‹ Histoire des dogmesChapitre 58 sur 426 · Apol. contra Théodoret., coi. 396 C, 401 A · texte numérisé non relu

Apol. contra Théodoret., coi. 396 C, 401 A

tation s'aggrave de ce que la formule |xia cpuai; tou Oeou Aoyou ffsffapxojtxÉvy), qu'il croyait de saint Athanase \ est en réalité d'Apollinaire, et a bien, chez ce dernier, une signification monophysite, en ce sens du moins que le Verbe, se trouvant jouer vis-à-vis de la chair le rôle de l'âme intelligente — qui est absente — , formait bien réellement avec elle une seule nature. Cette comparaison d'ailleurs de Tâme et du corps, Cyrille s'en est fréquemment servi pour expliquer l'union du Verbe et de l'humanité 2. Et il n'est donc pas surprenant que les monophysites postérieurs aient revendiqué, en faveur de leur doctrine, l'autorité du patriarche d'Alexandrie. — Tout cela, encore une fois, est vrai ; et l'on ne peut que regretter qu'alexandrins et antiochiens n'aient pas parlé la même langue, et que Cyrille se soit laissé prendre aux fraudes apollinaristes. La première circonstance rendait déjà la discussion difficile : la seconde devait rendre Cyrille presque intraitable. Convaincu que les 5uo cpuasiç de Nestorius — et les outrances de celui-ci justifiaient sa manière de voir — signifiaient bien deux personnes, et que, en défendant lui-même l'unité de cpu^iç, il défendait la tradition d'Athanase et des papes, il ne pouvait que s'obstiner dans sa formule et la soutenir jusqu'au bout, encore qu'il consentît, par amour de la paix, à s'en départir un instant. Mais enfin tout cela ne fait pas que Cyrille n'ait pas, en réalité, et suivant notre façon de parler, admis en Jésus-Christ l'existence de deux natures, d'une nature divine et d'une nature humaine complètes, coexistant sans mélange et sans confusion dans l'unité personnelle du Verbe. On en a vu plus haut les preuves, et

i. De recta fide ad regin., I, 9, col. 1212; cf. Epist. XVII, col. 116; XLY, col. -232.

2. Deincarn. unigen., col. l'i2i;QuodunussitChristus,co\.i'ii92\Adv, Nestor. blasph.,ll, 12, col. 105, 108; Epist. XVII, col. 116; XLV,col. 233.

LE NESTORIANISME. 75

il est inutile de les répéter'. Si donc on peut reprocher au patriarche d'Alexandrie de n'avoir pas employé les formules du concile de Chalcédoine, on ne peut du moins lui reprocher détre avec lui en désaccord de pensée -. Le même cas s'est produit, nous le dirons, pour les grands monophysites qui se sont réclamés de son autorité. Eux aussi ont été des monophysites de langage plus que de doctrine ; mais ils n'ont pas eu, comme lui, l'excuse de venir avant les définitions de Chalcédoine. — Et quant à cette comparaison de l'union de l'âme et du corps, apportée pour expliquer l'union du Verbe et de l'humanité, et que Nestorius critiquait si vivement chez Cyrille, n'oublions pas que c'est une simple comparaison, dont on avait déjà usé, et que, précisément, Cyrille l'a souvent fait valoir parce qu'il y trouvait nettement marquée, avec l'intimité de l'union, l'inconfusion des éléments unis.

Il serait donc abusif de qualifier de monophysisme la doctrine cyrillienne de l'incarnation. Ceci posé, il reste à examiner, relativement à cette doctrine, quelques autres questions soulevées par les controverses postérieures.

Saint Cyrille a-t-il admis en Jésus-Christ une ou deux opérations, une ou deux volontés? — On sait en effet que les monothélites invoquèrent plus tard, en leur faveur, l'autorité du patriarche d'Alexandrie, et citèrent même de lui des textes dans lesquels ils voyaient leur doctrine enseignée ^. Les orthodoxes en

1. On peut y ajouter le texte suivant : 'Itq(70ûv, ttjv Tûvçûdewv slôôra 6iacpopàv xai àouy^uTouç àXXyjXat; a-jTàç otatTipo'jvTa {hi Lucam, col. 484; Fragm. in epist. ad Hebr., col. 1005 G). J'omets quelques autres textes plus clairs encore, cités par Rehrmaun, mais sur l'autlienticité desquels j'ai des doutes sérieux.

2. M. Harnack lui-même distingue très bien le monopbysisme réel du monophysisme nominal {Lehrh. der DG., 352 et suiv.).

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