LAITUE VIREUSE
Herba Lactucæ virasse-, nngl., Prickly Lettuce; altéra. , Giftlattich.
Origine botanique. — Lactuca virosa L. (1). — La Laitue viveuse est une grande herbe qui pousse dans les champs pierreux et sur les bords des chemins, dans toute l’Europe occidentale, centrale et méridionale. Elle abonde dans la péninsule espagnole et en France. En Angleterre elle n’est que peu répandue et ne s’étend pas vers le nord au delà des montagnes du sud-est de l’Ecosse (a).
Historique. — L’introduction de cette Laitue dansla médecine moderne estdue àCollin, célèbre médecin devienne, qui, vers 1771, recommanda son suc épaissi dans le traitement de l’hydropisie. Dans les cas de longue durée, on administrait cet extrait à la dose d’une demi-once par jour. Le Collège des médecins d’Edimbourg introduisit la Laitue vireusc dans sa Pharmacopée en 1792, tandis qu’en Angleterre sa place était occupée par la Laitue de jardin ( Lactuca satina L.). Les auteurs de la British Phcirmacopæia de I8ü7 ont écarté cette dernière et ordonné de préparer l'Extrait de Laitue ( Extraction Lactucæ) par épaississement du suc du Lactuca virosa L.
Description. — La Laitue viveuse est une plante bisannuelle. Elle pvo-
(1) Bentham réunit) cette plante au Lactuca Scariola L., mais dans la plupart des livres de botanique ces deux espèces sont maintenues distinctes.
duit la première année clos feuilles obovales, indivises, déprimées, et pendant la seconde une tige tonique, dressée, de I métré à 1 ,50 de haut, terminée par un panicule de petites (leurs coloiées en jaune pale, semblables à celles de la Laitue de jardin. La tige est cylindrique, un pou épineuse dans le bas. Elle porte des feuilles horizontales, d un xoil glauque, ovales-oblongues, souvent un peu lobées, auriculées, embrassantes, munies sur les bords de dents irrégulières, épineuses. Leur nervure médiane est blanche et couverte d’épines. La plante entière est riche en suc amer, laiteux, à odeur opiacée, forte et désagréable.
Composition chimique. — Nous ne connaissons pas de recherches chimiques modernes sur la Laitue vireuse. Les principes les plus importants de cette plante sont, sans doute, ceux qu’on trouve dans le Lactucarium et nous renvoyons le lecteur à cet article.
Usages. — Le suc exprimé et épaissi de la plante fraîche est considéré comme narcotique et diurétique, mais il est probablement à peu près inerte.
(a) Les Lactuca L. ( Généra , n° 909) sont, des Composées de la tribu des Ciclioriaeées, à capitules homogames, liguliflores ; à involucre oblong, lormé d écailles imbriquées ; à réceptacle plan et uni ; à fruit comprimé, prolongé, il la partie supérieure, en un bec capillaire qui supporte une aigrette à poils lisses ou légèrement scabres disposés sur un seul rang.
Le Lactuca virosa L. (Species, 1119) a les fleurs disposées en grappes réunies en un long panicule terminal, pyramidal, lâche. L’involucre est étroit et formé de bractées disposées sur plusieurs rangs, d'autant plus courtes qu’elles sont plus inférieures. Les fleurs, toutes ligulées, ont le périanthe jaune pâle, tronqué au sommet et découpé en cinq dents. Les anthères sont sagittées à la base. Les acharnes sont comprimés, marqués, de chaque côté, de cinq stries, entourés d’un bord saillant, glabres au sommet, aussi longs que le bec capillaire qui les surmonte et qui porte l’aigrette, colorés en brun noir. Les bractées florales sont sessiles, amplexicaules. Dans le centre de la France la plante fleurit de juin à septembre. Elle recherche les lieux incultes, les haies, les bois pierreux.
