Contra Cresconium, I
monie des âmes paraît à saint Augustin le grand principe de l'unité intérieure de l'Eglise sur lequel il revient sans cesse'. L'unité morale et intérieure le préoccupe plus que l'unité extérieure et sociale dont la hiérarchie est le lien.
La question de la sainteté de l'Eglise mettait plus directement notre auteur aux prises avec les donatistes. Ceux-ci, nous le savons, excluaient de 1" Eglise les pécheurs publics qui auraient pu la souiller : l'Eglise ne devait être composée que de saints. L'évêque d'Hippone s'éleva contre cette excessive rigueur. L'Église est le champ où l'ivraie est mêlée au bon grain, le filet qui contient de mauvais comme de bons poissons. Ces mauvais chrétiens, l'intérêt de la communauté et le leur propre exige parfois que l'Eglise les chasse de son sein par l'excommunication ; mais la plupart du temps, le bien de l'unité demande qu'elle les ignore ou paraisse les ignorer^. Les bons doivent s'en séparer « vita, moribus, corde et voluntate » ; la séparation matérielle n'aura lieu qu'à la fin du monde ^. Les justes ne sont pas d'ailleurs souillés par le contact des méchants, et ce n'est pas le crime de quelques traditeurs qui a pu détruire la sainteté de l'Eglise*. Au reste la sainteté de l'Eglise comme corps social consiste essentiellement non en ce que tous et chacun de ses fidèles soient saints, mais en ce que sa doctrine, ses sacrements, son ministère, son existence même ont pour but la sanctification des âmes, et réalisent effectivement cette sanctification par la diffusion de la
1. Contra Cresconium, 1,34; Contra litler. Petiliani, H, 172; Sermo CCLXV, 7.
2. Brevicul. coUationis, ni, 16; Contra litter. Petiliani, I, 2S; III, 43; Contra epist. Parmeniani, IIÎ, 13.