‹ Histoire des dogmesChapitre 287 sur 426 · Homil. I, 14, col · texte numérisé non relu

Homil. I, 14, col

3. Texte dans Thiel, Epistolae romanorum pontificum genuinae. — On remarquera que la phrase « et in obsequium plebis tuae panem et vinum in corpus et sanguinem Filii lui immaculatabenedictione transforment [presbyteri] », attestée dans la liturgie romaine par le Missale francorum et le Sacramentaire ^éiasie??, est en réalité d'origine gallicane. Cf. Bulletin d'une, littéral, et d'archéologie chrétiennes, I (19H , p. 55.

4. Voici le texte entier : « Certe sacramenta quae sumimus corporis et sanguinis Cliristi divina res est, propter quod et per eadem divinae

valable, il ne suffit pas, comme on le voit, que la mineure affirme que, dans Teucharistie, sont conservés les accidents, espèces ou apparences du pain et du vin — car les monophysites ne niaient pas que Jésus-Christ ne se présentât extérieurement comme un homme, — il faut qu'elle affirme que les éléments eucharistiques, même consacrés, même « passant en une substance divine », conservent néanmoins leur nature propre de pain et devin. C'est bien, semble-t-il, ce que dit Gélase : « esse non desinit substantia vel naturapanis etvini... permanentes tamen in suae proprietate naturae ». On l'a contesté, il est vrai, et l'on a essayé d'interpréter bénignement ses paroles^. De fait, elles peuvent s'excuser, mais plus probablement, je crois, en faisant appel à une autre considération : c'est que Gélase ne donne pas ici un enseignement personnel, ne reproduit même pas l'enseignement romain et latin : il transcrit simplement, dans un ouvrage de polémique, et sans y prendre assez garde, des considérations qui ne sont pas siennes. On sait en effet que le traité De duabus naturis dépend de sources grecques et spéciale-

efficimur consortes naturae; et tamen esse non desinit substantia vel natura panis etvini. Etcerte imago et similitudocorporis et sanguinis Christi in actione mysteriorum celebrantur. Satis ergo nobis evidenter ostenditur hoc nobis in ipso Christo domino sentiendum, quod in eius imagine profitemur, celebramus et suraimus: ut sicut in hanc, scilicet in divinam transeunt, sancto Spiritu perficiente, substantiam, permanentes tamen in suae proprietate naturae; sic illud ipsum mysterium principale, cuius nobis efficientiam virtutemque veraciter repraesentant, ex quibus constat proprie permanentibus, unum Christum. quia integrum verumque, permanere demonstrant » (Thiel, op. cit., p. 541, % 14). V. sur cette question J. Lebreton, Le dogme de la transsubstantiation et lachristologfe anliochiemie du V" siècle, dans les Etudes, tom. CXVn(1908), p. 477-497.

i. Ita LEBKEiqy, lac. cit., G. Rausciien, Eucharistie und Busssakrament, p. 25, 26; et déjà J. Nikscul, Lehrbuch der Patrologie, lU, p. 329, note 2. II paraît contradictoire en eiïet que les éléments eucliaristiques « passent en une substance divine ", et en même temps persévèrent dans leur nature propre.

ment antiochiennes ^ D'autre part, l'argument formulé par Gélase se retrouve précisément dans V Eranistes de Théodoret et dans la lettre à Césaire du Pseudo- Chrysostome^. Si on remarque de plus que, dans cet argument, l'attribution au Saint-Esprit de la transformation des oblata ^ accuse évidemment un emprunt aux grecs, on conclura sans difficulté que ces quelques lignes ne contiennent ni une idée personnelle du pape ni l'expression de la tradition latine : elles ne sont que la reproduction faite sans assez peser sa valeur, d'un des chefs d'attaque de la théologie orientale contre le monophysisme.

Gélase ne fut pas d'ailleurs le seul à se montrer peu favorable, par crainte de favoriser l'hérésie, à l'idée de conversion des éléments eucharistiques. On trouve dans Facundus d'Hermiane, avec le même souci, un passage qui soulève des difficultés semblables'.

C'est aux paroles de Jésus-Christ prononcées à* la dernière cène, nous lavons dit ailleurs, que Ton attribuait très fermement en Occident, au iv® siècle, la consécration du pain et du vin et la présence du Sauveur sur l'autel. Mais, à partir du v'' siècle, si l'on n'en jugeait qu'à la surface, il semblerait qu'un certain flottement sur ce point se produit dans plusieurs parti«^s

1. V. L. Saltet, Les sources de V Eranistes de Théodoret {lirage à part), p. 52 et suiv.

2. V. plus haut, p. 249-251. Ms"^ Batiffol l'a retrouvé encore dans les Con/Mia^2onesd'EuTHERiLSDETYANE(P. G., xxvni, 1337-4393), composées entre 431 et 433 {Revue du Clergé français, f. LX (1909), p. 530-534).

3. « In divinam transeunt, sancto Spiritu perficiente, sul)stantiam. •

4. Pro defensione trium capitulorum, IX, 5 (P. L., LXVII, 7b2, 763). C'est bien dans ce sens, j'incline à le croire, qu'il faut entendre le texte de Facundus, et non dans le sens d'une négation de la présence réelle. Pour Facundus, le sacramenium corporis et sanguinis Christi est le pain et le vin consacrés : ce sacramenium contient le mysterium corporis sanguinisque Christi, et, parce que le contenant peut se prendre pour le contenu, on peut l'appeler corps et sang du Sauveur. La présence réelle était une croyance trop générale pour que Facundus l'ait mal connue.

lA THÉOLOGIE LATINE DE 430 A 771. 381

de l'Église latine. D'abord, on constate un progrès de ridée, venue des grecs, que la sanctification des offrandes est l'œuvre du Saint -Esprit. Puis, l'usage liturgique se divise. A côté de la liturgie romaine, on voitparaître les liturgies de type gallican dérivées des liturgies orientales, et qui toutes, en principe du moins, contiennent l'épiclèse. Les formules épiclétiques ont pu directement suggérer l'idée que je viens de dire : en tout cas, elles n'ont pu que la fortifier; mais de plus, par leur teneur et par la place qu'elles occupent après les paroles de l'institution, elles risquaient de faire attribuer à l'épiclèse exclusivement, ou au Saint-Esprit invoqué dans l'épiclèse, la consécration effective des éléments eucharistiques. A ce danger ni saint Fulgence ni saint Isidore ne paraissent avoir complètement échappé. Le premier, se demandant pourquoi l'Eglise sollicite, dans l'offrande du sacrifice, la descente du seul Saint-Esprit « ad sanctifîcandum oblationis nostrae munus », répond entre autres choses : « Quando autem congruentius quam ad consecrandum sacrifîcium corporis Christi sancta Ecclesia (quae corpus est Christi) Spiritus sancti deposcat adventum ? quae caput suum secundum carne m de Spiritu sancto noverit natum^. » De son côté, saint Isidore, parlant de l'épiclèse de la messe mozarabe, SL\)^e\ée conformation écrit: « Exhinc succedit conformatio sacramenti, ut oblatio quae Deo offertur, sanctifîcata per Spiritum sanctum, Christi corpori ac sanguini conformetur^ » ; et un peu plus loin : « Haec autem [scil. panis et vinum) dum sunt visibilia, sanctifîcata tamen per Spiritum sanctum, in sacramentum divini corporis transeunt ^ » . Autrement

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