Le L'icluca saliva L. ( Spccies , 1118) a la tige un peu moins élevée et presque, pleine. Il se distingue nettement de l’espèce précédente par ses feuilles dépourvues d’aiguillons sur la nervure médiane et de cils sur les bords, oblongues-obovales ou presque orbiculaires, entières, plus ou moins ondulées, sinueuses ou découpées en dents irrégulières, les supérieures cordées et amplexicaules ; ses capitules disposés en panicules ordinairement denses. La patrie de cette plante est inconnue. Elle pourrait bien ne constituer, comme le Lactuca virosa, qu’une variété du Lactuca Scariola. Elle fleurit dans les jardins des environs de Paris de juin a septembre. On distingue généralement trois variétés principales de Lactuca saliva :
a. romana ( Laitue romaine, Romaine), à feuilles imbriquées avant la floraison, oblongues, concaves, carénées, peu ondulées;
[L capitata ( Laitue pommée), ne se distingue de la précédente que par ses feuilles suborbiculaires, davantage ondulées;
COMPOSÉES
. i'. crispa ( La üue frisée ), l'osettc avant la floraison, •crispées. [Tit.w>.]
sc distingue des deux autres par ses feuilles étalées en profondément pinnntipnrtites, sjnuée.% très-ondulées et
LACTUCARIUM.
Lactucarium ; nng!., Lrttucc Opium, Thvhlanc (i); «ilem.. Lactucarium.
Origine botanique. — Les espèces de Lactuca dont on retire le Lac. I ncarium sont au nombre de Irois ou quatre :
■1° Lactuca virosa, L., décrite dans l’article précédent ;
2n Lactuca Scanola L., plante très-voisine de l'espèce précédente dont elle ne constitue peut-être qu’une variété; son feuillage est cependant moins abondant et plus glauque, ses feuilles divisées en lobes plus aigus, beaucoup plus dressées et presque parallèles à la tige. Sa distribu fion géographique est la même que celle du Lactuca virosa (2) ;
3n Lactuca altissima Bieb., originaire du Caucase, maintenant cultivée en France, en Auvergne, pour la production du lactucarium. C’est une herbe gigantesque, dont la tige atteint, sous l’influence de la culture, une hauteur de 3 mètres et un diamètre de 4 centimètres. Le professeur G. Planchon la considère comme une simple variété du Lactuca Scariola L.:
4° Lactuca sativaL., laitue commune des jardins (3) (voir page 27, note a).
Historique. Le docteur Coxe, de Philadelphie, suggéra le premier l’idée que le suc de la Laitue recueilli de la même façon que l’opium sur les tètes de Pavot pourrait être employé utilement en médecine. Les résultats de ses expériences sur le suc de la Laitue de jardin, qu’il nomma opium de Laitue , furent publiés en 1799 (4). Les essais de Coxe furent continués, quelques années plus tard, par Duncan, Young, An-
(1) Le nom de Thridacc est aussi appliqué à l’Extrait de Laitue.
(2) La fleur et le fruit du Lactuca Scariola sont semblables à ceux du Lactuca virosa. Le fruit offre cependant un petit caractère qui permet de le reconnaître. Ses stries sont glabres dans le I.actuca virosa, tandis qu'elles sont hérissées vers le haut dans le Lactuca sativa. Mois ce sont là, incontestablement, des caractères de trop peu de valeur pour qu’on puisse conserver les deux espèces. [Tuad.]
(3) Les auteurs du Codex français de 1866 indiquent comme source du lactucarium une forme de Laitue de jardin qui a reçu de De Candolle le nom de Lactuca capitata. Maisch retira du lactucarium du Lactuca elongata Mühl. (in Amer. Journ. ofPharm., 1869, 148).
(4) Jnquiry on the comp. effccts of the Opium officivarum, extract from the Papaver somniferum or White Poppy of Linnæus and that.procurcd from the Lactuca sativa or Common cultivated Lettuce of the samr author (in Traits, of the American Philoso • phical Society, 1799, IV, 387).
derson, Scudamore et d 'autres 6n Ecosse, et par Bidault de Villiers et de nombreux observateurs eu France. Ea production du lactucarium en Auvergne fut commencée (1), vers 1841, par Aubergier, pharmacien de Clermont-Ferrand.
