Mansi, n
3. C'est la raison que fera valoir Boileau pour exclure du théâtre les mystères chrétiens.
(le Constantin, Constantia, qui lui avait demandé une image du Christ'. Constantia, écrit-il, lui a demandé une image du Christ : mais de quelle image veut-elle parler? Désire-t-elle une image du Verbe qui est en Jésus-Christ? Mais le Père seul connaît le Fils comme il doit l'être. S'agit-il d'une image de son humanité glorifiée? Mais comment représenter par d'inertes couleurs cette humanité transfigurée et toute immergée dans la lumière divine? Veut-elle enfin une image de l'humanité avant la résurrection et l'ascension? Mais Constantia ignore-t-elle la défense des Livres Saints de faire aucune image de ce qui est sur la terre ou dans les cieux? Il ne lui accordera donc pas ce qu'elle demande; et l'évêque de Césarée, pour appuyer son relus, ajoute qu'ayant trouvé lui-même une femme tenant en ses mains des images qu'elle croyait être de Notre-Seigneur et de saint Paul, il les a confisquées, pour empêcher que pareille pratique ne s'introduisît dans le vulgaire, et que Ton ne semblât, comme les idolâtres, porter Dieu dans une peinture.
J'ai analysé en détail cette lettre d'Eusèbe, parce que les raisons qu'il fait valoir contre la possibilité de représenter le Sauveur glorifié seront reprises plus tard : elle deviendront une sorte de lieu commun opposé par les iconoclastes à leurs adversaires 2.
i. PiTHA, Spicil. solesm., 1,383-386. Eusèbe manifeste le même sentiment dans son Hist. ecclés., VII, 18, où il excuse l'érection de la statue de Jésus-Christ, à Panéas, par des restes de préjugés païens.
2. Après l'opposition du concile d'ElvIre et celle d'Eusèbe, on signale généralement, pour le iv^ siècle, celle de saint Épiphane. Une lettre adressée par lui à Jean de Jérusalem, vers 394, et dont on ne possède que la traduction latine faite par saint Jérôme (P. G., XLIII, 390; P. L., XXII, o"2G), contient en effet au n" 9 le récit d'un incident de voyage assez caractéristique. Saint Épiphane y rappelle qu'étant entré à Anablatha dans une église, il y avait trouvé un voile portant l'image de Jésus-Christ ou d'un saint. <- Cum ergo hoc vidissem, continue-t-il, et deteslatus essem in ecclesia Christi, contra auctoritatem Scripturarum, hominis pendere imaginem, scidi illud. » Le voile déchiré, il conseilla
§ 2. — L'usage et le culte des images pendant les VI" et VU" siècles.
Malgré les protestations dont il vient d'être question, l'usage des images était, on l'a vu, à peu près général dans l'Église à la fm du v^ siècle. Les siècles suivants virent cet usage s'étendre encore, et il est inutile, je crois, à cause de la notoriété du fait, d'en apporter la preuve.
Le culte était moins apparent ; mais il se développe, et même on en fait la théorie au vi^ et au vu® siècle : « Adoramus omnem crucem, écrit le diacre Rusticus, mêlé à l'affaire des trois chapitres, et per ipsam illum cuius est crux ; non tamen crucem coadorare dicimur
aux gardiens du lieu d'en faire un linceul pour envelopper un mort; et maintenant, il envoie à son correspondant un autre voile pour remplacer le premier, mais en ajoutant ,: « Et precor ut iubeas presbyteroeiusdem loci accipere vélum alectore quod a nobis missura est. et deinceps praecipere in ecclesia Christi istiusmodi vêla quae contra religionem nostram veniuni non appendi. Decet enim honestatem tuara hanc magis habere sollicitudinem ut scrupulosilatem tollat, quae indigna est ecclesia Christi et populis qui tibi crediti sunt. » Il paraissait déjà assez invraisemblable que saint Épiphane, qui a tant voyagé, n'eût pas remarqué jusqu'à cette époque le développement pris par l'art chrétien à la fm du iv« siècle. Mais une découverte de M. D. Serruys a rendu tout à fait problématique l'authenticité de ce passage de la lettre d'Épiphane. Ce passage en effet s'est retrouvé en grec dans un ouvrage inédit du patriarche Nicéphore de Constantinopie contre le concile iconoclaste de 815 (cf. infra, p. 470). Or, de la comparaison du texte grec avec la traduction latine, il appert manifestement, d'abord que cette traduction, absolument lâche et peu scrupuleuse, ne saurait être attribuée à saint Jérôme; puis que ce fragment qui, dans le grec, a son introduction propre, a été ajouté après coup à la lettre de l'évèque de Constanlia, Quelle est donc son origine? Nicéphore nous l'apprend en indiquant qu'il apparut pour la première fois dans un recueil iconoclaste de textes des Pères, les uns authentiques, d'autres apocryphes, contraires aux saintes images. M. Serruys n'hésite pas à regarder celui-ci comme un faux (Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 190i, p. 360-363). — Au VH* concile général, on cita de saint Epiphane un autre fragment qui condamnait lusage des images dans les églises et les cimetières, et que le concile rejeta comme apocryphe (Mansi, Xin, 292 et suiv.].
Christo, nec perhoc iina est crucis et Cliristi natura ' . » Evagrius (vers 593) rapporte un miracle arrivé à Apamée pendant Fostension et l'adoration de la croix 2; et Ton sait qu'un des reproches faits aux pauliciens était précisément de ne point adorer la croix.
D'autre part, nous sommes au moment où fait son chemin en Orient la croyance aux images de Jésus- Christ ou de la Vierge àj^eipo7roir)Tat, c'est-à-dire non faites de main d'homme, et ayant une origine miraculeuse. L'histoire de celle de Notre-Seigneur envoyée par lui au roi d'Édesse, Abgar, est déjà racontée à la fin du iv^ ou au début du v^ siècle par la Doctrine d'Addaï syriaque^. Evagrius connaît les destinées subséquentes de cette image, et sait comment, grâce à elle, la ville dÉdesse a été protégée contre les attaques de Chosroès^. Le voile de sainte Véronique a sa plus ancienne attestation dans la Mors Pilati, dont la première rédaction remonte au milieu du iv^ siècle ^\ Zacharie de Mitylène (vers 562) parle d'images analogues, et des temples élevés pour les recevoir ^. De pareils récits ne pouvaient qu'encourager le culte rendu aux images, et aussi le voyons-nous, à cette époque, s'affirmer nettement. Le VIP concile général, dans sa cinquième session, a cité une lettre de saint Siméon Stylite le Jeune (-{- 596) à Tempereur Justin, réclamant la punition de malfaiteurs qui ont, dans une église, profané l'image du Fils de Dieu et de sa sainte Mère : c'est, aux yeux de Siméon, une impiété et une