‹ Histoire des dogmesChapitre 394 sur 426 · Œuvres dans P. L., XCVIH, Cil · texte numérisé non relu

Œuvres dans P. L., XCVIH, Cil

ainsi dire, que par occasion qu'il dut traiter la question dogmatique du Filioque.

Plus célèbre que lui est l'évêque d'Orléans, Théodulphe (év. vers 785, f 821)', d'origine gothique italienne ou espagnole, et que Charles sut attirer en France. Esprit cultivé et de beaucoup de lecture, également versé dans les lettres sacrées et profanes, poète à ses heures et tenu en grande estime pour sa science théologique, Théodulphe réalisa assez complètement le type de l'évêque suivant le cœur de l'empereur. 11 mourut cependant en captivité, impliqué, très probablement à tort, dans une révolte contre Louis le Débonnaire. Cinq ans avant lui était mort (en 816) un autre ami de Charlemagne, Leidrade-, bavarois de naissance et archevêque de Lyon de 798 à 814, dont il ne reste en fait d'écrits qu'un traité du baptême et quelques lettres, mais qui fut activement mêlé à la querelle adoptianiste.

Tous ces auteurs appartiennent à la France. En dehors d'eux il faut signaler, en Espagne, l'évêque Heterius d'Osma et l'abbé de Libana, Beatus, les premiers opposants que rencontra l'erreur adoptianiste d'Élipand et de Félix d'UrgeF. En Italie surtout, il faut nommer le patriarche d'Aquilée, Paulin II (év. v. 787, -{-802). Il était l'ami d'x\lcuin et, comme lui, avait cultivé la grammaire et la littérature profane en même temps que les sciences sacrées. Il reste de lui, avec quelques lettres et quelques traités de polémique, un manuel de morale chrétienne imité de Julien Pomère^.

1. Œuvres dans P. L., CV. Travaux : L. Bauxaud, Théodulpfie, évêque d'Orléans, Orléans, 18G0. E. Rzehclka^ Theodulf, Bischof von Orléans, Breslau, 1875. Ch. Coissart, Théodulphe, évêque d'Orléans, sa vie et ses œuvres, Orléans, 1892.

â. œuvres dans P. L., XCIX.

s. œuvres dans P. L., XCYI.

i. ŒmTes dans P.L., XGIX. Travaux : C, Gjxyyo^i, Paulinus II, Pair.

Ces noms, si 1 on excepte celui d'Alcuin, paraîtront bien effacés à côté de ceux qui ont été cités au commencement et au milieu de ce volume, et plus encore dans le volume précédent. Mais, pour être tout à fait juste, il ne faut pas juger ces hommes uniquement sur ce qu'ils ont produit : il convient de tenir compte du temps où ils ont vécu et des difficultés qu'ils ont dû vaincre. On admirera davantage alors la ténacité et la puissance intellectuelles qu'ils ont déployées pour s'affranchir de la barbarie qui les pressait, et pour rester fidèles au passé glorieux dont ils recueillaient l'héritage.

§ 2. - Controverse trinitaire. Le Filioque'.

On s'est occupé, sous le règne de Charlemagne, de la question du Filioqiie à deux points de vue différents. D'un côté, l'empereur et roi adopte l'usage de faire réciter à la messe, dans ses états, le symbole de Constantinople avec l'addition du Filioque, et presse le pape, qui s'y refuse, d'adopter pour l'Eglise romaine le même usage. Le pape et le prince sont d'accord sur le fond doctrinal : ils ne sont séparés que par une question de formule et d'opportunité. D'un autre côté, on commence à discuter contre les Grecs sur la doctrine même de la procession du Saint-Esprit a Filio. Le débat ne porte plus sur une formule, il porte sur la vérité que cette formule traduit : le prince et le pape sont unis contre un adversaire commun. Il est essentiel de distinguer ces deux aspects de la question, qui n'ont

von Aquileia, Wien, 1856. G. Foscuia, S. Paolino, pair. d'Aquileia ecl il suo seculo, Udine, 1884.

1. V. sur ce paragraphe : G. Dldois, De conciliis et IheologicU disputationibus ajmd Francos, Carolo Magno régnante, habitis, Alençon,

pas, comme on peut le voir, la même importance dogmatique. Et c'est pourquoi, pour plus de clarté, j'en traiterai séparément, bien que l'histoire les ait parfois mêlés.

Nous avons dit plus haut que, dès le v^et levi^ siècle, à la suite de saint Augustin, la doctrine de la procession du Saint-Esprit a Pâtre et Filio était universellement admise dans l'Eglise latine. Non seulement les docteurs l'enseignaient, mais elle avait pénétré dans certaines professions de foi particulières, comme celle de Pastor de Galice, et dans le symbole Quicunque f'w/^ dont l'autorité devait être si grande'. Restait qu'elle fût introduite dans le symbole officiel et dans la liturgie : ce futl'œuvre des Espagnols d'abord, puis de Charlemagne et enfin des papes.

C'est en 589, au concile assemblé à Tolède^ pour l'abjuration solennelle de l'arianisme par Récarède et ses sujets, que nous trouvons pour la première fois le symbole de Constantinople récité avec l'addition (équivalente) du Filioque. Dans cette réunion, le roi lut d'abord une déclaration de foi composée par lui-même. Il y ajoutâtes symboles deNicéeet de Constantinople, ce dernier avec la formule : « Credimus et in Spiritum sanctum dominum et vivificantem, ex Pâtre et Filio procedentem^. » Puis, les évêques goths nouvellement convertis émirent vingt-trois anathèmes, dont le troisième définissait encore la même doctrine ; et enfin le synode, sur la demande de Récarède, ordonna que, dorénavant, le symbole de Constantinople serait, à l'imitation des Grecs, récité àla messe avant le Pater — avec l'addition faite par le roi évidemment''. Du même

1. V. K. KuENSTLE, Aniipriscxlliana^\>. 46etsuiv., qu'on ne suivra pas aveuglément.

Page 1