‹ Histoire des dogmesChapitre 85 sur 426 · De recept. haeret., col. 6î · texte numérisé non relu

De recept. haeret., col. 6î

affirmation mérite d'être vérifiée. Nous allons ici exposer leurs vues, en prenant pour centre la doctrine de Sévère, quilesaplus complètement approfondies et développées ^

Cette doctrine de Sévère a été jugée très obscure et contradictoire par ses adversaires : on l'a accusé lui-même d'être un sophiste inconstant et variable^. Cela vient uniquement de ce qu'on n'a pas compris sa terminologie, et de ce qu'on n'est pas assez entré dans sa pensée, qui est en effet subtile parfois et compliquée, mais qui offre d'ailleurs beaucoup de suite.

Sévère confond d'abord dans un même sens les mots tpuffiç, uTroffxaciç, Trpodwrrov. L'identification des deux pre-

1. Les sources pour connaître la doctrine de Sévère sont : 1° Ce qui reste de ses œuvres : beaucoup est encore Inédit, On a édité : L. W. Brooks, Thesixth bookof the sélect Let(ersof Severus,patr. of Antioch, London, 190-2-1P04. R. Dcval, Les Homiliae cathédrales de Sévère d'Antioche, irad. inédite de Jacques d'Edesse, I, Homélies LU à LVII, Paris, 1906, dans la Patrologia orientalis de R. Graffin et F. N.vu, tom. IV.

E. W. Bp.ooks, The hymns of Severus of Antioch, ibid., tom. VI et VII, 1911. A. KuGENER, Allocution prononcée par Sévère après son élévation sur le trône patriarcal d'Antioche, 190:2. De plus, on trouve des fragments importants dans Quaestiones adversus rnonophysitas (P. G., LXXXVI, 2, col. 1769-1901); Eustatuius monachus, Epistula ad Timothaeum scolast. de duabus naturis adv. Severum (Id., 1, col. 901-942);

F. DiEKAMP, Doctrina Patrum de incarn. Verbi, Miinster in W., 1907. V. aussi Um, Classici auclores, Romae, 18-28-1838; Spicilegiuniromanum, Romae, 1839-1844; J. C. L. Gieseler, Commentatio qua monophys... errores... illustrantur, pars II, Gœttingue, 1838. J. B. Chabot, Documenta ad origines monophys itarum illustrandas, Paris, 1908. M. Lebon, dans son Monophysisme sévérien, a brièvement analysé le livre III de récrit de Sévère Contra Grammaticum (p. 527-551), publié quelques fragments et traduit au cours de son livre plusieurs passages inédits. — 2" Les historiens anciens qui se sont occupés de Sévère et du monopiiysismp, notamment ; K. Ahrens et G. Krueger, Die sogenannte Kirchengeschichte des Zacharias Rhetor, Leipzig, 1899. J.-B. Chabot. Chronique de Michel le Syrien, Paris, 1901, 1902. A. Kugener, Vie de Sévère par Zacharie le Scolastique. Vie de Sévère par Jean de Beith-Aphtonia, Paris, 1903, i90i {Patr. orient., tom. II). E. J. Goodspeed, The conflict of Severus, pair, of Antioch, by Athanasius {ibid., tom. IV, 1908). — Travaux : F. LooFS, Leontius von Byzanz, Leipzig, 1887. j. P. Junglas, Leontius von Byzanz, Paderborn, 1908. M. Peisker, Severus von Antiochien, Halle, 1903. J. Lebon, Le monophysisme sévérien, Louvain, 1909.

2. no)>û[Jiop<poc, (jLuoi6[J.op5o: Isu^po;. 7roXu7rotxt).o: ffosi'a (Ei'stathe, op. cit., col. 913, M7,'929).

L'ÉVOLUTION DU MONOPHYSISME. 119

miers termes se rencontre chez lui à chaque instant; mais il leur assimile aussi le troisième^ : « Quand l'union hypostatique qui est parfaite de deux [natures] est confessée, dit-il, il n'y a qu'un Christ, sans mélange, une personne, une hypostase, une nature, celle du Verbe incarné^. » Que si, au contraire, on divise par l'esprit le Christ en deux natures, on n'a pas seulement deux natures, mais aussi deux hypostases et deux personnes ^. Le sens qu'il donne à ces trois mots, même à celui de cpuaiç, est le sens d'individu concret, de sujet, de personne. <I>u(7i<; n'est nullement l'équivalent j'oùffia : il s'oppose à ouaia comme l'individu et le particulier au commun '♦. Jésus-Christ n'a pas une seule nature, il estwnQ seule nature^. Dire comme les chalcédoniens qu'il y a deux natures en Jésus-Christ, c'est être nestorien, car c'est dire qu'il y a en lui deux personnes ® : le nombre en effet suppose la séparation, et deux natures sont nécessairement deux personnes^. Et quant à l'expression « deux natures unies », c'est un non-sens, car deux natures unies ne sont pas deux mais une seule nature, une cpuaiç n'étant telle qu'à la condition d'être xaô' lauxr^v'^.

Ceci posé. Sévère, dans le développement de sa

\. D'une façon peu fréquente cependant. Ainsi, malgré le témoignage d'Eustathe {op. cit., col. 921 A), il est fort douteux que Sévère ait accepté la formule èv. 6ûo TrpoawTtcov, alors qu'il accepte sans hésiter la formule âx ôûo OTtoaxadcWv : la première rappelait trop le nestorianisme.

2. Lettre à Sergius, ap. Leron, p. 243 : cf. Anastase le Sinaïte, Hodegos, col. 1 48, 304. M. Lebon ayant utilisé dans sa thèse les textes que je signale ici, et dont plusieurs ne se trouvent que chez lui, j'ai indiqué, à la suite des références, les pages de son livre où on pourra les trouver.

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