‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 68 sur 409 · P. G., XLV, col · texte numérisé non relu

P. G., XLV, col

façon, car Tune l'est immédiatement {Kçoav/îS^yç) par le Père, tandis que l'autre est causée par l'intermédiaire de celle qui l'est immédiatement (Sià toû irpode/Sç U loZ TTpwTou) ; et « ainsi il n'est pas douteux que le Fils reste Fils unique, et il n'est pas douteux non plus que l'Esprit vienne du Père, le Fils intermédiaire gardant sa qualité de Fils unique, et n'empêchant pas l'Esprit d'avoir avec le Père sa relation naturelle ». C'est exactement l'idée que l'auteur a reproduite dans son traité De Spiritu Sancto, 3. Il y compare le Père, le Fils et le Saint-Esprit à trois flambeaux, dont le premier communique sa lumière au second, et par lui allume le troisième ^ Dans ces passages, saint Grégoire suppose manifestement que le Fils est, dans la production du Saint-Esprit, comme un instrument du Père, un instrument qui agit sans doute en la vertu que le Père lui a communiquée, mais qui agit cependant réellement; et c'est pourquoi il observe avec insistance que cette causalité communiquée ne nuit pas à la causalité du Père, et ne l'empéclie pas d'être le principe premier du Saint-Esprit.

Cette doctrine de saint Grégoire de Nysse restera en défmitive celle de l'Eglise grecque, bien que certains auteurs lui doivent donner pîias de corps et de relief. Dans son traité De Trinitate, Didyme l'aveugle reste sur l'affirmation que le Saint-Esprit « procède du Père et reste dans le Fils divinement» (i, 31, col. 425). Il ajoute cependant que le Saint-Esprit est l'image du Fils, comme celui-ci l'est du Père (ii, 5, col. 504); qu'il est l'Esprit du Fils, du Verbe, du Sauveur (i, 18, col. .'Î48; II, 6, col. 556; m, 1, col. 780). Mais dans le traité De Spiritu Sancto — dont nous n'avons, il faut

!• Alttav ôà ToO TptTou çwTo; 07ro6w(AETa elvai ttjv T:pwTir,v çXôya, èx SiaSôoEWî 8ià toû (xédou tô ixpov è?aça5av. P. G., XLV, 1308

le remarquer, qu'une traduction latine faite par saint Jérôme, — l'auteur énonce manifestement la doctrine de la procession ex Filio :

• Non loquetur (Spiritus Sanctus) a semetipso : hoc est non sine me, et sine meo et Patris arbitrio, quia inseparabilis a mea et Patris est voluntate, quia non ex se est sed ex Pâtre et me est, hoc enim ipsum quod subsistit et loquitur a Pâtre et meilli est » (34). « Spiritus quoque Sanctus qui est Spiritus veritatis, Spiritusque sapientiae, non potest, Filio loquente, audire quae nescit, cum hoc ipsum sit quod profertur a Filio, id est procedens a veritate, consolator manans de consolatore, Deus de Deo, Spiritus veritatis procédons • (36). « Neque enim quid aliud est Filius exceptis his quae ei dantur a Pâtre, neque alia substantia €st Spiritus Sancti praeter id quod datur ei a Filio » (37; cf. 38).

Est-ce aux Latins que saint Épiphane a emprunté sa doctrine sur la procession du Saint-Esprit? Il est possible, car il s'est trouvé fréquemment en relation avec eux. Toujours est-il qu'il enseigne sans aucun doute que le Saint-Esprit est produit par le Père et le Fils; et, bien qu'il ait évité, en parlant des relations du Fils et du Saint-Esprit, le mot IxTropeuerai — que rÉcriture n'emploie pas — il tient clairement pour la doctrine que ce mot exprime. Les textes abondent. Dans VAncoratus, « le Saint-Esprit n'est pas fils, mais de la substance même du Père et du Fils » (ex ttjç oùt^ç oùffia; TTatpcç xai ulou, 7). Il est représenté Iv [/.écw Ttarpo; xai utoïï, £x Toî itaTpôç xai toû ytoîi (8). Il est Dieu êx iraipo; xal uîoû (9). « Le Christ est cru être du Père, Dieu de Dieu : le Saint-Esprit est du Christ, ou des deux, comme dit le Christ : // procède du Père et il recevra de moi » (67, 70, 73). Le Père est le foyer (çiôç oXo;),

le Fils cptôç Ix (pioTo'ç ; le Saiat-Esprit tpôiç xpiiov Trapà Trarpôç

xai uioïï (71) ^ Comme il y a des fils d'adoption, il y a

i. Et cf. Raer. LXXIV, 8.

lA DOCTRINE TRINITAIRE GRECQUE AU IV SIECLE. 93

aussi des esprits adoptifs et de vocation; « mais seul, l'Esprit-Saint est appelé, [comme venant] du Père et du Fils [àno Tratpo; xal uiou), Esprit de vérité, et Esprit de Dieu, et Esprit du Christ, et Esprit de grâce » (72). Même langage dans l'ouvrage sur les hérésies. Là aussi on lit : èx Trarpoç Bl IxTropEuôaevov xal Toû utou XauSavov, oùx aXXotptov Ttarpô; xai uîoù, àXXà Jx Tr;< «ÙtÎjç oùai'af, ex t^; aux?)? ôeo'ttitoç, Ix Ttarpoç xal utoy IvuTrodTatov àei Ttveu[ji.a ayiov... uveûpia Xpt(TTOÙ, 7rveu(jia Trarpoç (lxii, 4). Et encore, Dieu est toute vie, le Fils est Cwri Ix CwT,;; mais Dieu est esprit aussi, et le Saint-Esprit est TTvetiua t:«p' àij.flpoTÉpwv , Tîvsîifxa Ix iTveûfxaTOi; (lxxiv, 7). Dans ces textes, qu'on veuille bien le remarquer, la particule 8ia disparaît, et le Saint-Esprit est dit venir du Père et du Fils. L'auteur maintient seulement la distinction du rôle des deux spirateurs par rapport à la production du Saint-Esprit par l'emploi des deux expressions IxTropeûetai et XaixÇdvïi.

On ne se trompera donc pas en affirmant que, dans le dernier quart du iv® siècle, la théologie grecque est franchement orientée vers la doctrine du Filioque, et que quelques-uns de ses représentants l'admettent expressément. Nous voyons en même temps cette doctrine se produire dans saint Grégoire de Nysse sous une forme qui met plus en relief la fécondité principale du Père, et, dans saint Epiphane, sous une autre forme qui se rapproche davantage de la conception latine. Ces deux formes ne s'excluent pas; mais on constatera plus loin que l'Église grecque s'est ralliée de préférence à la forme cappadocienne : celle-ci se trouvait plus en harmonie avec sa conception générale de la Trinité.

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