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La voir dans Mansi, XI, 5"29-o

gré. De même l'humanité en Jésus-Christ était toujours et en tout mue et régie par la divinité du Verbe (urro xTfi auTotî tou Aoyou 6cor/jTO<; àèi xai Iv Traciv àYOfxevov 6eoxivrjTov -^v, col. 536). Malgré cela, continue Sergius, nous avons préféré laisser ces discussions et nous en tenir au langage courant des Pères. C'est à quoi Sophronius a consenti, et ce que nous avons suggéré à l'empereur, en lui envoyant les témoignages des Pères sur Tunique opération et l'unique volonté contenus dans la lettre de Mennas à Vigile. Nous lui avons conseillé de confesser simplement « que le Fils unique de Dieu, vraiment Dieu et homme à la fois, opère, lui unique, les choses divines et humaines, et que du même et unique Dieu Verbe incarné, comme nous l'avons dit, procède sans partage ni division toute opération, soit divine, soit humaine » (col. 537). C'est là ce que saint Léon a enseigné par son « Agit enim utraquc forma cum alterius communione quod proprium est ».

Cette façon de traiter la nouvelle question par le silence ne pouvait que plaire extrêmement à un romain comme Honorius. Il donna droit dans le piège que Sergius lui tendait. On a de lui au patriarche de Constantinople deux lettres qui ont occasionné bien des discussions et qui demandent une analyse attentive.

La première ^ est une réponse immédiate à la lettre de Sergius; le pape n'a pas encore reçu le document intronistique de Sophronius. Cette réponse, d'une rédaction confuse, peut se résumer dans les trois idées suivantes : 1° On doit éviter de dire une ou deux opérations : ce sont là des questions nouvelles de

1. On n'a plus l'oriRinal latin, mais une traduction grecque reconnue fidèle au VP concile général, dans Mansi, XI, 537-544. Le latin donné par Mansi et par Migne (P. L.. XL, 470-474) représente une vieille traduction faite sur le grec.

LE MONOTHELISME. 1G9

mots qui scandalisent les simples. Si nous disons deux opérations, on nous prendra pour des nestoriens ; si nous parlons d'une seule opération, on nous croira eutychiens. Nous savons par l'Ecriture que Jésus-Christ est l'unique opérateur de la divinité et de l'humanité ; qu'il a opéré d'une multitude de façons ; mais ni les évangiles ni les apôtres ni les conciles n'ont parlé d'une ou de deux opérations : et décider s'il est à propos en effet de dire une ou deux opérations n'est pas notre affaire : c'est celle des grammairiens et des philosophes. Qu'on se taise donc sur ce point, ou, si quelqu'un veut s'en occuper, qu'il ne fasse pas de son opinion un dogme de foi. — 2° Il faut s'en tenir à ceci : Jésus-Christ, personne unique, a accompli à la fois les œuvres divines et les oeuvres humaines avec le concours des deux natures : le même Jésus-Christ a opéré dans ses deux natures divinement et humainement. — 3° Quant à l'unité de volonté, on doit la reconnaître ; car le Verbe a sans doute pris notre nature, mais non pas notre nature viciée ; il a pris notre chair, sans la loi de la chair qui répugne à celle de l'esprit. Il n'y a donc pas eu en Jésus-Christ de volonté de sens différent, ni contraire (5î.ac{>opov r\ èvavriov 6£Xr,[xa) à la loi de l'esprit; et, s'il est dit : Je ne suis pas {>enu faire ma çolontè, mais celle du Père qui m'a en\>oyé [loan., vi, 38), et : Non pas ce que jeveuXy mais ce que vous voulez^ mon Père {Marc, xiv, 36), cela ne dénote pas une volonté différente [de celle du Père], mais seulement l'économie de l'humanité qui a été prise (oùx étal raûxa Siacpopou ôsX'/ifAaTOç, àXXà i^ç oixovofxiaç XTfi àv6po)7roTr)TO<; zr^ç TrpoaXyicpôeiffyii;). Ces paroles ont été dites pour notre instruction, afin qu'imitant l'exemple du Maître, chacun de nous préfère à sa volonté propre celle de Dieu.

La deuxième lettre d'Honorius, dont on ne possède

que des fragments \ est postérieure à la lettre synodale de Sophronius dont elle semble blâmer les excès. Elle reproduit à peu près les idées de la première. Le pape souhaite encore que l'on supprime de la prédication delà foi la mention nouvelle d'une ou de deux opérations. L'existence en Jésus-Christ de deux natures est claire d'après les Ecritures; mais c'est folie (ttocvu [xaTaiovj de parler dans le médiateur Jésus d'une ou de deux opérations. Dans le second fragment, Honorius touche à un moment à la vraie doctrine en reproduisant la formule de saint Léon : chaque nature, unie à l'autre d'une union naturelle, et en communion avec elle, opère et est opérante, la divine accomplissant ce qui est de Dieu, l'humaine accomplissant ce qui est de la chair, sans division, ni confusion, ni conversion. Ce qui n'empêche pas le pontife de conclure encore qu'au lieu d'une ou de deux opérations, il vaut mieux parler d'un seul opérateur et de deux natures opérantes. Le pape ajoutait qu'il écrivait dans le même sens à Cyrus et à Sophronius, et que les délégués de celui-ci lui avaient promis que le patriarche de Jérusalem cesserait de parler de deux opérations, pourvu que celui d'Alexandrie voulût bien, de son côté, ne plus parler d'une seule opération.

