DICOTYLÉDONES
COMPOSÉES
RHIZOME D’AUNÉE.
Radia; Inulx ; Radix Enulx ; Radix Helenii ; angl., Elecampanc fl) ; allem., Alantwurzcl.
Origine botanique. — L ' Inula Helenium L. est une grande plante vivacfe, très-répandue. On la trouve dans toute 1 Europe centrale et orientale, d’où elle s’étend vers l’est jusqu’au Caucase, dans la Sibérie et rHimalaya. On la trouve çà et là, en apparence à l’état sauvage, dans le sud de l’Angleterre et de l’Irlande, dans le sud de la Norwége (Schiibeler) et en Finlande. On la cultivait, autrefois, dans les jardins, comme plante médicinale et culinaire, et elle a été transportée, à ce titre, dans l’Amérique du Nord. En Hollande et dans quelques parties de l’Angleterre et de la Suisse, on la cultive sur une plus grande échelle [a).
Historique.1 — Cette plante était connue des anciens, notamment de Cclsc, de Columella, de Dioscoride et de Pline. On l’employait alors comme médicament et comme condiment. Marcellus Empiricus, au cinquième siècle, et saint Isidore, au commencement du septième, la désignent sous le nom d ’ Inula ; le dernier ajoute : « quam Alain rustici vocant. » Elle est fréquemment men tionnée dans les ouvrages anglo-saxons sur la médecine, écrits avant la conquête des Normands et était généralement connue au moyen âge. On n’employait pas seulement sa racine
(I) Ce terme dérive â’Enula Campancl, ce dernier mol »e rapportant a la présence île la plante dans la Campanie (Italie).
IIIST. DES DROGUES, T. U.
2 COMPOSÉES
eumuie médicament, mais encore on la faisait cuire et confire comme aliment sucré.
Description. — Pour l'usage pharmaceutique, on prend les racines (b) de plantes âgées de deux ou trois uns; lorsqu’elles sont plus vieilles, elles sont trop ligneuses. La masse principale de la racine est formée d’une couronne courte et épaisse Celle-ci se divise, inférieurement, en plusieurs branches charnues de 3 à S centimètres de diamètre, couvertes d’une écorce jaune-pâle, blanchâtres et juteuses à l’intérieur. On fait sécher les racines les plus petites en entier; on coupe les plus grosses en tranches irrégulières qui se contournent de différentes façons. Sèches, elles sont d’un gris clair, cassantes, cornées, à cassure lisse. Coupées transversalement, les jeunes racines offrent une structure rayonnée peu marquée et une zone cambiale plus foncée qui sépare une écorce épaisse de la portion centrale ligneuse. La moelle n’est pas nettement définie ; elle est souvent poreuse et creuse. Dans les vieilles racines, l’écorce est relativement plus mince et la substance intérieure est presque uniforme. La racine d’Aunée possède une faible odeur aromatique qui rappelle celle de l’Iris et du Camphre, et un goût un peu amer, aromatique, qui n’est pas déplaisant.
structure microscopique. — Les rayons médullaires du bois et de la portion interne de l’écorce ( endophlœum ) offrent de larges canaux balsamiques. Dans la racine fraîche, ils contiennent un liquide aromatique qui, en se desséchant, laisse déposer des cristaux de Stéaroptène probablement dérivés de l’huile essentielle. Les cellules parenchymateuses de la drogue sont remplies d’inuline en masses fendillées dépourvues de structure particulière (c).
Composition chimique. — Dès 1660, Le Febvre (1) observa que lorsqu’on soumet la racine d’Aunée à la distillation avec de l’eau, il s'accumule dans le sommet du chapiteau une substance cristallisable incolore, qui se dissipe bientôt lorsque l'opération continue. On peut observer la même substance après avoir chauffé une tranche mince de la racine, et on la trouve même, souvent, sous forme d’efflorescences, à la surface des racines qui ont été longtemps conservées. Son odeur est faible; son goût est aromatique; elle fond à T2 degrés centigrades; elle est facilement soluble dans l’alcool, mais non dans l'eau. Jusqu'à ces derniers temps, elle a été considérée comme un corps distinct sous
(1) Apothicaire ordinaire du Roy, distillateur chymiquc de Sa Majesté. Traité de la ehymie , Paris, 1660, I, 375-377.
le nom d ’ffélénine (l);mais, d’après les recherches de Kallen (2), elle paraît être composée de deux substances cristallisables, a I mie desquelles il donne le nom d’ Hé lénine, tandis qu’il nomme l’autre Camphre d'Aunée. Kallen assigne à son hélénine la formule G6H80 ; il la décrit comme fusible à HO degrés centigrades et dépourvue d’odeur et de saveur. Le Camphre d’Aunée a probablement pour formule G,0H16O ; il fond à Gi degrés centigrades ; sa saveur et son odeur rappellent celles de la menthe
Kig. 130. In ul i ne du rhizome de l’Année.
