Mansi, X
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pape Honorius, à Sergius et aux autres patriarches K Cette lettre, dont l'importance est considérable, peut se diviser en trois parties. La première (col. 465- 472) s'occupe de la Trinité. La seconde aborde la question christologique. Sophronius expose d'abord la doctrine de l'unité de personne et de la dualité des natures, puis en vient au problème des opérations. La dualité des opérations dans le Christ est, d'après lui, une conséquence de la dualité des natures et de la persistance de leurs propriétés. « Comme dans le Christ chaque nature conserve sans diminution sa propriété, ainsi chaque forme opère en communion avec l'autre ce qu'elle a de propre « (col. 480). Puisque l'être des natures est distinct, distinctes aussi sont les opérations, et nous nous gardons d'admettre que ces natures n'ont qu'une unique opération essentielle et physique, de peur que nous ne soyons amenés à les fondre en une seule nature (col. 481). Car c'est par les opérations, disent les philosophes, que Ton discerne les natures, et c'est la différence des opérations qui permet de saisir la diversité des substances (col. 484). Quant à cette opération théandrique dont parle Denys, il faut remarquer que Denys ne la donne pas comme V unique opération en Jésus-Christ, mais comme une opération nouvelle (xaivvjv... iTspoysvcï xat Stàcpopov) qui s'ajoute aux deux autres, et qui comprend les actions où la divinité et l'humanité s'exercent à la fois (col. 488).
Toutefois, s'il y avait en Jésus-Christ deux opérations, il n'y avait qu'un opérateur, Sophronius ne l'oubliait pas : « Toute parole et toute opération, qu'elle soit divine et céleste, ou humaine et terrestre, nous professons qu'elle vient d'un seul et même Christ et
1. On la trouve dans Mansi, XI, 461-o09, et dans P. G., LXXXVn, 3, col. 3148-3200. V. hahn, § 233. Les colonnes indiquées dans mon texte se rapportent à Mansl.
Fils et de son unique hypostase synthétique. C'était le Verbe de Dieu incarné qui produisait naturellement de lui chaque opération, sans division et sans confusion, suivant ses natures : suivant la nature divine, en laquelle il était consubstantiel au Père, l'opération divine et inexplicable ; et suivant la nature humaine . en laquelle il restait consubstantiel à nous, hommes, Fopération humaine et terrestre : chaque opération convenable et correspondante à chaque nature » {col. 484; cf. 480).
Il est remarquable que Sophronius, qui affirme si bien deux opérations dans le Christ, ne parle nulle part de deux volontés. Il n'ignorait pas cependant ce que Sergius pensait de ce dernier point. Mais la controverse n'avait pas encore fait éclat dans ce sens, et on ne saurait de son silence conclure, comme on l'a fait (Dorner), que le patriarche de Jérusalem admettait, au-dessus des deux opérations, une volonté hypostatique unique. Il observait seulement que Jésus- Christ ne subissait pas involontairement et nécessairement («y.ouaiwc Ti avay^aciTtoç) les mouvements et passions de la nature humaine, bien qu'il les subît naturellement et humainement [cpuatxojç xal àvôpwTrtvojç, col. 484 et suiv.). Ce n'est pas dire que l'activité et volonté humaines fussent régies et mues par la seule volonté divine.
La troisième partie de la lettre de Sophronius (col. 489-509) s'occupait de questions étrangères à notre sujet et qu'il est inutile de rapporter ici. On y remarquera seulement l'acceptation entière de toutes les lettres de saint Léon « comme sorties de la bouche de Pierre, le coryphée des apôtres » (col. 497).
Tels sont les principaux traits de ce long document, écrit d'un style boursouflé et prolixe, la première protestation contre l'erreur monothélite.
Sergius avait dû pressentir son apparition, car, avant
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même qu'il ne fut publié, il avait tâché — ce qui lui était du reste commandé par ailleurs — de s'en garder du côté de Rome. Le pape était alors Honorius (27 octobre 625-638). Il était capital, si l'on voulait faire quoi que ce soit de durable, de l'avoir avec soi. Aussi Sophronius était-il à peine élu patriarche, que Sergius écrivait à Honorius une lettre à laquelle plus d'un emprunt a été fait pour l'histoire des origines de cette controverse ^ . Après y avoir rapporté les événements résumés ici jusqu'à son entrevue avec Sophronius à Constantinople, Sergius continuait en plaidant perfidement la cause monothélite, bien qu'il parût ne désirer que le silence sur ces questions. A la suite de sa conférence avec Sophronius, disait-il, il avait écrit à Cyrus d'Alexandrie, pour lui recommander de no parler ni d'une seule opération, puisque cette expression, bien qu'usitée par quelques Pères, choquait certaines personnes, ni de deux opérations, puisque cela paraissait une nouveauté et scandalisait beaucoup de gens. D'autant plus qu'admettre deux opérations conduirait à admettre en Jésus- Christ deux volontés contraires l'une à l'autre, ce qui est une impiété (àÀXà y«P ^^ci sTrecôai tauTY) to, xai Suo irpEffêeueiv OeX^iixa-ra Ivavxitoç Trpoç aXXr,Xa £X.ovTt, Col. 533). La doctrine des Pères en effet est que l'humanité de Jésus-Christ n'a jamais eu de mouvement contraire à la volonté du Verbe qui lui était uni, mais a accompli son opération naturelle quand et comment et autant que le Verbe l'a voulu (xriv cpuaixviv aux^ç 7roi-/i- (jaa6ai xtvr,aiv Ôttotô, xai oiav, xai o^sr^'^ aùxoç 6 0&oç Aoyoç yjêoùXsTo, col. 536). Cette humanité était, vis-à-vis du Verbe, exactement ce qu'est notre corps vis-à-vis de l'âme qui le régit (riY£[ji,ov£ij£Tai), l'orne et le dispose à son