Endiiridion, LXI, LXII
§ 7. — Ecclésiologie. Controverse donatiste^
C'est surtout à l'occasion de la controverse donatiste que saint Augustin a développé ses vues sur l'Église.
Son idée fondamentale est que l'Église ne fait qu'un avec Jésus-Christ : elle est le corps dont il est le chef; Jésus-Christ par conséquent vit en elle, et continue, par elle, de prier et d'agir sur la terre : « Unus ergo homo Christus caput et corpus. Quod est corpus eius? Ecclesia eius^ ». De là la distinction qu'il faut faire, dans les paroles de Jésus-Christ, entre celles qu'il a prononcées en son nom propre, et celles qu'il a dites comme chef de l'Eglise, c'est-à-dire comme si l'Eglise parlait par sa bouche ; car beaucoup ne lui conviennent qu'à ce dernier titre : « Dicturus est quaedam in hoc psalmo quae quasi Christo videantur non posse congruere... et tamen Christus loquitur, quia in membris Christi Christus... LoqutJ^ur ergo Christus, quia in Christo loquitur Ecclesia, et in Ecclesia loquitur Christus, et corpus in capite, et caput in corpore^ ».
Etant le corps de Jésus-Christ et son épouse, l'Église est aussi notre mère, mère-vierge, dont nous ne devons pas plus nous séparer que de Jésus-Christ et de Dieu^. Elle est encore, à un autre point de vue, le royaume de Dieu sur la terre. Rompant défînitive-1 ment avec le millénarisme, et voyant dans la première
1. Travaux : H. Reuter, Augustinische Studien, Gotha, i887. P. Batiffol, Le catholicisme de saint Auçiustin, Paris, i920. Th. Specht, Die Lehrèl von der Kirche nach dem hl. Auguslinus, Paderboi'n, 1892. J. Martin,| Saint Augustin, Paris, l'JOl.
2. Enarr. in psalm. CXXVII, 3; in psalni. XXX, enarr. II, sermo I, 4; in psalm. CXXXVIII, 2.
3. Enarr. in psalm. XXX, enarr. II, sermo I, i; in psalm. CXXXVHI, î; m psalm. CXL, 3, 6, 7; in psalm. CXLIl, 3, etc.; Epist. CXL, 18.
4. Enarr. in psalm. LXXXVIII, sermo II, 14; Sermo CXCII, 2; Contra Faustum, XY 3
résurrection, la rédemption, l'évêque d'Hippone voit conséquemment, dans le règne de Jésus-Christ qui suit celte première résurrection , son règne sur la terre par l'Église'. Cette Eglise d'ailleurs ne comprend pas seulement les fidèles actuellement vivants, mais encore les défunts et les chrétiens à venir : « Corpus autem eius est Ecclesia, non ista aut illa, sed toto orbe diffusa; nec ea quae nunc est in hominibus qui praesentem vitam agunt, sed ad eam pertinentibus etiam qui fuerunt ante nos, et his qui futuri sunt post nos usque in finem saeculi - » .
De cette Eglise le premier caractère est l'unité. Il n'y a qu'une vraie Église, cela est clair, puisqu'il n'y a qu'une épouse du Christ; mais dans cette Église même règne l'union, l'unité, et quiconque est hors de cette unité est hors de l'Église. Unité de foi : la cité de Dieu n'admet point, comme l'école des philosophes, diversité et contrariété d'opinions parmi ses membres. Ceux qui professent des doctrines malsaines et qui résistent aux avertissements qu'on leur donne deviennent hérétiques et sont tenus pour ennemis-*. C'est la manie de raisonner et l'attache à son propre sens qui engendrent les hérésies'. — Unité d'affection mutuelle, celle qui est proprement opposée au schisme, et que celui-ci déchire. Elle est figurée par la tunique sans couture de Notre Seigneur ^ et maintenue surtout par la charité. Car on peut bien à la rigueur, dans le schisme, conserver une foi pure, mais non pas une foi que la charité vivifie et qui soit «pieuse^.». Cet accord par l'amour mutuel et i'har-