Liber pontifical is, 1.376, XV; cf. 381, note
reur, le concile, le pape sortirent un peu diminués * . Ce n'est pas qu'en soi les décisions finales prises par eux ne soient justes et défendables. Dans la forme et la mesure où on l'a fait, on pouvait légitimement condamner et Théodore de Mopsueste et Théodoret et Ibas : il y avait dans les écrits mêmes des deux derniers des choses répréhensibles, surtout si l'on se mettait au point de vue de la terminologie du vi^ siècle. Mais cette condamnation, si elle avait l'avantage de couper court aux récriminations des monophysites, avait l'inconvénient de réveiller des querelles déjà lointaines et d'affaiblir, quoi qu'on fît, l'autorité du concile de Chalcédoine. Dans l'espèce de fusion que l'on tenta entre la théologie cyrillienne triomphante à Ephèse et celle des antiochiens reçue à Chalcédoine, ce fut cette dernière qui paya les frais du rapprochement 2.
§ 4. — La christologie de Léonce de Byzance.
Cependant, en même temps que les politiques, les théologiens travaillaient à montrer l'harmonie des deux théologies en présence, et leurs efforts, s'ils
1. Au point de vue théologique, deux questions se posent à propos de la querelle des trois cliapitres : 1" Le V« concile général ne s'est-il pas mis en contradiction avec le concile de Chalcédoine, surtout en ce qui concerne Ibas et sa lettre? 2" Comment concilier le dogme de l'infaillibilité pontificale avec les jugements contradictoires de Vigile dans ses deux Constitutum et le ludicatutn? Nous n'avons pas ici à résoudre ces questions. Elles se résolvent cependant sans trop de difficulté, si l'on fait une application exacte des principes théologiques qui y sont impliqués.
-2. Ceci est visible par exemple dans l'explication que l'on donne des formules èx Suoçuasiov, et [j-iaçucriç to-j 0£o-j Aoyou <Tc(rapxw(jL£VYi. on les interprète sans doute dans un sens chalcédonien, mais on tient à garder les formules. Combien le diacre Ferrand était plus avisé, en souhaitant que la formule [xtaçuffiçxxX. fût simplement abandonnée comme inutile ou dangereuse (P. L., Lxvn, 889 et suiv.).
n'arrivaient pas à gagner les dissidents à l'unité, portaient du moins dans ces questions difficiles des clartés nouvelles. Entre ceux qui s'y distinguèrent particulièrement, il faut nommer le patriarche Ephrem d'Antioche (527-544), dont il ne reste que des fragments *, et l'auteur — Pamphile de Jérusalem? — de la Panoplia dogmatica '^. Mais celui qui, pour nous, représente le mieux ce mouvement, qui y contribua peut-être avec le plus de force et de pénétration d'esprit, qui d'ailleurs, par ses relations personnelles avec Justinien, en put rendre les résultats plus assurés, est un des moines scythes dont il a été plus haut question, Léonce de Byzance ^.
Né vers l'an 485, plus probablement à Constantinople même, il s'était de bonne heure fait moine, et passionné pour les controverses du temps. Il traversa, un moment, le nestorianisme, puis revint à l'orthodoxie. Chalcédonien, il Test en conscience; mais il connaît bien aussi la christologie d'Éphèse, et il est convaincu qu'il règne entre les définitions des deux conciles une harmonie parfaite. C'est cette harmonie qu'il veut mettre en lumière, afin de couper court aux objections soit des nestoriens soit des monophysites, et de les ramener, si possible, à l'unité de l'Église. Pour cette œuvre, il s'inspirera du néoplatonisme, dont il trouve des lambeaux dans les Pères : il lira Porphyre et, à travers Porphyre, utilisera Aristote et
4. Photics, Bibh, cod. 228, 229; P. G., LXXXVI, 2, COl. 2104 et suiv.
2. Éditée par A. Mai, Nova Patrum bibliotheca, Romae, 1844, II. 595-
3. Des ouvrages attribués à Léonce et qui sont tous contenus dans P. G., LXXXVI, 1, 2, il n'y a d'authentiques que : 4" Libri 1res contra nestorianos et eutychianos (I, 12H8-1396); 2° Capita triginta contra Severum (2, 1901-1906); 3° Solutio argumentorum a Severo obiectorum (2, 1916-1945). - Travaux : F. LoOFs, Leonlius von Dyzanz, Leipzig, 1887. W. RUEGAMER, Leontius von Byzanz, Wiïrzburg, 1894. V. Eumûni, De Leoyxtio byzantino, Paris, 1895. J. P. Ju:<glas, Leontius von Byzanz, Paderborn, 1908.
ses catégories. Mais ce ne sont là pour lui que des aides extérieurs. Avaat tout, il veut reproduire la pensée des Pères \ La philosophie lui servira seulement à en rendre compte rationnellement.
Afin de procéder avec méthode, Léonce donne d"abord ses définitions, et dresse, si l'on peut ainsi parler, l'échelle des êtres. La notion la plus générale est celle de l'oùaia (au sens large), qui comprend tous les êtres, créés ou non. Au-dessous d'elle vient le genre, To ysvoç, et au-dessous du genre l'espèce, xo sUoç, laquelle se compose du genre et des différences spécifiques, nommées eiSottoioI Siacpopai, tcoiottitêç oùffitoSetç, oùaioTToioi îSioTriTsç ^. L'être de l'espèce est ce qu'on appelle cpOaiç ou oùaia au sens strict. Ainsi, la nature humaine se compose du genre to Cwov sivai, et de la différence spécifique to >,oYixbv sTvai ^,
Au-dessous de l'espèce, on trouve l'individu, Toaxofxov. De même que l'espèce comprend le genre et les différences spécifiques, de même l'individu se compose de l'espèce et des caractères individuants, iSicoixara a,popicTixâ ^. Léonce, comme Aristote, nomme ces derniers (jutxêsêTQxoTa, parce qu'ils accompagnent la nature sans en faire partie : il les distingue pourtant des accidents ordinaires (7uiji.^cê7]xoTa /topia-dc. Ceux-ci sont les simples états successifs dans lesquels un être peut se trouver, comme d'être sain ou malade; et ils peuvent, par conséquent, en être séparés (/^wpiaTa) : les caractères individuants au contraire, comme d'avoir tel visage, les yeux de telle couleur, etc., sont permanents, et dé-
1. IlàvTa èx Traréptov >aêà)v eya> (1, 1344). V. la composition de ses florilèges, dans Junglas, op. cit., p. 24 et suiv.