Epist. CCXXVI
LE SEMI-PELAGIANISME. 281
Dieu a eue des mérites de ceux qu'il a prédestinés : « eos praedestinasse in regnum suum quos gratis vocatos, dignos futures electione et de hac vita bono fine excessuros esse praeviderit ' ». Il n'y a donc point, pour autant que cela tient à la volonté de Dieu, un nombre fixe de prédestinés. Tous peuvent l'être ou le devenir, puisque, en définitive, chacun mérite son élection ou sa réprobation^.
Et ce principe est si général et si vrai qu'on doit l'étendre même aux cas où il semble qu'il soit le moins applicable. Par exemple, si Tévangile a été prêché ici plutôt qu'ailleurs, c'est que Dieu a prévu la foi conditionnelle des uns et l'incrédulité aussi conditionnelle des autres^. Si certains enfants meurent après le baptême reçu, d'autres sans le recevoir, c'est parce que Dieu a prévu le bien ou le mal que les uns et les autres auraient fait s'ils avaient vécu, et les en a en quelque sorte récompensés et punis par avance*. Ainsi, rien n'est arbitraire dans la conduite de Dieu; rien n'y porte, comme dans la théorie augustinienne, au désespoir et à la paresse. Ces problèmes de la prédestination, si on ne les résout pas de cette façon, ne sont propres qu'à troubler les âmes et à scandaliser les faibles. Et mieux vaut, au demeurant, que, des deux côtés, on se taise sur ces questions insondables ^.
Telle est, en résumé, l'idée que Prosper et Hilaire nous donnent des opinions régnantes, sur ces matières, dans les monastères du sud de la Gaule en 429. Les théologiens ont, bien plus tard, appliqué à ces opinions le nom de semi-pélagianisme. Elles peu-
i. Epist. CCXXV,3, 6.
'2. Epist. CCXXV, 2, 6; CCXXVI, 4, o, 7.