‹ Histoire des dogmesChapitre 350 sur 426 · Lib. Pont if., I · texte numérisé non relu

Lib. Pont if., I

3. P. G., XCIV, 1232-1420. On y peut ajouter ce que l'auteur a écrit sur les images dans le De ftde orthodoxa, IV, 16, mais qui n'est qu'un pâle abrégé des discours.

mier probablement de 726, le deuxième de 730 environ, le troisième d'un peu plus tard. Ils offrent un fond d'idées commun, et plusieurs passages de rédaction presque identique. Chacun d'eux se termine par une série de témoignages patristiques '.

En voici le résumé doctrinal :

Dieu sans doute est invisible, illimité, absolument incorporel : on ne peut donc le représenter tel qu'il est dans une image sensible, bien qu'il se soit fait connaître aux prophètes sous des images ou espèces purement intelligibles (i, 4; ii, 7, 11; m, 4, 9, 24). Mais ce Dieu s'est fait homme, et comme tel on peut le peindre et le représenter : ou t/jv aopaTOv g'.xovti^w OeoTviTa, àXX' etxovtÇoi ÔÊou Tr,v ôpaôeiaav «rotpxa (i, 4, 16; m, 6). De même, on peut représenter la Vierge, les saints, et généralement tous les êtres corporels (i, 19; m, 24). Quant aux anges, aux démons, et aux âmes humaines, on les peut représenter aussi; car bien quils soient immatériels si on les considère par rapport aux corps terrestres, ils ne sont pas absolument simples, ils sont corps (ffwjxaTa) si on les compare à Dieu : ils sont finis, circonscrits, limités à un lieu, et c'est sous des images ou figures qu'ils nous ont été révélés (m, 25). — Voilà pour la possibilité des images religieuses.

Mais est-il permis d'en faire et d'en user?

On objecte à cette permission les prohibitions de TAncien Testament. Elles n'étaient pas aussi absolues qu'on le prétend (i, 20; ii, 9; m, 9); et de plus elles sont abolies, car nous ne sommes plus sous le règne de la Loi, mais sous celui de la Grâce; nous ne sommes

1. Plusieurs de ces témoignages sont apocryphes. Quelque remarquables d'ailleurs que soient ces discours au point de vue théorique, ils portent la maïque de la décadence. La critique historique y est parfois en défaut, et l'auteur paraît disposé à tout accepter en fait de merveilles et de légendes favorables à ses vues.

plus des enfants : nous sommes à l'âge mûr du Christ (I, 6-8; II, 7,8; m, 8). Dieu, en se rendant visible, nous a en quelque sorte incités à faire son image visible (ii, 5). Du reste, l'usage et la tradition de l'Église sont là qui autorisent les images ; et cette tradition, même en dehors de l'Écriture, est suffisante (i, 23; ii, 16). Et puis, est-ce que les images ne sont pas partout? Est-ce que Dieu n'est pas Fauteur de multiples images? Le Fils est limage du Père (i, 9; m, 18) ; en Dieu se trouve l'image de ce qu'il doit créer (i, 10 ; m, 19) ; le monde et l'homme surtout sont l'image de Dieu, de la Trinité 1,11; III, 20) ; tout l'Ancien Testament n'est qu'une figure et une image du Nouveau (i, 12; m, 22); et qu'est-ce que l'histoire, que sont les monuments du passé, sinon des images de ce passé? (i, 13; m, 23).

L'usage des images est donc légitime.

Peut-on en dire autant du culte qu'on leur rend?

On objecte, pour nier la légitimité de ce culte, que les images sont de la matière, qu'elles sont créées, et que le culte n'est dû qu'à Dieu. C'est vrai : les images sont en soi de la matière, elles sont créées; mais il s'agit précisément de savoir si les choses créées et matérielles ne peuvent être l'objet d'une vénération et d'un culte. Or, est-ce que le corps et le sang de Jésus-Christ ne sont pas matière et créés? Et cependant nous les adorons. Est-ce que la croix, les calices, les instruments du culte ne sont pas matériels? Et cependant nous les honorons. Ne médisons donc point de la matière : ce serait du manichéisme : (Jir, xaxi^s -crjv •jXyjV ou y^P antxoç (i, 16; II, 13, 14).