Sécrétion. — Toutes les parties vertes de la plante sont traversées par un système de vaisseaux qui, lorsqu’on les coupe, surtout pendant la floraison, laissent immédiatement exsuder un suc blanc laiteux. La tige, d’abord pleine et charnue, devient ensuite creuse ; elle doit sa rigidité à un cercle d’environ trente faisceaux fibrovasculaires, dont chacun contient un cylindre de cambium. Entre ce tissu et le parenchyme cortical primaire est situé le système des vaisseaux laticifères qui présente, sur une coupe transversale, un cercle simple ou double de tubes à parois minces, dont la cavité contient une masse de suc coagulé, coloré en. brun foncé. Sur une coupe longitudinale, ces tubes paraissent ramifiés et reliés transversalement les uns aux autres comme les laticifères du Pissenlit. Les plus larges de ces tubes ont 35 millièmes de millimètre de diamètre et correspondent à peu près régulièrement aux faisceaux vasculaires. Chacun de ces derniers est aussi séparé de la moelle par une bande de tissu cambiforme dans la circonférence duquel sont situés des laticifères isolés et plus petits. 11 existe donc deux systèmes de laticifères, contigus, l’un à la moelle, l’autre à l’écorce, et séparés l’un de l’autre par le bois privé de sucs (2). Les laticifères de l’écorce sont protégés seulement par deux à six rangées de cellules du parenchyme de l’écorce moyenne. Ces cellules diminuent rapidement de taille de dedans en dehors et sont enveloppées par un épiderme à parois peu épaisses. Il est donc facile de comprendre que la plus légère piqûre ou incision soit suffisante pour atteindre le système très-riche des laticifères. Les gouttes du suc laiteux abandonnées à l’air durcissent rapidement et forment de petites masses d’un brun jaunâtre en dehors, blanchâtres en dedans.
Rccoite et description . — Le lactucarium est recueilli, particulièrement depuis'|184o, dans le voisinage de la petite ville de Zell, sur la Moselle, entre Coblentz et Trêves, dans la Prusse rhénane. L introduction de cette industrie est due à M. Gocris, pharmacien de cette ville, auquel nous devons les informations qui suivent. Nous
(1) Comptes rendus de l'Ac. des sc., 1812, XV, 923.
(2) Très-bien figurés par Hanstein dans l'ouvrage signalé îi la page 23, note 1. Voyez aussi: Trécul, in Ann. sc.nat., 1806, V, 09. — Dippei., Entstehung der Milclisa ftcje fasse, Rotterdam, 1803, l. 1, f. 17.
M COMPOSÉES
devons aussi quelques détails plus particuliers à M. Meurer, de Zell.
La plante est cultivée dans les jardins, où elle produit sa tige seulement pendant la seconde année. En mai, au moment où la plante va fleurir, on coupe la tige à 30 centimètres environ au-dessous de sou sommet. On on sépare ensuite, tous les jours, un morceau, à l’aide d'une section transversale, jusqu’au mois de septembre. On recueille avec le doigt le suc d’abord blanc, mais bientôt brun à la surface, qui s’écoule par l’extrémité sectionnée et on le dépose dans des vases hémisphériques en terre, où il durcit assez complètement pour qu’on puisse le renverser en une seule masse. On le fait alors sécher au soleil jusqu’à ce qu’on puisse le couper en morceaux. On achève la dessiccation en l'exposant à l’air, sur des châssis, pendant quelques semaines.
Zell produit annuellement de 300 à 400 kilogrammes de lactucarium; le district entier en fournit 20 quintaux par an. Le prix de la drogue atteint sur place de 12 à 30 marcs le kilogramme.
Le district d’Eifel, dans lequel autrefois on recueillait du lactucarium, n’en produit plus aujourd’hui.
Tel qu’on le trouve dans le commerce, le lactucarium se présente en morceaux anguleux, obtenus comme nous l’avons dit plus haut, mais plus ou moins contractés et irréguliers par suite de la perte d’eau et des cassures. Au dehors il est d’un brun rougeâtre foncé, opaque et comme cireux en dedans et d’un blanc crémeux lorsqu’il est récent. Par l’exposition à l’air ce blanc devient d’abord jaune, puis brun. L’odeur du lactucarium est forte, désagréable, et rappelle celle de l’opium. Son goût est très-amer.
Le lactucarium produit par Aubergier, de Clermont-Ferrand, est d’excellente qualité, mais ne paraît pas différer de celui qu’on obtient sur la Moselle. 11 est en pains circulaires de 4 centimètres de diamètre, au lieu d’être en morceaux anguleux. Le lactucarium d’Ecosse, qui seul se trouvait autrefois sur le marché, s’y rencontre encore aujourd’hui (1872). M. Fairgrieve, qui le produit dans les environs d’Edimbourg, recueille le suc dans de petits vases d’étain où il se dessèche; on le retire du vase et on le fait sécher à une chaleur douce. La drogue se brise, sous l’influence de ce procédé de dessiccation, et se présente en masses terreuses, irrégulières, d’un brun foncé, dont la plus grande atteint à à peu près 2 centimètres et demi de long; son odeur ressemble exactement à celle de la drogue recueillie sur le continent (1).
