Engelbr., i6o; P. L., LUI
2. Ainsi il condamne : « 1° sensum illum qui dicit laborem humanae oboedientiae divinae gratiae non esse iungendum; 2« qui dicit j)Ost primihomiuis lapsum ex toto arbitrium voluntatis extinctum; 3° nui dicit quod Christus dominus et s:ilvator noster mortem non pro omnium salute susceperit; 4° qui dicit quod praescientia Dei hominem violenter compellat ad mortem, vel quod Dei pereant voluntate qui pereunt; .'i» qui dicit quod post acceptum légitime baptismum in Adam moriatur quicumque deliquerit; 6° qui dicit alios députâtes ad mortem, alios ad vitam praedestinatos ; 7° qui dicit ab Adam usque ad Christum nuUos ex gentibus per primam Dei graliam, id est per legem nalurae in adventum Christi luisse salvatos, eo quod liberum arbitrium ex omnibus in primo parente perdiderint; 8° qui dicit patriarchas ac prophetas, vel summos quosque sanctorum etiam ante rédemption is tempora in paradisi habitatione deguisse; 9^ qui dicit ignés et inferna non esse ». Puis à la tin : « ProQteor etiam aeternos ignés et infernales flammas factis capiialibus praeparatas, quia persévérantes in finem humanas culpas merilo sequitur divina senientia. •
3. A propos de Lucidus, on s'est demandé s'il avait réellement existé, au x" siècle, une secte un peu importante de prédestinations. Ce qui a pu faire prendre le ch ange sur celte question est le témoi-
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de présenter en un corps de doctrine ce qui avait été décidé à propos du prédestinatianisme à Arles et à Lyon. Il se mit au travail, et écrivit le traité De gratia lihri duo\ l'ouvrage qui devait rallumer la querelle. Les idées de Fauste ont été diversement appréciées, quelques critiques ne voyant dans ses formules semipélagiennes que des exagérations de parole contre le prédestinatianisme^; d'autres y trouvant la doctrine semi-pélagienne parfaitement caractérisée et même rapprochée du pélagianisme rigoureux 2. Quoi qu'il en soit de ce dernier jugement, le semi-pélagianisme de Fauste ne paraît pas douteux. Fauste, sans doute, déclare repousser absolument l'erreur de Pelage (i, 1, 2)'*; il dit qu'il faut attribuer « primas partes soli gratiae » (i, 5); cette grâce est le principe de la bonne volonté et du commencement des bonnes œuvres : « Nihil hic, ut opiner, redolet praesumptionis, cum et hoc ipsum incessabiliter asseram quod Deo ipsam debeam voluntatem, praesertim cum in omnibus eius motibus ad opus gratiae referam vel inchoationis initia vel consummationis extrema » (11, 10). Néanmoins, Tévêque de Riez semble bien accorder à la volonté
gnagedu Praedestinatus (P. L., tom. LUI), qui prétend nous donner, au livre H, la teneur d'un ouvrage de la secte circulant sous le nom de saint Augustin, et poussant à l'extrême ses vues sur la prédestination. Mais ce n'est là qu'un pamphlet ingénieux, œuvre de quelque pélagien dissimulé, et qui a dû voir le jour à Rome ou en Italie entre les années 432-445 (v. Hans von Schubert, Der sogenannte Praedestinatus, Texte und Untei's., N. F., IX). S'il a existé au v« et au vi« siècle quelques prédestinatiens isolés, on cherclierait en vain une secte de ce nom constituée et organisée.
1. Engf.lbr., 3 et suiv.; P. L., LVIII, 783 et suiv. On remarquera que les divisions de P. L. ne correspondent pas absolument à celles d'Engelbrecht.
