TÉRÉBENTHINE DE VENISE
Terebenthina Venela, Terebenthina Lancina; Térébenthine de Venise on de Briançon, Térébenthine du Mélèze ; angl., Venioo Turpentine, Larch Turpentine; allom , Venetianischer Tmpenthin, L'drchen-Terpentltin.
Origine botanique. — Pinus Lcirix L. ( Lctrix Europæa DC.) C’est un bel arbre des forêts qui couvrent les montagnes du sud-ouest du
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centre de l’Europe, depuis le Dauphiné jusqu’à la Styrie et les Carpathos, en passant par les Alpes. Il s’élève jusqu’à 900 et I 000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il est cultivé sur une très-grande échelle en Angleterre et en Ecosse [a).
Historique. — La térébenthine du Mélèze était connue deDioscoride comme importée des régions alpines de la Gaule (I). Pline la connaissait également, car il fait remarquer qu’elle ne durcit pas. Galien, au deuxième siècle, la mentionne aussi; il admet qu’on peut la substituer à la térébenthine de Chio, qui ôtait alors considérée comme la véritable Terebinthina. A une époque plus récente, vers 1550, Mattioli expose la façon dont on la recueille dans les environs de Trente, dans le Tyrol, en perforant les arbres jusqu’au centre de leur tronc, ce qui se fait encore aujourd’hui. On l’exportait autrefois, habituellement, de Venise. Le nom anglais Larch paraît appartenir à la térébenthine plutôt qu’à l’arbre. Dioscoride dit que la résine est nommée par les indigènes Xâpixa. Galien indique le même nom. Dans un guide commercial nommé Tariffa de pesi e misure, qui parut àVenise en 1503, nous trouvons la « Termentina sive Larga », et Larga est encore le nom italien de la térébenthine du Mélèze. Les paysans du sud du Tyrol la nomment Lerget, et en Suisse son nom allemand est Lôrtsch.
Extraction. — La térébenthine du Mélèze est recueillie dans le Tyrol, et surtout dans les environs de Meran, Bautzen et Trente. On en recueille parfois une petite quantité en Suisse, dans le Valais, et dans quelques localités du Piémont et de la France. On retire la résine du cœur de l’arbre , en pratiquant , au printemps , à 30 centimètres au-dessus du sol, une cavité étroite qui pénètre jusqu’au centre de la tige, et qu’on bouche jusqu’à l’automne de la même année ou de l’année suivante ; on l’ouvre alors et on en retire la résine à l’aide d’une cuiller en fer. Si l’on n’a pratiqué qu’un seul trou, l’arbre donne environ une demi-livre de térébenthine par an, sans dommage appréciable ; mais si on pratique plusieurs larges trous dans le même arbre, et surtout si on les laisse ouverts, comme cela se pratiquait autrefois en Piémont et dans les Alpes françaises, on peut obtenir jusqu’à 8 livres de térébenthine par an, mais au bout de quelques années l’arbre cesse de produire, et son bois perd beaucoup de sa valeur.
Mohl, qui assistaà la récolte de la térébenthine dans le sud du Tyrol(-2), observa que lorsqu’on sciait en travers une tige de Mélèze en pleine
(1) Lib. I, c. 92.
(2) Bot. Zeit., 1859, XVII, 329.
croissance, la résine s’écoulait en plus grande quantité du cœur du bois que de son aubier, d’où, cependant, son écoulement était plus rapide, et que l'écorce ne contenait qu’un petit nombre de canaux à résine. La pratique de boucher les trous qui ont été faits dans l’arbre est adoptée non-seulement dans le but de préserver le bois et de recueillir plus facilement la térébenthine, mais aussi parce qu’elle contribue à conserver à cette dernière plus de transparence et de pureté.
Description. — La térébenthine de Venise'estun liquide épais, semblable à ou miel un peu trouble, mais ni granuleux, ni cristallin (I), coloré en jaune pâle et doué d’une légère fluorescence. Son odeur ressemble à celle de la térébenthine commune, mais elle est plus faible. Sa saveur est amère et aromatique. Lorsqu’on l’expose à l’air, elle s’épaissit lentement et prend l’aspect d’un vernis clair; elle ne durcit pas quand on la mélange avec de la magnésie. La térébenthine du Mélèze n’est pas rare sur le continent, mais on ne l’importe que fort peu en Angleterre (2), et celle qu’on y vend est presque toujours falsifiée.