D'ailleurs, il faut distinguer plusieurs sortes de culte. Le culte rendu aux images n'est pas un culte absolu, mais relatif, qui se rapporte, en définitive, à l'original. C'est le grand principe proclamé par saint Basile: ^'^c(.p'vri<; Ely.6vo:i':vj.ri -nfoq-zo^ TrponoxuTTOv ôiaSaivei

(i, 21). Ensuite, autre chose est l'adoration de latrie (fj Trj; Xaxpeiaç Trpoaxuvyicrtç), autre chose Tadoration de respect (ri U Ttij!.9]c; irpoaaYoalv/]), qui a pour objet les personnes ou les choses en qui se trouve quelque excellence ou quelque dignité spéciale (i, 8, 14) : car le mot 7rpoc7xuv7]criç signifie bien des sentiments : le respect, iamour, la crainte révérentielle, la sujétion, l'humiliation (m, 40). Or, l'adoration de latrie ne se rend qu'à Dieu; malheur à qui adorerait ainsi les images! (i, 16; II, 11; III, 9, 40); mais la vénération, l'hommage, la Tirpoaxuvy^at!; tiijlvitix-/i peut et doit se rendre à tout ce qui est revêtu de quelque dignité (m, 40) : hommage religieux, s'il s'agit de choses ou de personnes ayant une excellence religieuse, tels les saints, les reliques' les objets du culte, la Bible ; et c'est dans cette catégorie que rentrent les images de Notre-Seigneur et des saints (m, 33-36) : hommage civil, s'il s'agit de personnages ayant une prééminence dans l'ordre social, tels que nos maîtres, les princes, etc. [m, 37-39).

L'essentiel de sa démonstration achevé, saint Jean Damascène n'oublie pas, pour la fortifier encore, de rappeler la multiple utilité des images.

Elles sont un moyen d'instruction : c'est le livre des ignorants : 077£p -roï; yçxxi/.y.ctai [A£avr,u,£voi(; ^ j3(êXo; touto xai Toîç aYpafjLjxoc-oiç fl eixtov (i, 17).

Elles sont des mémoriaux qui nous font souvenir des bienfaits deDieu etdes mystères de Notre-Seigneur (I, 18).

Elles sont de puissants excitants pour le bien : les exemples des saints qu'elles mettent sous nos yeux nous portent à les imiter (i, 21).

Et enfin elles sont, d'une certaine manière, des canaux de la grâce. C'est ici une conception propre à la théologie grecque : les images sont des sortes de sacrements; elles ont reçu une vertu sanctificatrice en

considération des personnages saints qu'elles représentent : Xapiç SiSorai 6cta xaîç uXaiç oià t^ç aixoviÇoijLSvtov 7rpoar,Yop(aç (i, col. 1264 ; i, 16 ; ii, 14).

Telle est, dans ses grandes lignes, l'apologie que, dans le second quart du viii^ siècle, saint Jean Damascène présentait des saintes images. Comme on a pu le voir, il avait élargi le débat et rattaché très habilement la question du culte et de l'emploi des images à la question du rôle joué par les rites et objets sensibles dans l'œuvre de notre salut et de notre sanctification, à la question de la possibilité pour la matière d'être sanctifiée et élevée à un état surnaturel. C'était un terrain solide, et où l'on ne pouvait l'attaquer sans attaquer les coutumes les plus universellement reçues. Mais d'ailleurs, et pour tout conclure, il déclarait énergiquement — et cette déclaration lui était plus facile qu'à d'autres, puisqu'il vivait hors des limites de l'empire — qu'il n'appartenait point à l'empereur de trancher cette question de la légitimité des images, et que le prince n'avait, pour le faire, ni autorité, ni compétence : 2uvoS(ov xauxa où paaiXswv (i, col. 1281). Ou paoïXeoiV Ictti vouioOsTêiv t9j 'E)cxX-/;(7ia... ^aai- Xswv IffTiv "^ TToXiTiXT) EUTcpa^ia* rj Se exxXYiffiaffxixy) xaxàffxaaiç 7roi[X£vojv xai StSaGxaXojv (i, 12). Plût à Dieu que les Grecs se fussent souvenus plus souvent de ces principes !

