De civit. Dei, XU
Ainsi donc, en somme, la présence du mal dans le monde s'explique par l'infirniité même inhérente à toute créature, et par le jeu de la liberté des êtres supérieurs qui, pouvant éviter le péché, ne le font pas. 11 est vrai qu'alors le mal moral est puni par un mal physique; mais ainsi l'exigent l'ordre et la justice auxquels la volonté de Dieu ne saurait que se conformer : « Peccantes igitur in suppliciis ordinantur : quae ordinatio, quia eorum nalurae non competit, ideo poena est; sed quia culpae competit, ideo iustitia est'. »
§ 5. — Angélologie'.
On avait généralement admis dans l'Eglise latine avant saint Augustin que les anges avaient un corps plus ou moins subtil. Sans en faire un point de doctrine, l'évêque d'Hippone adopta aussi cette opinion qu'il jugeait plus conforme à l'Ecriture 3. Les démons possédaient avant leur chute un corps céleste; depuis, ils en ont un d'air humide et épais *.
Les anges ne sont pas éternels, ils ont été créés ^. Le saint docteur examine longuement s'ils l'ont été dans le temps ou avant tous les temps, puisque, ayant peut-être été créés les premiers, le temps n'a commencé qu'avec eux^. Mais cette question supposait tranchée celle du moment de la création des anges, et c'est sur quoi notre auteur n'était pas fixé. Il était
i. De natura boni, 7.
3. Travaux : A. Dkandt, Sancli Augustini Hipponensis episcopi de angclis doclrina, 1, Commentatio theologica, Paderborn, 1893.
3. F.pist. XCV, 8; De civit. Dei, XXI. -1 ); Enarr. in psalm. LXXXV, 17; De Genesi ad litl,, XU, C8; De agone christiano, 34; Sermo CCXLII, Il ; CCLMV, 6.
4. De Genesi ad litt., ni, 14, 15; XI, 17; De divinal. daemonum,'i; De civit. Dei, XXl, 10, l.
8. De civit. Dei, XI, 9; 32; XII, 13, 1. 6. De civil. Dei, \\l, 13, 1-3.
persuadé que les anges sont quelque part mentionnés dans le récit du premier chapitre de la Genèse*, et il était disposé à les retrouver ou dans le mot caelum du verset 1 ou dans le mot lux du verset 3 ; mais il hésitait eiUre ces deux passages, c'est-à-dire qu'il ne savait s'il fallait mettre la création des anges avant ou après celle du monde matériel^. Au De civitate Dei, xi, 9, il se prononce cependant pour la seconde solution.
En même temps que les dons de la nature, les anges reçurent, dans leur création, ceux de la grâce : le Saint-Esprit répandit en eux, comme en nous, la charité de Dieu^. Malheureusement tous ne persévérèrent pas dans la grâce reçue. Saint Augustin repousse définitivement l'interprétation qui voit des anges dans les « fils de Dieu » du récit de la Genèse vi, 1, 2, bien que, sur la foi de témoignages populaires, il ne nie pas la possibilité d'unions monstrueuses entre les femmes et les démons^. Le péché des anges a été, selon lui, un péché d'orgueil : ils ont refusé de se soumettre à Dieu et de lui rester fidèles^. L'évêque d'Hippone suppose d'ailleurs que l'épreuve n'a été que d'un instant. Satan s'est détourné de Dieu dès le premier moment de son existence; les bons anges ont contemplé le Verbe le jour même de leur création^.
Pour ceux-ci, le résultat de l'épreuve a été la béatitude parfaite. Non seulement ils sont certains de la
1. De civil. Dei, XI, 9. Il ne condamne pas cependant l'opinion de ceux qui pensent que leur création a précédé le moment où commence le récit de Moyse, car Vin principio signifie dans le Verbe (De civil. Dei, XI, 32).
2. Contra Faustum, XXII, 10; De Genesi ad litt., I, 7, 13; De Genesi lib. imper f., 21.
3. De civil. Dei, XII, 9, 2. Saint Augustin se demande s'ils reçurent en même temps l'assurance de leur persévérance. Ceux qui tombèrent, certainement non; les autres, peul-élre {De civil. Dei, XI, 13).