Mansi, V
ses mesures implacables, n'en restait pas moins opiniâtre. Aussi à sa mort (435), une réaction se produisitelle qui porta sur le siège épiscopal un des représentants de l'opposition, Ibas. Ibas était un orthodoxe dans la nuance de Théodoret, fort mécontent que Nestorius n'eût pas accepté simplement le ôsotoxoç, mais d'ailleurs ennemi juré de saint Cyrille, et partisan décidé de Théodore de Mopsueste dont il avait traduit en syriaque et répandu les ouvrages. On sait qu'il avait écrit, en 433 probablement, à l'évêque d'Ardaschir. Maris ^ une lettre devenue fameuse, où il racontait, au point de vue oriental, toute l'affaire du concile d'Éphèse et de la paix conclue entre Jean et Cyrille, et s'élevait contre le zèle intolérant de Rabbulas à poursuivre les ouvrages de Théodore. Nous aurons loccasion de revenir sur cette lettre qui valut à Ibas bien des ennuis. Mais on comprend que, sous un pareil évêque,'et malgré l'existence, parmi les étudiants, d'une minorité monophysite résolue^, l'école d'Édesse ait pu librement suivre ses sympathies nestoriennes.
Les mauvais jours ne tardèrent pas à venir pour elle. En 457, sous le successeur dlbas, Nonnus, un premier retour offensif de l'orthodoxie força à s'éloigner de l'école les plus ardents partisans de Théodore de Mopsueste, entre autres Barsumas etNarsès^. Ils passèrent la frontière perse, et Barsumas, devenu évêque de Nisibe, fonda dans cette ville une école
1. Beit-Ardascliir est la ville capitale de la Perse, Séleucie. Or, l'évêque de Séleucie était alors Dadiso. M. Labourt {op. cit., p. 133, note 6) pense que l'on pourrait résoudre la dilDculté en supposant que le nom Maris, donné i>ar les auteurs grecs, est simplement la reproduction du titre d'honneur syriaque Mari Monseigneur), qui précédait le nom de l'évêque d'Ardaschir.
2. Philoxène, le futur évêque de Mabboug, s'y trouvait à ce moment.
3. W Duchesne mettrait plutôt cet exode en 449-4;j0, après la déposition d'Ibas {Hist. anc. de l'Eglise, III. 5G8, note).
LE NESTORIANISME. 55
dont Narsès, « la harpe du Saint-Esprit », resta le maître vénéré pendant cinquante ans. Aussi, lorsque, en 489, l'évêqued'Edesse, Gyrus, ferma définitivement, sur l'ordre de l'empereur Zenon, l'école des Perses, maîtres et étudiants expulsés, franchissant à leur tour la frontière, trouvèrent à Nisibe un asile tout préparé. Là, dans l'isolement où ils vivaient du monde byzantin, ils ne purent que développer encore les tendances dyophysites outrées qui les animaient. Nisibe devint, pour longtemps, la forteresse doctrinale du nestorianisme.
Afin, du reste, de rendre cet isolement plus complet, Barsumas travailla à faire de l'église persane une église absolument nationale et autonome. Pour atteindre ce but, il ne craignit pas de déchaîner la persécution païenne contre les orthodoxes, en représentant au roi Peroz (457-484) qu'il ne pourrait compter sur la fidélité de ses sujets chrétiens qu'à la condition que ceux-ci renonçassent à la communion religieuse de l'empereur de Byzance. Son plan réussit, et tout lien désormais fut rompu entre l'Eglise grecque de Constantinople et celle du royaume sassanide. Cette dernière reconnut pour chef suprême, pour catholicos, l'évêque de Séleucie-Ctésiphon, et, assez vite, malgré ses dissensions intérieures, malgré même les persécutions qu'elle dut encore subir, fit des prosélytes en grand nombre et étendit au loin son activité conquérante. L'historien Cosmas Indicopleustès^, qui écrivait au milieu du vi® siècle, rapporte que, à cette époque, les îles de Socotora et de Ceylan étaient en relations fréquentes avec la Perse, et qu'à Ceylan existait une Eglise relevant du catholicos de Séleucie-
1. XpKJTtavixy) TOTCoypaziîa TiàvTO; •Aoa\j.o\). \\h. XI (P. G., LXXXVIII. •ito).
Ctésiphon. C'est par Ceylan, voie de commerce entre le golfe Persique et la Chine, que les nestoriens firent, les premiers, pénétrer le christianisme en Tartarie et devinrent, dans l'Extrême-Orient, les précurseurs de saint François Xavier et de nos missionnaires. Cette vaste organisation fut brisée, au vii^ siècle d'abord, par les Arabes, et aux xiii^ et xiv^ siècles, par les invasions mongoles. Il n'en reste presque plus rien.
Au point de vue doctrinal, les nestoriens dissidents saluèrent dabord comme une victoire pour eux la lettre de saint Léon à Flavien et les décisions de Chalcédoine qui proclamaient le Christ en deux natures^ . Mais en Perse du moins, ils s'en tinrent de préférence à la formule de paix de 433, qui leur paraissait plus favorable. Là, d'ailleurs, Nestorius était moins connu, et c'est à Théodore de Mopsueste que l'on se rattachait plus volontiers. L'hénotique de Zenon (482), suivi de la fermeture de l'école d'Édesse et de la définitive constitution de celle de Nisibe, détermina cependant un mouvement plus prononcé vers l'hétérodoxie. Du 6eoToxoç il ne fut plus question, sinon pour le condamner absolument : on rejeta et la communication des idiomes, et le sens donné par le concile de Chalcédoine au mot hypostase, sens qui l'identifiait avec TTpocoiTTov. 'YTTOdTaaiç continua d'être rapproché de 'f'jdtç, et le Christ fut déclaré être en deux natures, deux hypostases et une personne 2. C'est ce qu'enseignent le canon i du concile de 486 ^, et l'homélie de