§ 4. — Constantin Copronyme et le concile d'Hiéria.

Léon l'ïsaurien mourut le 18 juin 740. En somme, il n'avait poussé que mollement à la destruction des images et, seules, les provinces d'Asie Mineure, où se trouvait la force du parti iconoclaste, s'étaient, sous son règne, détachées de l'orthodoxie. Mais le lils de Léon, Constantin V surnommé Copronyme, qui lui succéda, était

bien décidé à réaliser jusqu'au bout le programme paternel, et à vaincre, coûte que coûte, toutes les résistances. Grâce à son fanatisme, le conflit prit un degré d'acuité atroce : il sembla que, dans l'empire, on était revenu aux plus mauvais jours des persécutions païennes.

Copronyme fut cependant empêché d'abord d'exécuter ses projets par une révolte de son beau-frère Artavasde, qui s'empara momentanément de Constantinople, et rétablit le culte des images (741). Le succès de ce mouvement fit-il comprendre à Constantin qu'il devait ménager un peu l'opinion de ses sujets? C'est possible; car, rentré en possession de sa capitale (novembre 742), il maintint jusqu'en 753 la tolérance relative à laquelle son père s'était résigné. Mais en 753, il se mit à l'œuvre de sa réforme.

11 lui parut qu'avant tout — chose négligée jusque-là — il fallait obtenir de l'ensemble de Tépiscopat une décision doctrinale et des anathèmes sur lesquels l'Etat appuierait ses décrets de répression. Un concile fut convoqué au palais d'Hiéria, qui s'ouvrit le 10 février 753 et compta trois cent trente-huit évêques. Les patriarcats d'Antioche, de Jérusalem et d'Alexandrie non plus que le pape n'y furent pas représentés, ce qui n'empêcha pas l'assemblée de se proclamer œcuménique. Théodose d'Éphèse présidait. Les actes du concile sont perdus ; mais nous avons son ô'poç ou décision finale, suivie des anathématismes, conservés dans les actes du VIF concile général*. On y déclare à la fois impossible et illicite de faire des images religieuses, d'en user et de leur rendre un culte. En ce qui concerne en particulier l'impossibilité de peindre des images de Jésus-Christ, la raison alléguée est celle qui a été rap-

1. Sixième session, Mansi, XIII, 208-3oG. Le texte, imprimé en italiques, est coupé par fragments, suivis chacun d'une réfutation.

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portée plus haut : car, dit-on. ou bien l'artiste prétend représenter tout Jésus-Christ, homme et Dieu, et alors il circonscrit la divinité et confond les natures ; ou bien il prétend ne représenter que l'humanité, et il divise ce qui doit être uni; il fait un corps àôscorov, il tombe dans ie nestorianisme, et ceux qui vénèrent cette image partagent son hérésie ^ L'unique image que le Sauveur nous ait donnée de lui-même est l'eucharistie, le pain et le vin consacrés-. Quant aux images de la Vierge et des saints, elles sont interdites par l'Église, qui repousse les idoles et l'idolâtrie ^. Les saints, d'ailleurs, vivent avec Dieu, et c'est une impiété que d'essayer de prolonger, par les images, leur vie terrestre : c'est les déshonorer que de représenter leurs personnes glorieuses par une vile matière ''. Suit une série de textes de l'Ecriture et des Pères pour appuyer ces raisons. Puis le concile décrète que toute image peinte ou de quelque nature qu'elle soit doit être rejetée de l'Église comme contraire à la foi et abominable ^ ; que si quelqu'un ose en faire, en adorer, en exposer dans l'église ou dans sa demeure ou en cacher, il sera déposé, s'il est évêque, prêtre ou diacre; il sera excommunié s'il est moine ou laïque^^. On défend cependant de mettre la main, sous prétexte de détruire les images, sur les vases sacrés et autres objets du culte qui pourraient en porter ^.

A la suite de ces dispositions viennent les anathèmes du concile qui reproduisent, sous une autre forme, ses décisions doctrinales. Le dernier était porté contre

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