‹ Histoire des dogmesChapitre 76 sur 426 · Mansi, VU, 4o · texte numérisé non relu

Mansi, VU, 4o

L'EUTYCHIANISME. 97

seulement, faisant d'ailleurs toutes réserves sur ce qu'il aurait décrété de contraire aux règlements de Nicée : « ut et fraterna universitas et omnium fidelium corda cognoscant me non solum per fratres qui vicem meam exsecuti sunt, sed etiam per approbationem gestorum synodalium, propriam vobiscum unisse sententiam : in sola videlicet causa fidei, quod saepe dicendum est, propter quam générale concilium, et ex praecepto christianorum principum, et ex consensu apostolicae sedisplacuit congregari (1) ».

De son côté, l'empereur avait déjà porté une série d'édits (7 février, 13 mars, 6 et 28 juillet 452) ^ pour assurer l'acceptation et l'exécution des décisions du concile. Le dernier surtout ordonnait que les écrits d'Eutychès fussent détruits, et portait contre ses partisans les peines les plus sévères.

Ainsi finit le concile de Chalcédoine. On en a dit beaucoup de mal : on l'a accusé notamment d'avoir fait violence à la conscience de l'Église grecque dont les préférences marquées étaient pour une christologie monophysite, et d'avoir ainsi occasionné la sécession schismatique de l'Egypte. C'est là un reproche que seuls peuvent lui faire ceux qui font passer les calculs de la politique avant les droits de la vérité. Assurément, le concile comptait beaucoup d'évêques favorables non pas précisément à l'eutycliianisme, mais aux conceptions et aux formules de saint Cyrille, et cette tendance, nous l'avons dit, se manifesta plus d'une fois. Mais il comptait surtout beaucoup d'âmes sans consistance et de caractères serviles que la violence de Dioscore avait plies, et qui voulaient se justifier à euxmêmes leur faiblesse par des raisons doctrinales. Dans cette masse amorphe une forte volonté pouvait beau-

\. Mansi, VII, 476, 477, 497, 501.

coup ; et c'est pourquoi il fut possible aux légats, soutenus par Tempereur et par la fraction plus déterminée des orientaux, d'en obtenir la condamnation du monophysisme, bien plus, la réintégration de Théodoret et d'Ibas. Quant à la formule doctrinale elle-même qui en sortit, elle était excellente et faisait aux décisions d'Éphèse et à la doctrine cyrillienne un utile contrepoids : elle sauva la croyance au Christ historique menacée de périr dans les rêveries eu ty chiennes. Malheureusement, on ne poussa pas assez loin le travail d'interprétation, et il ne se trouva personne pour montrer comment les décisions de Chalcédoine ne contredisaient pas celles d'Éphèse ni les enseignements de saint Cyrille, en quoi péchait le langage de ce dernier, et comment il devait être entendu et compris pour s'ajuster aux nouvelles formules. On se contenta d'affumer l'équivalence de fond, sans la démontrera Dès lors, le malentendu subsista, et tout un immense parti continua de penser que le concile d'Ephèse avait été condamné par celui de Chalcédoine et la christologie de saint Cyrille par la lettre de saint Léon. C'en était trop pour des esprits échauffés contre le nestorianisme, et qui ne souffraient pas aisément que l'Occident parût leur faire la loi. Se croyant obligés de choisir entre le pape et saint Cyrille, leurs préférences allèrent tout droit au grand docteur d'Alexandrie.

1. Un effort pour cette démonstration fut cependant tenté dans la deuxième session où, pour dissiper les doutes des évoques de Palestine et de riUyricum au sujet de la lettre de saint Léon, on rapprocha de cette lettre des passages similaires de saint Cyrille (Mansi, VI, 972,

LEUTYCHIANISME. 99

§ 3. — La christologie de Théodore! ^

Les décisions de Chalcédoine étaient le triomphe de la christologie occidentale et de celle des antiochiens modérés. Un homme, parmi ces derniers, représentait éminemment, depuis vingt-cinq ans, cette école d'Antioche : c'est Théodoret. 11 était la meilleure tête du parti, et l'on pense généralement que la formule de paix de 433 était son œuvre. Exposer en détail sa christologie serait donc, en grande partie, répéter ce qui a été déjà dit à propos de Théodore de Mopsueste, de Nestorius et de l'opposition faite par les partisans de Jean d'Antioche aux idées particulières de saint Cyrille. Cette christologie peut se résumer en quelques lignes.

Avant l'incarnation il n'y avait pas deux natures, il n'y en avait qu'une seule, car la nature humaine a été aussitôt unie que procréée : l'union s'est faite Iv ir\ (7uXXr^<]^£i2. Mais, après l'incarnation, le Christ est en deux natures, y, Xaêoîiffa xai ^ Xr,cpôeU cpuaiç^. L'auteur les distingue souvent au point d'en parler comme de deux personnes : izEooç oï ô xaTOixy^<Ta(; xarà tov Xo'yov tyjç cpuasoiç, xai sTepoç ô vooç ^. Ce n'est pas le Dieu Verbe qui a été conduit au désert pour y être tenté : c'est le temple pris par le Dieu Verbe de la semence de David ^. Il identifie d'ailleurs ôiroaTadiç avec cpuaiç et les oppose à

4. Sur ce point particulier de la doctrine de Théodoret, voir : A. Beb- TRAM, Theodoreti episc. Cyr. doctrina christologica, Hildesiae, 1883. A. EuRHARD, Die Cyrill von Al. zugeschrieben Schrift Ilepl toO Kupiou £vav0pw7ir,(>£a);, ein Werk Theodorets von Cyrus, Tïibingen, 1888.

Page 1