A, cristaux déposés en dehors des cellules d'une préparation provenant d'un fragment de rhizome <pii avait séjourné pendant plusieurs jours dans l’alcool concentré ; B, masse d'inuline à aspect amorphe, après séjour dans l’alcool; C, sphôro-cristal d'inuline volumineux, formé de trois portions séparées par des parois cellulaires, préparation dans la glycérine après séjour dans l'alcool ; U, sphêro-cristaux de formes diverses ; E, sphéro-cristal de la même préparation déchiqueté sur le bord, après séjour dans l’alcool et traitement par l'acide acétique.
poivrée. 11 est très- difficile de séparer complètement l’hélénine du camphre d’Aunée, ces deux substances étant presque également solubles dans l’alcool et l’éther. En distillant la seconde avec du pentasulfurc de phosphore, on a obtenu du Cymol , Cl0Hu. Il paraît y avoir dans l’Au-
(1) Gmemk, Chefnistry, 1 8(i(], XVII, 5 2 "2.
(2) Bcrichte (1er deütschen chtUnischcii OtàselUchaft, 1874, I HOU ; 1 870, ldi.
COMPOSÉES
noe, d’après les récentes recherches de Kallen, une huile volatile, Y Alan-
thaï C,0Ill6O.
La substance qui existe en quantité dominante dans la racine d’Aunée est Ylnuline, découverte, dans celte plante, par Valentin llose, en 1804. Elle possède la même composition que l’amidon, GnHî0O10, mais se montre, jusqu’à un certain point, en opposition avec ce corps qu’elle remplace dans les racines des Composées. L’inuline n’a encore été découverte, avec certitude, dans aucune autre famille de plantes, excepté les Campanuiacées, Lobéliacées, Goodénoviées et Stylidées (I). Dans les plantes vivantes, elle est tenue en dissolution dans le suc aqueux ; sous l’influence de la dessiccation, elle se dépose dans les cellules sous forme de masses amorphes qui n’-agissent pas sur la lumière polarisée et ne sont pas colorées par l’iode. 11 existe d’autres caractères variés par lesquels l’inuline diffère de l’amidon. Ainsi, l’inuline se dissout facilement dans environ 3 parties d’eau bouillante ; la solution est parfaitement claire et fluide et non gommeuse, mais en refroidissant elle laisse déposer presque toute l’inuline. Cette solution est lévogyre et se transforme facilement en sucre incristallisable. L’inuline ne donne pas avec l’acide azotique de composé explosible, comme le fait l’amidon. Sachs a montré, en 1864, qu’en immergeant les racines de l’Aunée, du Dahlia variabilis , ou celles de plusieurs autres Composées vivaces, dans l'alcool ou la glycérine, on peut précipiter l’inuline sous la forme cristalline. Ces agrégations de cristaux en forme d’aiguilles (sphéro-cristaux) offrent alors, sous le microscope polarisant, une croix semblable à celle des grains d’amidon. La proportion d’inuline varie avec la saison, mais elle est plus abondante en automne. Parmi ses diverses sources, la plus riche paraît être l’Aunée. Dragendorff, qui a publié sur ce sujet un traité (2) très-étendu, a retiré, en octobre, de la racine d’Aunée, jusqu’à 44 pour I Oü, et, en hiver, seulement 19 pour 100 d’inuline (c).
Dans les racines des Composées, l’inuline est accompagnée, d après Popp (4), par deux substances très- voisines, la Synanthrose , C12H"0"-)-H20, et Ylnuloïde , C6H10O5 + IPO. La Synanthrose est soluble dans l’alcool dilué ; elle est dépourvue de tout pouvoir rotatoire
(1) L’inuline existe aussi, parait-il, en dissolution, dans le suc cellulaire de certaines Algues, notamment dans celui de 1 ’Acetabularia, Algué monocellulaire de la famille des Dasycladées (J. Sachs, Traité de botan., trad. fr., 86). [Trad.]
(2) Materialien zu einèr Monographie des Inulins, Saint-Pétersbourg, 1870, 111 p. Voyez aussi le mémoire de Prantl sur PInuline résumé dans le Pharm. Jouni., sept. 1871, 262.
