‹ Histoire des dogmesChapitre 404 sur 426 · Epist. ad Laidrad. et Nefrid. (P · texte numérisé non relu

Epist. ad Laidrad. et Nefrid. (P

4. ÉLIPAND, Symbol, fid. elipand. (P. L., XCVI, 917); Epist. IV, 5, 13, 14: FÉLIX, ap. Alclin, Adv. Felic. libri septem, Y, 1, col. 188; ap. Ago- EARD, Lib. ado. Felic, XXXIII, col. 59; Epist. episcop. Hispan. ad episc. Galliae, X, XI (P. L., CI).

tione, voluntaie, placito,praedestinatione,assumptione et caetera his similia : bref, il est seulement fils adoptif, puisque riiumanité n'a pas été engendrée, mais adoptée par Dieu^

Qu'est-ce à dire, adoptée ? Sous la plume d'Élipand qui paraît l'avoir puisé dans la liturgie mozarabe, le mot adoptio est synonyme à' assumptio . Dire que Dieu a adopté l'humanité, c'est dire avant tout que le Verbe s'est uni hypostatiquement l'humanité ; et aussi Tévêque de Tolède s'indigne-t-il contre ses adversaires qui n'admettent pas cette façon de s'exprimer, et en qui il voit des docètes et des négateurs de l'incarnation^. Sous la plume de Félix, qui a singulièrement élargi le système d'Elipand et en a développé les conséquences, le mot adoptio a une autre portée. Outre le sens physique que lui donne Élipand, il prend un sens juridique : il désigne l'acte par lequel Dieu fait de Jésus homme, par la grâce d'union et la grâce sanctifiante, son fils adoptif, le premier et le plus parfait des enfants adoptifs que sont les justes^.

En Jésus-Christ donc il y a vis-à-vis de Dieu deux filiations : il n'y a néanmoins, disent les adoptianistes, qu'un seul Fils^. C'est une vérité qu'ils veulent conserver, et dont cependant la négation équivalente se retrouve fréquemment dans leurs écrits. C'est qu'ils n'ont pu distinguer en Jésus-Christ deux filiations opposées qu'en isolant l'une de lautre ses deux natures . et de ces deux natures ainsi isolées ils ne peuvent s'empêcher de parler comme de deux personnes, comme

1. FÉLIX, ap. Agoiîard, Lib. aclv. Fel.,Wl, XVII; cf. IX; ap. Alci:i\, Adv. Felic. lib. septem, II, 3; IV, 2; Elipand, Epist. ad Fidel., col. 918; Symbol, fid. elij)., col. 917; Epist. episc. Hisp. ad episc. Gall.,U, IX.

2. ÈLiPATiD, Epist. IV, 2, 5,6; III, 3; Epist. episc. Hisp. adep. Gall., I,

3. FÉLIX, ap. Alcuin, Adv. Fel. lib. septem, II, 14; Alcuin, Lib. adv. haeres. Felic, XXXVI.

i. Félix, ap. Agobaud, Lib. adv. Felic, XIX.

de deux fils. Malgré eux, le dualisme de leur pensée reparaît : « Quia non per illum qui natus est de virgine visibilia condidit (Deus), sed per illum qui non est adoptione sed génère, neque gratia sed natura ' ». « Qui suceptus est cum eo qui suscepit connuncupatur Deus — impassibilis in suo, passibilis in alieno -. » Mais une fois l'homme en Jésus-Christ ainsi considéré d'une façon abstraite, à part du Verbe en qui il subsiste, il est naturel qu'on le traite comme un homme ordinaire et qu'on lui attribue la condition native et les impuissances de la pure humanité .Félix surtout a poussé à l'extrême ces conséquences, et s'est parfois exprimé comme l'aurait pu faire un Théodote ou un Paul de Samosate. Ainsi, Jésus homme est par sa condition serviteur, «er^z^s, serçus conditionalisy et le Verbe estle Seigneur de ce serviteur, de cet esclave, Dominus sei^vi^. Jésus ignorait vraiment et le jour du jugement et les choses sur lesquelles il questionnait ^ : il n'était en soi ni impeccable ni bon naturaliter : il l'était seulement ex dono gratiae ^. Son adoption par la grâce n'a pas été essentiellement différente de la nôtre : elle n'a été que plus parfaite^. Comme nous, il a dû, après être né de la Vierge, renaître par le baptême'^, et il semble, dans un texte assez obscur, que Félix fasse même de Jésus

\. Symbol, fid. elip., col. 917; cf. Élipand, Epist. IV, 10.

2. FÉLIX, ap. Alcuin, Adv. Fel. lib. septem, VIî, 3; v, il ; ap. Aco- BARD, Lib. adv. Fel., XIX. Cf. Paulin d'Aquilée, Contra Felic. Urgel. ,llh

3. FÉLIX, ap. Alccin, Adv. Fel. lib. septem, III, 3 ; VI, 3, 4 ; Élipand, Epist. IV, 10; Epist. episc. Hisp. ad episc. GalL, XI.

