens ceux qui disent que le Verbe est descendu dans un homme saint comme sur un prophète, et qu'il n'est pas devenu homme, en prenant un corps en Marie, mais qu'autre est le Christ, autre est le Verbe de Dieu, Fils de Dieu avant Marie et avant les siècles? Ou comment peuvent être chrétiens ceux qui prétendent qu'autre est le Fils et autre le Verbe de Dieu?
On remarquera que, à la suite des erreurs monophysites signalées par saint Athanase dans la première partie de ce texte, se trouvent signalées des erreurs nestoriennes et adoptianistes. Il ne s'ensuit j)as que, dans la collection adressée au patriarche par Épictète, se trouvassent des écrits de doctrine nestorienne. Athanase a pu lire ces opinions précisément énoncées et réfutées dans les documents apollinaristes.
Quoi qu'il en soit, on voit ici la diversité de conceptions bizarres qui se greffaient déjà, vers 371, sur l'enseignement d'Apollinaire. Ces mêmes conceptions sont relevées, vers 373-377, par l'auteur des deux livres Contra Apollinarium, avec la remarque, d'ailleurs, que les dissidents ne s'accordent pas entre eux. Elles sont relevées encore, vers 377, par saint
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Épiphane, qui les avait entendues de la bouche même des hérétiques. Les uns, dit-il [Haer. lxxvii, 2), allaient jusqu'à prétendre que le Christ avait apporté son corps du ciel. D'autres niaient qu'il eût pris une âme; d'autres n'hésitaient pas à affirmer que le corps du Christ était consubstantiel à la divinité. Plus loin, l'évêque de Constantia mentionne encore d'autres erreurs. Quelques disciples d'Apollinaire voulaient que la divinité elle-même du Christ eût souffert (t^v auTotî ôeoTriTa 7r6Trov6mav, 33); d'autres que Marie, après la naissance de Jésus, eût eu commerce avec saint Joseph (37). Le millénarisme devait avoir aussi parmi eux des partisans, puisque saint Epiphane prend la peine de les réfuter sur ce point (37). Enfin le saint docteur insiste sur la manie de tous ces raisonneurs d'agiter, à propos de la personne du Christ, des questions puériles ou inconvenantes (15 et suiv.). La basse scolastique avait déjà trouvé ses précurseurs.
Que si nous sortons maintenant de ces généralités pour venir aux personnes et aux écoles définies, nous trouvons, comme un des premiers disciples d'Apollinaire et des plus fidèles à la doctrine du maître, l'évêque Vitalis ou Vitalius (BuaXio; ou OuitocXioç). D'abord prêtre d'Antioche, il fut appelé à Rome, vers 375, pour répondre aux accusations portées contre lui, et ne réussit qu'imparfaitement à se justifier. De retour à Antioche, il déclara ouvertement ses opinions, fut ordonné évêque des dissidents, et eut peu après, vers 376 ^ avec saint Epiphane, la conférence que celui-ci a rapportée (Haer. lxxvii, 21-25). Vitalis y confessa que Jésus-Christ était homme parfait, né réellement de la Vierge, qu'il avait une âme (^ux.^v),
1. Lietzmann place ceUe entrevue avant le voyage de Rome, en 374 (p. IS, 16).
mais non pas l'entendement humain (vouv). Il fut de bonne heure condamné par Damase, peut-être au concile de Rome de 377 ^ On a de lui un fragment d'un ouvrage sur la foi^.
Après Vitalis, les plus connus des disciples d'Apollinaire nous apparaissent divisés en deux écoles, celle des synousiastes et celle des modérés.
Les premiers tirent rigoureusement les conséquences de l'enseignement d'Apollinaire, ne craignant pas de heurter les usages de la langue de l'Eglise, et de parler avec mépris de ses docteurs autorisés, Athanase, les Cappadociens, les papes. Avec l'unité absolue de volonté et de principe actif, ils prêchent l'unité de substance et de nature en Jésus-Christ, auvoudiwffiç. La chair est consubstantielle à la divinité, non pas en ce sens — qu'on leur a quelquefois imputé — que l'un des deux éléments a été transformé en l'autre, ou que de la fusion des deux est résultée une seule substance, mais en ce sens que « la chair du Seigneur participe aux noms et propriétés du Verbe sans cesser d'être chair, même dans l'union, sans que sa propre nature soit changée; de même que le Verbe participe aux noms et propriétés de la chair tout en restant Verbe et Dieu dans l'incarnation, et sans qu'il soit changé en la nature du corps 3 ». Ramenée à ces proportions, la duvouffiWiç implique sans doute l'unité de nature et de substance en Jésus-Christ, mais non pas les énormités que l'on pourrait d'abord supposer. Aussi les synousiastes étaient-ils les plus nombreux parmi les disciples d'Apollinaire. Leur premier chef avait été un certain Timothée qui, d'abord recommandé par Athanase et