(1) Nous sommes redevables à M. II. C. Baildon d’un échantillon de lactucarium
Ml
Nu us 11c connaissons pas le lactucarium de Russie, qui a été coté sur quelques catalogues du continent à un prix très-élevé.
Composition chimique. — Le lactucarium est un mélange- de substances organiques très-différentes avec 8 à 10 pour 100 de matière inorganique. Aucun dissolvant ne le dissout complètement et lorsqu’on le chauffe il se ramollit, mais ne fond pas.
En l’épuisant avec de l’alcool bouillant, nous en avons retiré 58,7 pour 100 de Lactuccrine ou Lactucone, Ct0H2SO (I), qui se dépose en cristaux. Ceux-ci, convenablement purifiés, se présentent en fines aiguilles incolores qui fondent vers 185° G. et se transforment en une masse amorphe. Lalactucérine est une substance neutre, inodore, insipide, insoluble dans l’eau, mais soluble dans l’éther et dans les huiles fixes et volatiles ; un peu moins dans la benzine et le bisulfure de carbone. Elle paraît étroitement alliée à Y Euphorbone avec laquelle il serait nécessaire de la comparer soigneusement. L’alcool froid et l’eau bouillante enlèvent au lactucarium environ 0,3 pour 100 d’une substance amère cristallisable, la Lac lutine, C"Hl203, IPO, qui n’est pas un glucdside, quoiqu’elle réduise le tartrate alcalin de cuivre. La lactucinc forme des écailles d’un blanc de perle, facilement solubles ejans l’acide acétique, insolubles dans l’éther. Elle perd son amortune lorsqu’on la traite par un alcali.
Ludwig a retiré de la liqueur mère ayant fourni la lactucine, de l’aticle Laclucique sous forme d’une substance amorphe, d’un jaune brillant qui cristallise après un repos prolongé. Récemment on a retiré du lactucarium une petite proportion d’une substance amorphe, la Laclucopicrine , C44IIGi021, probablement produite par oxydation de la lactucine. D’après Kromayer (1802) elle est soluble dans l’eau et l’alcool, et est très -aepère.
Parmi les principes constituants les plus répandus dans les plantes, le lactucarium contient de la résine, de l’albumine, de la gomme, des acides oxalique, citrique, malique et succinique, du sucre, de la mannite, de l’asparagine, des nitrates et phosphates de potassium, de calcium et de magnésium. En concentrant une décoction aqueuse de lactucarium, nous avons' obtenu des cristaux de nitrate de potassium. La distillation avec de l’eau entraîne une très-petite quantité d’une huile volatile, qui a l’odeur du lactucarium.
d’Ecosse recueilli vers 1844, cl ù MM. T. el II. Smith d’un échantillon récent récolté par M. Fairgrieve.
(1) Des recherches plus récentes commencées dans mon laboratoire fournissent des résultats qui se rapprochent plutôt de la formule Cl9II;,0O. [F. A. F. J
LOBÉLIÉES.
Usages. — On suppose que les propriétés narcotiques universellement attribuées autrefois à la Laitue existent avec plus d’énergie dans le lactucarium. Cependant, de nombreuses expériences n’ont pu nous démontrer dans ce produit que des propriétés sédatives très-faibles, sinon une inerlie absolue (I ).
LOBÉLIÉES
LOBÉLIE ENFLÉE.
Ucrba Lobclix ; angl., Indian Tobacco; allem., Lobeliakraul.
Origine botanique. — Le Lobelia inflata L. est une herbe annuelle qui atteint de 25 à 50 centimètres de haut ; sa tige est dressée, anguleuse, simple ou plus fréquemment ramifiée près de son extrémité. Elle est très-répandue dans le nord de l’Amérique, depuis le Canada jusqu’au Mississipi. Elle se plaît dans les champs abandonnés, sur le bord des routes et sur la lisière des bois. Elle réussit bien dans les jardins européens (a). *
Historique. — Le Lobelia inflata fut décrit et figuré par Linné (2) d après des échantillons cultivés par lui-même a Upsala, vers 1741, mais il n’attribua à cette plante aucune propriété médicinale. Les indigènes de l’Amérique du Nord font usage de l’herbe, qui pour ce motif et à cause de son goût âcre a reçu le nom d 'Indian Tobacco (Tabac indien*. En Europe, elle fut signalée par Schoepf (3), mais avec une faible appréciation de scs propriétés. En Amérique elle était depuis longtemps entre les mains des charlatans, lorsque son action contre l’asthme fut signalée, en 1813, par Cutler. Elle ne fut pas employée en Angleterre jusqu’en 1829. Reece (4) l’introduisit alors dans la pratique médicale en même temps que plusieurs autres médicaments.