(3) Wiggehs et Husemann, Jahvesbcricht, 1870, 68.
et est déliquescente. L’Inuloïde est beaucoup plus soluble dans l’eau que rinuline. Ces deux substances existent probablement ensemble dans l’Aunée.
Usages. — L’Aunée est tonique et aromatique, mais on n'c l’emploie plus comme médicament. On la vend surtout pour la pratique vétérinaire. Eu France et en Suisse (Neuchâtel), on l’emploie dans la distillation de l 'Absinthe.
(o) L'Inula Helenium L. (S perdes, 1236), vulg herboristes) est une plante à rhizome souterrain, vivace, duquel s’élèvent, chaque année, des tiges aériennes dressées, atteignant de 80 centimètres à lm,2a de haut, rameuses, anguleuses, striées et pubescentes. Les feuilles radicales émises par le rhizome sont très-grandes, pétiolées, elliptiques-oblongues. Les feuilles portées par les axes aériens sont amplexicaules, cordiformes, ovales, acuminées, munies sur les bords de dents inégales, rudes en dessus et couvertes en dessous d’un duvet fin. Les capitules sont grands et terminaux. Leur involucre est formé d’écailles imbriquées ; les extérieures sont ovales, lâches ; les intérieures sont spatulées. Le réceptacle est nu. Les fleurs sont jaunes. Celles du centre sont des fleurons tubuleux, hermaphrodites ; elles sont entourées d’un rayon de demi-fleurons femelles. Les anthères des tleurs hermaphrodites sont munies, à la base, de deux soies. Le fruit est glabre et couronné par une aigrette simple et roussàtre. L’Aunée fleurit, dans le centre de la France, eu juillet et août. Elle recherche les lieux frais et couverts, les prairies humides et un peu ombragées des terrains argileux (Voy. Bentham et IIooker, Généra plant., U, 330. — Boreau, Flore du centre de la France, II, 326). [Trad.1
(6) La portion de la plante que les auteurs désignent ici, sans doute pour se conformer aux usages pharmaceutiques, sous le nom de racine est, en réalité, la tige souterraine, le rhizome vivace de l’Aunée. Les racines qui en partent sont grêles et peu propres à être utilisées. La structure histologique du rhizome est très-simple. Au centre, existe une moelle formée de grandes cellules irrégulièrement polygonales; au dehors, est une écorce large dont les couches superficielles aplaties et brunâtres constituent un faux suber. Les cellules de l’écorce sont allongées
. Aunée ( Enula Campana des
Fig. 131. Rhizome d'Amiée.
Coupo transversale.
tangentiellement. Les faisceaux
fi bro- Vasculaires sont nombreux, étroits, disposés on cercle autour de la moelle
(i COMPOSÉES.
et séparés par de larges rayons médullaires. Leur portion ligneuse est constituée presque uniquement paroles 'vaisseaux assez larges à parois brunes, entourés d’une bande de cellules un peu plus étroites que celles des rayons médullaires. Le liber de chaque faisceau forme une bande étroite et allongée, peu distincte, sur une coupe transversale, car ses éléments ne diffèrent de ceux des larges ravons médullaires que par un diamètre un peu moindre. Dans l’écorce, les rayons médullaires et la moelle, sont disséminés, en grand nombre, des canaux sécréteurs, rempli* d’huile ainsi que les cellules sécrétantes qui les bordent. Ces canaux sont constitués, comme dans toutes les Composées, par des méats intercellulaires trèsd datés servant de réservoirs et des cellules sécrétantes disposées en cercles concentriques autour de chaque méat, formées par sectionnement des cellules qui bordaient primitivement ce dernier. [Trad.J
(c) Pour étudier l’inuline qui existe en grande quantité dans le parenchyme du rhizome de l’Aunée, il faut, ou bien laisser dessécher à l’air, pendant quelques jours, des morceaux du rhizome, ou mieux les faire macérer dans de l’alcool concentré ou même absolu. Des coupes minces placées dans la glycérine offrent alors l’inuline sous les aspects divers que montre la figure 130. En laissant séjourner la préparation pendant quelques minutes dans l’acide acétique, et la plaçant ensuite dans de la glycérine acidulée avec un peu de cet acide, l’observation est plus facile et certaines masses offrent bien, comme dans la figure 130, la structure ravonnée, les aiguilles se montrant isolées les unes des autres vers la périphérie.