Ces deux lettres ne pouvaient qu'encourager Sergius à persévérer dans la réalisation de son plan. Toutefois, comme il importait de pallier l'effet produit par l'éclat de Sophronius, il prépara dès 636, et fit signer par l'empereur en 638, lorsque celui-ci revint d'Orient, le texte d'un édit destiné à fixer l'attitude que l'on devait garder dans ces questions : c'est VEcthèse.

L'Ecthèse- est une profession de foi. Après avoir exposé la doctrine de la Trinité et de l'incarnation en

1. Grec-latin dans Mansi, XI, 579-582; latin dans P. L., XL, 47/*, 475. -2. Texte dans Mansi, X, 90-2-9î»7. Extrait dans Hahn, S 234.

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général, elle en vient à la question des opérations et des volontés en Jésus-Christ. Toute opération soit divine soit humaine doit être attribuée au seul Verbe incarné ; mais il faut éviter de dire ou d'enseigner une ou deux opérations : mieux vaut dire qu'il n'y a qu'un seul Jésus-Christ qui opère à la fois les choses divines et humaines. L'expression une opération en choque plusieurs, qui pensent y voir un détour pour revenir au monophysisme; d'autre part, l'expression deux opérations, inouïe jusqu'ici, en scandalise beaucoup, parce qu'elle conduit à admettre en Jésus-Christ deux volontés contraires : «Aussi, conclut l'Ecthèse, suivant en tout, et en ceci particulièrement, les saints Pères, nous confessons en Notre-Seigneur Jésus-Christ vrai Dieu une seule volonté, car en aucun temps sa chair vivifiée d'une âme intelligente n'a, séparément et de sa propre initiative, et contre l'assentiment du Verbe divin qui lui était hypostatiquement uni, exercé son activité naturelle, mais bien quand, et de la façon et autant que le Dieu Verbe le voulait'. » La pièce se terminait sur une exhortation à tous les chrétiens d'accepter cet exposé de foi sans y rien changer.

En Orient, l'Ecthèse fut acceptée en effet par la majorité de l'épiscopat. Soplironius était mort et avait reçu pour successeur un monothélite, Sergius deJoppé; Macédonius d'Antioche et Cyrus d'Alexandrie favorisaient les vues de l'empereur. A Constantinople, deux conciles tenus, l'un par Sergius entre les mois de septembre et de décembre 638 2, l'autre par son successeur, Pyrrhus, en 633, approuvèrent l'Ecthèse, et

1. "Ev ÔÉXriixa xou xupîou rjitcûv 'Iyi(îo-j Xptffxo-j to-j àX-/i6ivo-j OeoC ôp-oXoYoCfJLev, (bç èv [xeSevl xaiptS xvj; voepw? ï'i^\jyo\i.i\riC, aÛTO-j crapxbî x£-y(a)pta{ji,év(oç xai è^ olxetaç ôp[Ji9i^ èvavttcùi; T(o veu[J.aTi to-j rjvtofxévou aÙTiQ xa6' OTrôaxaatv ôso-jAoyoy. ttov cpucrixyjv aOrvî; îtoiyjTaaôat xtvrityiv, àXX' ÔTTOTS, xat oiav xat ôariv aÙTo; ô 6eo; Aôyoç yjêouXsTO (996 G).

-2. Sergius mourut le 8 ou le 9 décembre 638.

condamnèrent quiconque professait une ou deux opérations ^ Les difficultés ne pouvaient donc venir de l'Orient: les décrets impériaux les plus manifestement abusifs étaient toujours sûrs de rencontrer dansTépiscopatune adhésion servile. Mais elles allaient venir de Rome et de l'Occident. Honorius était mort le 12 octobre 638, et ses successeurs devaient regarder de plus près que lui à toutes ces questions. La vraie opposition au monothélisme était sur le point de commencer.

Avant d'en rappeler brièvement les diverses phases, il est nécessaire que nous nous fassions ici une idée précise delà doctrine monothélite. Cette doctrine est assez confuse et ne saurait être bien comprise sans quelques éclaircissements.

La christologie orthodoxe admet que le Verbe s'est uni la nature humaine au point de se l'approprier et de la faire sienne. Les actions et passions de cette nature lui sont donc rapportées comme au centre d'imputation : c'est lui, c'est le Verbe incarné qui agit et qui souffre dans et par cette nature. Mais ces mots doivent être exactement entendus. La nature humaine n'est pas aux mains du Verbe ce que serait un instrument aux mains d'un principe actif, la hache aux mains de l'ouvrier par exemple. La personnalité prise à part de la nature en effet n'a en soi aucune activité, n'est pas un principe dynamique : c'est un simple mode d'être de la nature, le mode d'exister à part soi et de former un tout physique indépendant. La personnalité est une condition requise pour que la nature exerce son activité, car une nature avuTrodratoç ne pourrait pas exister, ni par conséquent agir; mais la personnalité ne met pas en branle cette activité. Si les actions et passions de la nature sont rapportées à la personne, ce n'est pas que

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