2. Par exemple J. Heller, Fausti Regiensis fides in exponenda gratia Christi, Mnnachii, 1854.
3. Cette dernière opinion est celle notamment de R. Seeberg, Lehrb. der DG., II, 516.
4. Toutes les références sans autre indication se rapportent au De gratia.
libre — dont il maintient énergiquement l'existence et l'action ^ — la capacité de désirer, de souhaiter, d'appeler la grâce dont elle a besoin pour se relever, vouloir efficacement et faire le bien : « Hominis formater et rector bonae voluntatis homini deputavit usum, sibi reservavit effectum » (i, 9). « In centurione Cornelio, quia praecessit voluntas gratiam, ideo praevenit et gratia regenerationem » (ii, 10). « Clamât voluntas, quia sola per se éleva ri nescit infirmitas. Ita Dominus invitât volentem, ad trahit desiderantem, erigit adnitentem » (i, 16). En ce dernier endroit, Fauste même paraît aller plus loin, et réduire toutes les grâces à n'être que des grâces extérieures : « Quid est autem adtrahere nisi praedicare, nisi Scripturarum consolationibus excitare, increpationibus deterrere, desiderandaproponere, intentare metuenda, iudicium comminari, praemium polliceri? »
A tous la grâce est offerte, et à tous, même à ceux dont Dieu a prévu la désobéissance, elle donne « velle et posse » (i, 16; ii, 4); mais elle ne force personne : « Placere Domino Deo suo et potuitnoUe qui voluit, et potuit velle qui noluit » (i, 11). Dieu n'impose donc pas aux hommes leur sort final, et dès lors rien n'est plus facile à résoudre que le problème de la prédestination. Autre chose en effet est la prédestination, et autre chose la prescience. Celle-ci voit simplement ou prévoit ce qui sera ; celle-là décrète et fait que ceci ou cela sera (ii, 3). Or Dieu prévoit simplement ce que nous serons par notre volonté libre, et d'avance, mais en conséquence de cette prescience, nous couronne ou nous condamne ; mais il ne nous prédestine pas au ciel ou à l'enfer indépendamment de cette prescience : « Quid de nobis praescire ac praeordinare debeat
i. Voyez I, 7, 8, 9, 16; 11,8. 9.
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Deus, quantum pertinet ad futurum, in profectu hominis defectuque consistit » (ii, 2, 3). Fauste ne veut pas que l'on parle de prédestination même dans le cas des saints Innocents : le diable les a fait tuer et, à cette occasion, Dieu les a couronnés (ii, 3). Quant à savoir pourquoi certains enfants meurent après avoir reçu le baptême, d'autres sans l'avoir reçu, c'est là un problème obscur, insoluble, et Ton n'y doit chercher aucune lumière pour éclairer des questions pour lesquelles nous avons des données positives de solution, comme celle du libre arbitre (i, 13).
L'écrit de Fauste ne fit pas scandale d'abord, et pendant toute la fm du v'' et les premières années du VI* siècle, les provençaux continuèrent de soutenir en paix leurs opinions. Elles transparaissent notamment dansleDe scriptoribus ecclesiasticis (38, 61, 84, 85) et le De ecclesiasticis dogmatibus (21, 56)^ de Gennade de Marseille. Mais le livre de Fauste fut apporté à Constantinople, et tomba entre les mains de ces moines scythes dont il a été question à propos des controverses christologiques-. Sa doctrine les choqua. Dans la De Christo professio qu'ils adressèrent aux légats d'Hormisdas à leur arrivée en 419, ils déclarèrent que, depuis le péché originel, le libre arbitre ne peut désirer que « carnalia sive saecularia », et se trouve impuissant à penser et vouloir, sans l'infusion du Saint-Esprit, quoi que ce soit se rapportant à la vie éternelle^. En même temps, et pour se renseigner sur
1. Le chap. 56 peut avoir été interpolé; mais les chapitres 22-51, qui reproduisent les décisions du concile d'Orange de 529, sont sûrement une interpolation. — Quant aux Commentarii in psalmos (P. L., LUI, 3-27), souvent attribués à Arnobe le Jeune, et qui sont fort opposés à la prédestination augustinienne, ils sont plutôt originaires d'un milieu romain, et antérieurs peut-être à Xyste ni (L. Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, III, p. 283).