Description. — Les feuilles ont de 2 centimètres et demi a 7 centimètres de long; elles sont épaisses, sessiles, ovales-lancéolées, aiguës, légèrement dentées, un peu pubescentes. Les bords de la feuille portent
(U Stille, Th crap. and Mat. Med., 1868, I, 756. -Garrod (in Med. Time? and Gazette 26 mars 186'.) a prescrit le lactucarium h la dose de 1 drachme O*/7'1) répétée trois ou quatre fois par jour, sans pouvoir constater aucun effet anodm ou narcotique.
(2) Acta Soc.rcg. scient. Upsal., 1746, 23.
(3) Mat. med. Amcricana, Erlangæ, 1787, 128.
(4) Treatisc on the Bladdcr-podded Lobelia, Loud., 1829.
de petites glandes blanchâtres, et, entre elles, des poils isolés qui sont plus fréquents sur la face inférieure que sur la supérieure. Elles sont d’ordinaire plus nombreuses dans le bas et vers la portion moyenne de la tige. La tige de la plante verte laisse exsuder, lorsqu’on la coupe, une petite quantité de suc laiteux, âcre, contenu dans des vaisseaux lactifères qui se prolongent dans les feuilles. Les fleurs, peu remarquables, sont disposées en grappes terminales feuillues. La corolle, à cinq divisions, bilabiée, est bleuâtre, avec une tache jaune sur la lèvre inférieure ; son tube est aussi long que le limbe divergent du calice. Le fruit est une capsule ovoïde, renflée, munie de dix nervures, et couronnée par les cinq sépales qui sont moitié aussi longs que le fruit mûr. Ce dernier est divisé en deux loges qui contiennent un grand nombre de graines de 5 millimètres de long, ovales-oblongues , réticulées et creusées de fossettes. Dans le commerce, cette herbe se présente en paquets rectangulaires qui ont de 2 centimètres et demi à 3 centimètres d’épaisseur, et sont constitués par les parties herbacées, coupées et comprimées lorsqu’elles étaient encore humides, et ensuite soigneusement arrangées. Les paquets arrivent enveloppés de papier, scellés et portant la marque de quelque droguiste ou herboriste américain. La Lobélie possède une odeur herbacée, et lorsqu’on la mâche, un goût âcre, brûlant, qui ressemble à celui du tabac.
Composition chimique. — La Lobélie a été étudiée au point de vue chimique par Procter (1838-1841), Pereira (1842), Reinsch (1843), Bastick (1851) et F. F. Mayer (1). Le premier de ces chimistes (2) attribua 1 activité de la plante à un alcaloïde liquide, volatil, qu’il nomma Lobéhne. Ses observations furent confirmées, quelques années plus tard, par les recherches indépendantes de Bastick (3). D’après les tra- \aux de ces chimistes, la lobéline paraît être un liquide huileux, visqueux, transparent, a réaction alcaline énergique, surtout lorsqu’il est en solution. A 1 état pur elle exhale une odeur faible, semblable à celle de la plante, qui devient plus forte quand on la mêle à l’ammoniaque. Son goût est piquant et semblable à celui du tabac. Prise à faible dose, cette substance produit d’une manière énergique, l’action toxique de la drogue. La lobeline est volatile, mais ne s’évapore pas sans subir quelque modification. Elle se dissout dans l’eau; plus facilement, dans
(B Amer. Journ. of Phann., 1800, XXXVII, 2Ô9. — Jahresbericht do Wiggers cl Husemann, 1866, 252.
(2) Amer. JoUrn. of Phann., 1 838, III, 98 ; 181 1, VII, i ■ — Phann. Journ., 1851, X, 156,
(3) Pharrn. Joürn , 1851, X, 270.
•'*-* LOBÈLIÉES.
1 nlcoul et l’éther. Ce dernier la sépare de sa solution aqueuse. Les alcalis caustiques la décomposent facilement. Elle neutralise les acides, en formant avec eux des sels cristallisables, solubles dans l’eau et dans l’alcool. Son hydrochlorate est décrit comme formant des cristaux aciculaires bien définis, incolores et transparents. On a obtenu aussi un sulfate, un nitrate et un oxalate de lobélinc.
