Ibid., III
G. « Ita divinaScripturaloquilur utea quaecapitissunt, idest Christi, releranturad corpus, id est Ecclesiam, et ea quae corporis sunt ascril)antur capiti. — Nihil enimhabere potest Ecclesia quodadvitam etpie-
voyaient dans la filiation — nous l'avons déjà dit, et c'est la cause fondamentale de leur erreur — un attribut non de la personne mais de la nature, étaient persuadés que leur opinion était une conséquence de la dualité des natures en Jésus-Christ, et n'hésitaient pas à traiter leurs adversaires d'eutychiens et de docètes : Elipand les traitait même d'ariens et de bonosiens '. Reste, avant de reprendre l'histoire de Tadoptianisme, à se demander d'où venait cette erreur et pourquoi l'Espagne l'accueillit avec tant de facilité : car l'affaire de Migetius peut bien expliquer l'attitude d'Elipand, mais non celle de Félix et de ses amis. Or, on a voulu rattacher l'adoptianisme soit au monothéisme musulman, soit à l'arianisme visigothique, soitauphotinianisme -. Mais il est trop évident qu'il est en dépendance du système nestorien, qui tend à faire de l'humanité du Christ une personne en soi : les écrits de Félix et d'Elipand contiennent des formules absolument
tatem pertineat, nisi quod a capite suo, id est Christo, acceperit » (ap. Agorard, Lib. adv. Felic, XXXVU). La conclusion est à l'inverse de celle de saint Atlianase. De ce que Jésus-Christ est pour nous le principe, par sa rédemption, de notre filiation adoptive, saint Athanase concluait qu'il est lui-même fils par nature : Félix en concluait qu'il est de quelque façon fils adoptif.
1. ÉUPAND, Epist. IV, 3, 19; Epist. ad Fi delein, col. 919; Alcuin, Adv. Felic. lib. septem, I, 8; U, 12; m, 17.
2. Je ne dirai qu'un mot de l'opinion de M. Harnack {Lehrbuch der DG., ni, 275 et suiv.), qui voit dans l'adoptianisme la continuation légi time de la christologie chalcédonienne et augustinienne, parce que les deux natures du concile de Chalcédoine n'étaient, au fond, que le nestorianisme, et que saint Augustin a présenté Jésus-homme comme l'objet par excellence de la grâce gratis data et de la prédestination gratuite. Mais les adversaires de l'adoptianisme étaient assurément chalcédoniens et augustiniens : saint Cyrille n'était pas précisément leur docteur, et ils ont cependant repoussé les conclusions de Félix et d'Elipand. L'attitude des théologiens catholiques actuels est la même. Et sans doute, Jésus-homme, prévenu de la grâce, serait fils adoptif de Dieu, s'il n'était d'ailleurs son fils naturel par l'union hypostatique : mais étant donné cette union, il n'y a plus de place pour une filiation adoptive. Un fils naturel et un fils adoptif vis-à-vis du même père sont nécessairement deux fils, c'est-à-dire deux personnes. C'est ce qu'Alcuin a très bien vu, LibeV. adv. haeres. Felic, XXXV, col. 101.
nestoriennes. D'où vient ce nestorianisme? On peut répondre que les adoptianistes, qui admettaient expressément l'unité de personne en Jésus-(]hrist, n'ont pas vu toutes les conséquences qu'entraînait cette affirmation, et ont raisonné sur le point en litige comme s'ils admettaient le contraire : la difficulté de la question expliquerait qu'ils se soient trompés. Mais on peut soupçonner aussi que des livres nestoriens avaient pénétré en Espagne avec les Arabes. On sait en effet que c'est par des traductions syriaques faites par les nestoriens orientaux que les Arabes ont été initiés à la philosophie grecque ^ Il est aisé dès lors de conjecturer qu'entre les feuillets de ces traductions, apportées par les Arabes en Espagne, se sont glissés quelques traités de Théoddre de Mopsueste ^ ou autres nestoriens en vue, dont la lecture aura impressionné les chrétiens de la péninsule. N'avons-nous pas vu plus haut qu'à Cordoue Tadoptianisme comptait des partisans instruits et décidés?
Revenons maintenant à l'histoire. Les efforts d'Elipand et de Félix pour répandre leur erreur devaient naturellement trouver des résistances. Entre les premiers opposants qu'ils rencontrèrent furent l'abbé Beatus de Libana dans les Asturies , et l'évêque Heterius d'Osma. L'un et l'autre, naturellement, nous sont dépeints par les adoptianistes sous les plus noires couleurs. Nous ignorons de quelle façon ils attaquèrent d'abord la doctrine d'Élipand : ce fut probablement sous forme d'une lettre qu'ils lui adressèrent. L'irascible vieillard en fut exaspéré ; il répandit sa bile dans une lettre à Fidelis ^, qui est du mois d'octobre 785.
1. Voir R. DuvAL, La littérature syriaque, p. 2G0. *. On sait que, depuis l'affaire des trois cliapilres, on possédait en Occident des traductions latines des traités de Théodore. 3. P. L., XCVI, 918,919.
L'évoque et Tabbé qui en eurent connaissance ripostèrent par un long mémoire en deux livres adressé à Éiipand, et où ils s'appliquaient à réfuter ses idées. C'est VHeterii et sancti Beati ad Elipandum epistula % dont la fin manque.
Cependant, la controverse commençant à faire du bruit, le pape intervint. On a d'Hadrien une lettre énergique aux évêques d'Espagne signalant, entre autres erreurs à éviter, celle d'Elipand et d'Ascaricus, et qui doit être de 785 ^. Elle ne semble pas avoir obtenu grand résultat. L'intervention de Charlemagne fut plus efficace. Urgel était dans ses états, et ses états étaient troublés par la nouvelle doctrine. En 792, il réunit à Ratisbonne un concile d'évéques de la Germanie, de l'Italie et de la Gaule, dont les actes sont perdus, mais dont on sait, en substance, par divers auteurs, ce qui s'y passa ^. Félix d'Urgel dut comparaître : il put exposer et défendre sa doctrine. Elle fut condamnée, et lui-même, convaincu et repentant, se rétracta soit devant le concile, soit devant le pape à qui on l'envoya. Il lui fut alors loisible de rentrer en Gothie, et peut-être d'occuper de nouveau son siège d'Urgel.
C'est le premier acte de ce drame. Le second commence par une rechute doctrinale de Félix, qui, pour éviter les rigueurs de Charlemagne, s'enfuit chez les sarrasins, sans doute auprès d'Elipand. C'est là que vint le trouver une lettre d'Alcuin, toute pleine de termes d'estime et de charité'', et qui le conjurait de ne pas résister davantage à l'autorité de l'Église et des