Composition chimique. — La térébenthine du Mélèze se dissout dans l’alcool en formant un liquide clair qui rougit le tournesol ; l'eau chaude qu’on agite à son contact acquiert également une réaction acide manifeste, due à l’acide formique, et probablement aussi à l’acide succinique. L’acide acétique cristallisable, l’alcool amylique et l’acétone se mélangent complètement avec elle. Par la distillation, elle donne en moyenne 15 pour 100 d’une huile essentielle, C10H1<S, qui bout à 157° G. Elle produit facilement des cristaux d’un composé C10H16-}- HCl. Le résidu résineux est soluble dans 2 parties d’alcool à 75 pour 100, et plus abondamment dans l’alcool concentré. Deux parties de térébenthine, diluées d’une partie de benzine ou d’acétone, dévient la lumière polarisée de 9°, 5 à droite. L’huile essentielle la dévie de 6°, 4 à gauche; la résine, entièrement privée d’huile essentielle, et dissoute dans la moitié de son poids d’acétone, la dévie de 12°, 6 à droite, en colonne de 50 millimètres de long.
Nous n’avons pu réussir à préparer, avec la résine de la térébenthine de Venise, aucun acide cristallisé, quoique sa composition soit,
(1) J’ai observé une fois cette résine en gouttes cristallisées sur le tronc d’un
Mélèze, auprès de Berne. [P. A. P.] .
(2) J'ai vu, dans une circonstance, la térébenthine de Venise, dans une vente publique de drogues; vingt et un barils, importés de Trieste, furent mis en vente le 14 juillet 1864. [D. H.]
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d'après Maly, la môme que celle de la colophane d’Amérique, qui se transforme facilement en acide abiétique cristallisé.
Usages. — La térébenthine de Venise possède les propriétés médicinales qui appartiennent, à des degrés très-divers, aux autres substances du môme groupe, et son emploi est abandonné ; on la prescrit tout au plus dans la médecine vétérinaire.
Falsification. - Alston (1740-1760) dit de la térébenthine de Venise (1) qu elle se trouve rarement dans les boutiques. Cette remarque est également vraie de nos jours, car peu de droguistes se donnent la peine de se la procurer à l’état naturel. Celle qu’on vend d’ordinaire e>t un mélange de résine commune et d’essence de térébenthine. On peut facilement distinguer ce mélange de la térébenthine du Mélèze par la facilité avec laquelle il se dessèche lorsqu’on l’étend sur une feuille de papier (2), et par son odeur plus forte de térébenthine.
(a) Le Pinus Larix L. ( Species , 1420 ; Larix decidua Miller; Ab les Larix L\marck ; Larix pyramidalis Salisb.; Larix europœa DC.; Larix excelsa Jjnk ; Larix commuais Laws.) est un arbre de 27 à 30 mètres de haut, à tronc droit, recouvert
d’une écorce cendrée ou rougeâtre et lisse en dessous; â cyrne pyramidale, à branches verticillées, à peu près horizontales ou pendantes et relevées au sommet, émettant des rameaux allongés, grêles et pendants. Les feuilles sont caduques, réunies sur de petits ramuscules courts, écailleux, au nombre de trente à quarante, ou même, mais rarement, de cinquante à soixante ; elles sont inégales, plus ou moins étalées, molles, d’un vert gai, linéaires, obtuses, atténuées vers la base, un peu renflées au milieu, et parcourues par un sillon longitudinal peu profond, blanchâtre. Elles sont longues de 22 à 38 millimètres et larges de 1 millimètre au plus. Les chatons mâles sont ovoïdes, subglobuleux, longs de 5 à 8 millimètres, larges de S millimètres, souvent ascendants, solitaires au sommet des bourgeons foliifères. Les écailles anthérifères sont pyramidales, munies d’une crête. Les cônes femelles sont solitaires sur un rameau court ; ils sont ascendants, ovoïdes ou ovoïdes-oblongs, obtus. Les écailles fructifères sont nombreuses, imbriquées, coriaces, cartilagineuses, orbiculaires ovales, tronquées, planes et un peu convexes dans le dos. Les bractées mères des écailles fructifères sont très-développées, et font souvent saillie à la • surface des cônes ; elles sont terminées par une pointe saillante et dentées sur les
(1) Lectures on the Mat. Medic., Lond., 1770, II, 398.
(2) Lorsqu’on étend sur une feuille de papier une couche mince de térébenthine de Venise, et sur une autre une couche égale de térébenthine commune, au bout de quelques semaines on no pourra pas toucher la première avec le doigt sans qu’elle y adhère, tandis que la seconde formera un vernis sec et dur.
bords. Les fruits sont petits, obovales, munis d’une aile semiovnle, obtuse, à peine deux fois plus longue qu’eux. [Thad.]