L’herbe contient encore des traces d’une huile essentielle (la Lnbélianine de Pereira?), une résine et une gomme. Les graines ont donné à Procter environ 30 pour 1 00 d’une huile fixe pesant 0,940, qui se dessèche très-rapidement. La Lobéliine de Eeinsch paraît être un composé non défini.
En 1871, Enders lit, a notre demande, quelques recherches sur la Lobélie, dans le but d'is.oler la substance âcre à laquelle l’herbe doit son goût. 11 épuisa la drogue avec de l’esprit-de-vin, et distilla le liquide en présence du charbon qui retint le principe âcre. Le charbon fut lavé avec de l’eau, et traité par l’alcool bouillant. Ce dernier, laissa, en s’évaporant, un extrait vert, qui fut purifié à l'aide du chloroforme. On obtint ainsi finalement des houppes verruqueuses, de couleur brunâtre, facilement solubles dans l’éther et ie chloroforme, mais peu solubles dans l’eau, ayanl la saveur âcre de la Lobélie. Cette substance, que nous pouvons nommer fjobélacrine, se décompose quand on la fait bouillir dans l’eau. Sous l’influence des alcalis ou clés acides, elle se dédouble en sucre et en acide Lobèlique. Ce dernier est soluble dans l’eau et l’alcool; il n’est pas volatil ; il donne avec l’oxyde de baryum un sel soluble, tandis que son sel plombique est insoluble dans l’eau.
Usages. — La Lobélie est puissamment nauséeuse et émétique; à haute dose, elle constitue un poison narcotico-âcre. On la prescrit contre l’asthme spasmodique.
(a) Les Lobéliées sont des Campaiiulucées à Heurs irrégulières el à ovaire infère.
Le Lobelia inflata L. (in Ad. Vps., 1741, 23, t. 1) est une plante annuelle, dressée, rameuse, très-velue, à feuilles alternes, scssiles, décurrentes. Au-dessous du point d’insertion de chacune d’elles la tige offre deux ailes membraneuses qui prolongent les bords de la feuille. Elles sont ovales-lancéolées, pointues ; leurs bords sont repliés en dedans, ondules, sécrétés, avec des dents munies de petites glandes blanches. Elles sont plus ou moins velues sur les deux faces, et parcourues, sur la face inférieure, par des nervures très-saillantes. Les fleuri sont disposées eu grappes terminales, feui liées. Les pédoncules floraux, beaucoup plus courts que les feuilles, sont dépourvus de bractéoles. La fleur est irrégulière, de taille moyenne. Le calice est formé de cinq sépales linéaires, aigus, étalés, lisses ou légèrement pubescents. La corolle est très-irrégulière, gamopétale, bilahiée, colorée eu bleu pale. Son tube est fendu en arrière et muni, sur la face interne, de poils qui deviennent plus longs au
HISTOIRE LIES DROGUES D’ORIGINE VÉGÉTALE. ;j:j
niveau de la gorge. Sou limbe est divisé eu cinq lobes profonds, les deux supérieurs dressés, ou légèrement réfléchis, linéaires, aigus, les trois inférieurs ovales, émoussés au sommet, étalés. L’androcéc est formé de cinq étamines à filets indépendants velus à la base, et à anthères conniventes, biloculaires, introrses, déhiscentes par deux fentes longitudinales. L’ovaire est infère, muni de eûtes, biloculaire, chaque lotre. contenant plusieurs ovules anatropes, insérés dans l’angle interne ; il est surmonté d’un style lisse, terminé par un stigmate bilobé. Le fruit est une capside renflée presque globuleuse, surmontée par le calice persistant et parcourue par une dizaine de nervures longitudinales saillantes. Chacune des. deux loges contient, sur un gros placenta axile, un grand nombre de petites graines albuminées, à embryon droit. [Trad.]
ERIGAGÉES
FEUILLES DE BUSSEROLE.
l'ulia Uae Lrsi ; angl., Bearbervij Lcaces ; allem., Bài'cntraubcnblàtln'.
Origine botanique. — Arctostaphylos Uva-Ursi Sprengel (. Arbutus Uva- Ursi L.). C est un petit arbuste procombaut, toujours vert, répandu dans la plus grande partie de l’hémisphère boréal (I). On le trouve dans l’Amérique du Nord, en Islande, dans le nord delà Russie d’Europe et d’Asie, et sur les principales chaînes de montagnes de l’Europe centrale et méridionale. Dans la Grande-Bretagne, il est limité à l’Ecosse et au nord de l’Angleterre et de l’Irlande (a).
