‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 365 sur 409 · Prosper, Chronique, anno 4-29 (P. L., LI · texte numérisé non relu

Prosper, Chronique, anno 4-29 (P. L., LI

5. ÂUGUST., Epist. CXCIII, 1% et v. les lettres des papes susmentioanés.

§ 3. — Anthropologie de saint Augustin. L'état primitif de Thomme^

Saint Augustin avait largement contribué à la ruine du pélagianisme en travaillant à le faire condamner; il y contribua plus encore, si c'est possible, en le réfutant et en opposant à ses erreurs une doctrine approfondie et longtemps méditée. 11 y eut d'autant plus de mérite que les écrivains dont il pouvait lire les œuvres ne lui fournissaient sur ces difficiles problèmes que des réponses superficielles et incomplètes, dans leur ensemble insuffisantes. Mais le docteur de la grâce sut les féconder, les compléter et les amener au point de maturité nécessaire pour en faire des réponses victorieuses. Son génie organisa vraiment l'anthropologie surnaturelle et chrétienne. C'est à ce point de vue qu'il faut envisager maintenant sa lutte contre le pélagianisme, en étudiant les solutions qu'il donnait personnellement aux questions qui étaient en cause, en exposant sa doctrine de l'élévation de l'homme et de sa chute, de la grâce et de la prédestination.

Or, nous savons par saint Augustin lui-même que, sur ces divers sujets, son sentiment ne fut pas, dès le premier jour, absolument fixé 2. Avant son épiscopat surtout, certaines vérités qu'il découvrit plus tard restaient pour lui obscures. Il y a donc lieu, en analysant sa pensée, de tenir compte de l'époque à laquelle ont été écrits les livres qui la contiennent et

i. Travaux sur ce paragraphe et les suivants : J. Espenherger, Die Elemente der Erbsdnde nach Augustin und der Frûscholastik, Mainz, 1905. UoTTMANNER, Der Augustimsmus, Mûnchen, d8'Ji. A. Ki-.amcu, Ueber die Empfanglichkeit der menschl. Naïur fur die Gâter... nach dem Lehre des hl. Augustin,, Paderborn, i892. J. Tdrmei., Le dogme du péché criginel dans saint Augustin, dans la Revue d'hisl. et de littér. relig., t. VI, vn (1901, 1902). J. MAt'SBACH, Die Ethik d. h. Augicst., Freib., 19U'J.

3. Retraetationes, I, 23, 2; De praedestinatione sanctorum,l,$.

que l'on cite. En général, et sauf de légères exceptions, on ne se trompera pas trop en partageant à ce point de vue sa vie littératre en deux périodes, l'une de recherches auxquelles se mêlent quelques hésitations et qui va de l'an 386 à l'an 397, date de sa consécration épiscopale ; l'autre de possession définitive de la doctrine, et qui se confond avec la durée de son épiscopat, 397-430 : cette possession, on le comprend, n'excluant pas d'ailleurs un certain progrès de lumière, effet heureux du choc des idées dans la controverse.

A prendre les questions dans l'ordre chronologique, la première qui se présente est celle de la condition d'Adam avant sa chute.

Ici déjà, nous constatons dans la pensée de saint Augustin l'évolution qui vient d'être signalée. Dans le De Genesi contra manirhaeos, écrit en 388-391, notre auteur fait du corps d'Adam un corps matériel sans doute et formé de limon (ii, 8), mais transparent, céleste (il, 32), n'ayant pas, ce semble, besoin de nourriture (il, 12) et ne connaissant pas non plus l'inclination sexuelle, puisque l'union d'Adam et d'Eve était toute spirituelle et n'existait que « ut copulatione spiritual! spirituales fétus ederent, id est bona opéra divinae laudis » (il, 15; i, 30)'. < Ictte dernière idée revient encore dans le De caterh zandis rudibus^ 29 (vers 400). Mais en 401, dans le De bono coniugali, 2, Augustin commence à douter de sa justesse, et dans le De Genesi ad litleram (401-415), il précise enfin sa doctrine et met tout au point. Le corps d'Adam innocent était animal et terrestre, se nourrissant des fruits réels du

1. cf. Relract., 1, 10, 2. Il e«t juste de remarquer que saint Augustin 4it lui-même (De Genesi ad : iiieram, Vlll, 5) qu'il n'avait adopté ces explications allégoiiques que i aice qu'il n'en avait pas d'autres immédiatement sous la main, prévenant du reste le lecteur (De Gen. cont. manich., II, 3) qu'il accepterait volontiers une explication littérale si on pouvait la fournir.

paradis (vi, 30-36, 39; viii, 7). La femme a été donnée à l'homme pour la procréation des enfants, et cela dans TEden même, car l'immortalité des hommes n'était pas un obstacle à leur multiplication, Dieu pouvant transformer leur corps et les glorifier après un certain temps de vie terrestre, sans les faire passer par la mort (ix, 5, 6, 8, 9, 12, 14).

Mais si Augustin a varié sur le sujet que nous venons de voir, en revanche, il a aiîirmé, dès le principe, l'existence en Adam innocent des dons que l'on nomme préternaturels et surnaturels.

C'était d'abord l'immortalité', immortalité dont l'évêque d'Hippone explique la nature dans le De Genesi ad Utteram^ vi, 3G :

Illud (corpus) quippe ante peccatum et mortale secundum aliam, et immortale secundum aliain causam dici poterat; id est mortale quia poterat mori, immortale quia poterat non mori- Aliud est enim non posse mori, sicut quasdam naturas immor» taies creavit Deus : aliud est autem posse non mori, secundum quem modum primus croatus est homo immortalis, quod ei praestabatur de lig^no vitae, non de constitutione naturae^ : a quo ligno separatus est cum peccasset, ut posset mori qui, nisi peccasset, posset non mori. Mortalis ergo erat conditione corporis animalis, immortalis autem bénéficie conditioris.

Cette immortalité conditionnelle entraînait avec elle l'exemption des maux, des maladies, de la vieillesse « ne corpus eius (Adami) vel intirmitate, vel aetate in deterius mutaretur aut in occasum etiam laberetur' ».

Puis, au-dessus des biens du corps, ceux de l'esprit et de l'âme : une sagesse, une science infuse qui avait permis à Adam de donner aux diverses espèces d'êtres

1. De Genesi contra manich., II, 8, 32: De libero arbitrio, III, 53; De peccat. mer il. et remiss., I, 2; etc.

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