4. FEUX, ap. Agobard, Lib. adv. Fel., V; Paulin d'Aquilée, Contra Felic, ni, 12.

5. FÉLIX, ap. Paulin, Contr. Fel., I, 30 ; III, 11 ; Alcuin, Adv. Felic. lib. septem, II, 18 , V, 10; VII, 8.

6. Alcuin, Libell. adv. haeres. Felic., WW'l; Epist. episc. Hisp. ad ep. GalL, IX ; Symbol, fid. elip., col. 917.

7. Alcuin, Adv. Fel. lib. septem, II, 16; Epist. ad. Elip., V, col. 238; Adv. Elip. lib. quator,!, 16, col. 232.

un mort spirituel qui n'a reçu que dans son baptême sa filiation adoptive ^ Bien plus, par son union avec le Verbe, Thomme Jésus n'est pas devenu réellement Dieu : il Test seulement devenu nominalement, nuncupative Deus'^. La grande loi de la communication des idiomes est oubliée, et le nestorianisme apparaît à nu dans des textes comme celui-ci : « Certe catholica fides crédit quod non proprius Dei Filius qui de substantia Patris genitus estetper omnia Patri similis pro nobis traditus sit, sed homo assumptus ab eo^. »

Les arguments dont les adoptianistes appuyaient leur opinion nous sont connus par leurs écrits et ceux de leurs adversaires. C'étaient d'abord les textes de l'Écriture qui désignent plus spécialement en Jésus- Christ l'homme ou le Dieu, et qu'ils opposaient les uns aux autres comme marquant ou sa filiation naturelle ou sa filiation adoptive^. C'étaient ensuite des témoignages des Pères : saint Ambroise, saint Jérôme,

\. Ap. Alcuix, Adn. Fel. lib. septem, II, 16. Félix réclame pour Jésus une double naissance, • primam videlicet quam suscepit ex Virgine nascendo; secundam vero quam iniiiavit in lavacro a mortuis resurgendo ». Voir la discussion d'Alcuin, ibid., 16-18.

2. FÉLIX, ap. Alccin, Adv. Fel. lib. septem, J\, 2. Voici tout le passage, qui résume assez bien les vues de Félix : « Dei Filius Dominus et redemptor noster juxta humanitatem, sicut in natura ita et in nomine. quamvis excellentius cunctis electus, verissime tamen cum illis comraunicat, sicut et in caeleris omnibus, id est, in praedestinatione, in electione, in gratia, in susceptione, in assumptione nominis servi» atque applicalione seu caetera his similia, ut idem qui essentialiter cum Paire et Spiritu sancto in unitate deitatis verusesl Deus, ipse in forma hiimanitatis, cum electis suis, per adoptionisgratiam. deificatus fleret, et nuncupative Deus. >• Cf. Alccin, Adv. Fel. libri septem, I, 1; V. '^^Epist. ad Elip., III, col. 237; Paulin, Contra Felic.,1, 41.

3. FÉLIX, ap. Agobard, Lib. adv. Felic, XXXVI : Elipand, Epist. IV, 43.

4. Ainsi Prov., VIII, -23 et suiv.; Eccli.,\\l\\ 5; Psalni. CIX, 3;XLIV, 2; /saie, XLV, 23 désignent le Fils naturel. Au contraire, Marc, XIII, 32; Luc, 1,80; XVUI, 19; Matth.,\y\\,^; loan., I, 44 ; X, 35, 36 ; XIV, 28 ; Rom., VIII, ^d; I Corinth., XI, 3; Philipp., IL 7; Iloann., III, 2, et plusieurs passages de l'Ancien Testament, Deuter., XVIII, 13; Psalm. II, 8; XXI, 23; XLIV, 8; Isaïe, XI, 2, 3, etc. doivent s'entendre du fils adoptif. V. par exemple Epist. episc. Hisp. ad episc. Ga7^,IX, col. 4324-1326.

saint Augustin, saint Léon, saint Isidore, etc. ^ 11 s'est fait, dans toute cette controverse, un étalage prodigieux d'érudition patristique. Mais, entre les autorités alléguées, Elipand faisait une place spéciale aux textes tirés de la liturgie mozarabique en usage à Tolède et dont il citait huit passages ^ . Et enfin les adoptianistes en appelaient au raisonnement. Le Christ, en tant qu'homme, disait Félix, a deux pères, Dieu et David; or, on ne peut être le fils naturel de deux pères : le Christ homme est donc fils naturel de David, de qui il tient son humanité, < t fîls adoptif deDieu^. Et encore: Marie était ancilla; or « quid potuit de ancilla nasci nisi servus? ))^. Et encore : « iNuUo modo credendum est ut omnipotens Deus Pater qui spiritus est de semetipso carnem generet ^. » Puis Félix insistait sur l'intérêt sotëriologique de sa doctrine. Notre salut, observait-il, se fait par la grâce de notre adoption comme enfants de Dieu. Or notre grâce est la grâce même de Jésus-Christ, et nous ne recevons rien, et l'Église ne reçoit rien que ce qui est dans son chef et le nôtre. Si donc notre filiation est adoptive, c'est donc qu'il y a en Jésus-Christ aussi une filiation adoptive : nous avons été adoptés en lui"*. Mais du reste les adoptianistes qui

1. ÉLiPAND, £'/?îsf . IV, 8-10 ; Epist.episc. Hisp.ad episc. Gall.,\Ul. Ces témoignages sont quelquefois mal rapportés et mal compris. Il s'y agit de notre adoption à nous, ou bien les Pères prennent le mol adoptio dans le sens d'assumptio. Y. sur ce point .1. Bach, op. cit., p. 104-106, notes.

2. Epist. IV, 11 ; cf. Epist. episc. Hisp. ad episc. Gall., XllI. On a pu identifier tous ces textes grâce à l'éditio'n du Liber sacramentorum mozarabe deD. Férotin. Plusieurs de ces textes ne viennent pas ad rem; d'autres doivent s'interpréter dans le sens d'assumptio. On enpeut voir la discussion dans Alcuin, Adv. Elipand. libri quatuor, II, 7.

3. Ap. Alccin, Adv. Felic. lib. septem, I, 12; III, 1. 't. Ibid., III, 3.

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