Historique. — La Busserole, décrite pour la première fois par Clusius en 1601, fut recommandée pour l’usage médical en 1763, par Gerhard, de Berlin, et d’autres (2). Elle fut introduite, pour la première fois,’ dans la Pharmacopée de Londres en 1788.
Description. Les feuilles sont d’un vert sombre ; elles ont environ 2 centimètres de long sur 1 centimètre de large. Elles sont obovales, arrondies a l’extrémité, et graduellement amincies en un court pétiole. Elles sont entières, avec le bord un peu réfléchi et, à l’état jeune, un peu pubcscent. La feuille entière est lisse, glabre et coriace; sa faae supérieure est luisante et profondément sillonnée par un réseau de nenuies, sa face inférieure est réticulée de nervures foncées. Les feuilles ont une saveur très-astringente, et lorsqu’elles sont pulvérisées, une odeur semblable à celle du thé.
serole^UdtnDlii^Æ^^ Kor™gcm, 187 5, 270) a constate que les tiges de laBus- ^ p , k •- Scandinavie, jusqu’à. 46 ans d’âge et un diamètre do 22 millimètres#
(-) Murray, Appuratus mcdicaminum, 1794, II, 04-81.
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ÈRICACftES.
Composiiion chimique. — Kawalici’ a montré, en i8r»3, qu’une décoction de Busserolc traitée par l'acétate basique de plomb donne
un gallate de ce métal, prouvant ainsi ipie l’acide gallique préexiste dans les feuilles. Lorsque le liquide filtré, préalablement privé de plomb par le sulfure d’hydrogène, est convenablement concentré, il laisse déposer des cristaux d 'Arbutine, Ga5lPOr\ C’est une substance neutre, amère, facilement soluble dans l’eau chaude, moins soluble dans l’eau froide, soluble dans l’alcool, mais peu dans l’éther (t).
Sous l’influence d’un contact de quelques jours avec l’émulsine, ou sous l’action de l’acide sulfurique dilué bouillant, l’arbutine se décompose en Hydrohinone, C6H602 ( ArcLuvine de Kawalier), en Méthylhydrokinone, C7H80!, et en glucose. Le peroxyde de manganèse et l’acide sulfurique dilué, d’autre part, convertissent l’arbutine en Kinone, C6Hl20, et en acide formique.
Fig. i3o. Busseroie. Lorsqu’on abandonne au repos pen-
Extrémitû d’un rameau. .
dant quelques mois une décoction concentrée des feuilles, il se produit une décomposition de l'arbutine, et on peut isoler une certaine quantité d'hydrokinone en agitant le liquide avec de l’éther.
L’hydrokinone a été aussi trouvée par Uloth, en 1859, parmi les produits de distillation de l’extrait aqueux des feuilles de Busserole en même temps qu’une substance isomériqüe, la Pyrocatécliine. L’arbutine elle-même donne aussi de l’hydrokinone par la distillation sèche. L’hydrokinone forme des cristaux incolores qui fondent à 177°, S C. La kinone cristallise en écailles brillantes, jaunes, qui fondent à 1 I5°,7 C., en émettant une odeur particulière. Ses vapeurs irritent fortement les yeux, et sa solution aqueuse colore la peau en jaune.
Il reste dans la liqueur mère où a cristallisé l’arbutine une petite
(I) IIi.asiwetz et IIaheumann, 1875.
HISTOIRE DES DROGUES D’ORIGINE VÉGÉTALE. ;i7
quantité d'uno substance très-amère nommée Ericoline , qui se présente en plus grande abondance dans d’autres Ericacées (1). L ericoline, C3*H36021, est une substanee jaunâtre, amorphe, qui se ramollit à 100° G., et se décompose, lorsqu’on la chauffe avec de l’acide sulfurique dilué en sucre et en Ericinol , huile incolore, qui se résinifîe rapidement, et est isomère du camphre des Laurinées. Il a une odeur particulière qui n’est pas désagréable.
II. Trommsdorff, en 1854, a retiré des feuilles de Busserole, en les épuisant avec do l’éther, une substance peu soluble cependant dans ce liquide, neutre, cristallisable, incolore et sans goût, YUrsone, C20H320'1 2, Elle fond à 200° G., et sublime sans changement apparent. Tonner, en 1866, a trouvé cette substance dans les feuilles d’un Epacris australien, plante appartenant à la même famille que la Busserole.
Enfin on trouve dans les feuilles de la Busserole de l’acide tannique. Leur infusion aqueuse est presque incolore, mais devient violette lorsqu’on ajoute une solution de sulfate ferreux. Il se produit, au bout de peu de temps, un précipité rougeâtre qui tourne rapidement au bleu. Lorsqu’on emploie du chlorure ferrique, il se forme immédiatement un précipité noir bleuâtre.
Falsification. — Les feuilles du Vaccinium Vitis-Jdœa L., nommé Red Wliortleberry ou Cowberry , ont été confondues avec celles de la Busserole, auxquelles elles ressemblent beaucoup par la forme. Elles s’en distinguent facilement parce qu’elles sont un peu crénelées vers le sommet, pointillées et réticulées sur la face supérieure, et plus révolutées sur les bords. L infusion des feuilles de ViUs-ldseci se comporte difléîemment avec les réactifs. Le sulfate ferreux additionné d’un peu d’acétate sodique y produit un précipité brun noirâtre, tandis que dans les mêmes circonstances 1 infusion de la Busserole fournit un précipité d un beau violet. Cette dernière, en outre, est colorée en vert par l’eau de chaux.
Usages. Les ieuilles de Busserole constituent un tonique astringent, particulièrement employé contre les maladies de la vessie.
(a) Les Arbutus T. ( Instit ., b!!8, t. 368) sont des Ericacées de la tribu des Arbutées, a fruit indéhiscent, divisé en cinq loges monospermes. Sous le nom d’Arctustuphylos , Adanson ( b am . II, 165) a séparé des Arbutus un certain nombre
d espèces à fruit drupacé, contenant cinq noyaux monospermes. Ce caractère n’a pas assez d’importance pour permettre d’établir autre chose qu’une section dans le genre Arbutus.
(1) Notamment dans les feuilles des Calluna , Ledum, Rhododendron. L’arbutine a
«'le egalement signalée dans le Kalmia latifolia L., dans les Pyrola , etc. [P. A. P.]
É1UCACÉES.
1/ Arbulus Uoa-Ursi ' L. (Speries, Ü66) est nn sous-arbrisseau, ii rameaux longs di' HO centimètres à I mètre et davantage, étalés à la surface du sol, relevant à peine leurs extrémités, pubescents dans le jeune âge, glabres à l’état adulte, toujours verts, à feuilles alternes, obovales, arrondies à l’extrémité, portées par un court pétiole, tournant presque toutes leur face supérieure en haut, colorées en vert foncé, un peu plus pâle sur la face inférieure, luisantes, très-glabres à l’état adulte et tout à fait entières sur les bords. Los Heurs sont disposées en grappes courtes, denses, terminales. Elles sont portées par des pédicellcs plus courts que la corolle et accompagnées de bractées lancéolées, pubescentes sur les bords, persistantes, presque aussi longues, à la maturité du fruit, que le pédoncule. La fleur est régulière et hermaphrodite, avec un réceptacle convexe. Le calice est gamosépale, it cinq lobelarges et courts. La corolle est ovoïde, campanulêc, divisée en cinq lobes alternes avec les sépales, courts, réfléchis, couverts de poils sur la face interne. Elle est colorée en rose. L’androcée est formé de dix étamines insérées comme la corolle sur un disque hypogyne, cinq sont opposées aux sépales et cinq aux pétales. Les filets sont indépendants de la corolle et libres entre eux ; ils sont pubescents et terminés chacun par une anthère à deux loges déhiscentes par un pore terminal introrse. Chaque anthère est munie vers le sommet, sur la face dorsale, de deux appendices filiformes à peu près aussi longs que le filet. L'ovaire est libre, formé de cinq carpelles, divisé en cinq loges dont chacune renferme un seul ovule anatrope, inséré dans l’angle interne, pendant, à micropvle dirigé en haut. L’ovaire est surmonte d’un style filiforme, terminé par une surface stigmatique capitée. Le fruit est une petite drupe globuleuse, rouge, à chair âpre, contenant cinq noyaux monospermes. Les graines sont pendantes et contiennent, sous un tégument arilliforme, un albumen charnu et un embryon droit à radicule supère. En France, cette iolie plante fleurit en avril et mai. [Trad.]
ÉBÉNAGÉES