‹ Histoire des drogues d'origine v©♭g©♭tale [electronic resource]Chapitre 80 sur 124 · GOUDRON VÉGÉTAL · texte numérisé non relu

GOUDRON VÉGÉTAL

Pix liquida ; Goudron végétal , Poix liquide ; angl., Wood Tar ; allem., Holztheer, Fichtenilieer .

Origine botanique. — On obtient ce Goudron en soumettant le bois des tiges et des racines des Conifères à la distillation sèche ou destructive. Celui qu’on trouve dans le commerce est fabriqué dans le nord de l’Europe. On le retire surtout de deux espèces, le Pinus silvestms L. et le Pinus Ledebourii Endlicher ( Larix sibirica Ledeb.). Ces arbres constituent les vastes forêts de l’Europe et de 1 Asie arctiques.

Historique. — Théophraste donne une description détaillée de la préparation du Goudron. Elle s’applique parfaitement au procédé encore employé dans les endroits où les méthodes perfectionnées de fabrication n’ont pas encore été introduites.

Production. — Le Goudron végétal, employé en Europe en trèsgrande quantité et connu sous le nom de Goudron d 'Archangel ou de Stockholm, est fabriqué dans la Finlande, dans le nord et le centre de la Russie et en Suède.

On emploie le procédé suivant: de grandes quantités de bois de Pin, consistant surtout en racines et en portions inférieures des troncs (les parties les meilleures de l’arbre étant employées comme bois de construction) et s’élevant jusqu’à 30 000 et 70 000 pieds cubes, sont amoncelées avec soin, et recouvertes d’une couche épaisse de tourbe, de mousses

et de terre, qu’on bat avec de lourds pilons. Ce tas de bois est élevé au-dessus d’une cavité conique, ou en forme d’entonnoir, creusée dans le sol, autant que possible sur le flanc d’une montagne, destinée à recueillir le produit de distillation qui s’écoulera. On met le feu au bois, qui brûle lentement et sans flamme, de façon à donner une quantité considérable de Goudron et un charbon de bonne qualité. Les produits de la combustion, et particulièrement le Goudron, s’accumulent dans la cavité en entonnoir du sol, d’où on les fait écouler, par un tube, dans un bassin en fonte, ou simplement dans des troncs d’arbre creux. Le temps nécessaire pour la combustion est d’une à quatre semaines, suivant les dimensions des bûches. Dans ces dernières années, on a perfectionné ce procédé grossier, et on a rendu l’opération plus rapide par l’adoption d’alambics en fer forgé, munis de condensateurs à réfrigérants,comme cela avait été proposé en Russie, par Hessel, en 1861 . Parce procédé, la quantité de Goudron fournie par le bois de Pin est d’environ 14 pour 100, pour les tiges préalablement desséchées par exposition en plein air, et de 16 à 20 pour 100 pour les racines. On recueille en même temps de grandes quantités d’acide pyroligneux et d’essence de térébenthine. Le bois du hêtre et d’autres arbres, autres que les Conifères, paraissent ne pas fournir plus de 10 pour 100 de Goudron, et la tourbe n’en donne que de 3 à 9 pour 100.

Description.— Les nombreux produits empyreumatiques qui résultent de la distillation destructive du bois de Pin, et qui portent le nom de Goudron, constituent une substance semi-liquide, colorée en brun foncé ou noirâtre, à odeur particulière et à saveur âcre. Privé d’eau et examiné en couche mince, le Goudron est tout à fait transparent. Le microscope révèle, dans certaines variétés, la présence de cristaux incolores de Pyrocatéchine , répandus dans une substance visqueuse, noire, et donnant à ces Goudrons une apparence granuleuse, analogue à celle du miel (1). Sous l’influence d’une chaleur douce, ces cristaux fondent et se mélangent avec les autres principes constituants. Le véritable Goudron végétal possède toujours une réaction nettement acide. 11 se mélange facilement avec l’alcool, l’acide acétique cristallisable, l’éther, les huiles fixes et volatiles, le chloroforme, la benzine, l’alcool amylique et 1 acétone. Il est soluble dans les solutions alcalines caustiques, mais non dans l’eau pure ou dans les liquides aqueux. Le poids spécifique du Goudron retiré des racines des Conifères est, d’après Hessel, d’envi-

(1) Ces cristaux constituent un fort bon sujet d’observation .microscopique dans la lumière polarisée.

CONIFERES.

ron 1,06; mais, à une température un peu élevée, il devient un peu plus léger que l'eau. L’eau qu’on agite avec du Goudron acquiert une teinte jaunâtre claire, la saveur et l’odeur du Goudron, et une réaction acide. Sous l’influence de l'évaporation, cette solution devient brune, on obtient enfin des cristaux microscopiques et un résidu brun semblable au Goudron lui-même, et désormais insoluble dans l’eau. L’examen microscopique du Goudron qui a été épuisé par l’eau montre que tous les cristaux ont disparu.

Composition chimique. — Le bois soc peut être chauffé à 150° C. environ sans se décomposer, mais à une température plus élevée il commence à subir des modifications; il donne un grand nombre de produits dont la nature et les quantités relatives dépendent de plusieurs conditions. Si l’opération est faite dans un vase clos, on obtient un résidu qui a plus ou moins de ressemblance avec la houille. C’est ainsi qu’en chauffant du bois de Sapin à 400° C. dans un vase clos, Daubrée, en 1857, a obtenu une substance semblable à la bouille, qui ne donna à une température plus élevée qu’une très-petite quantité d'huile volatile.

Les résultats sont tout à fait différents lorsqu’on suit un procédé qui permet la formation des corps volatils, et ces substances se produisent surtout en grande quantité lorsque la chaleur agit rapidement et avec énergie. A une température moins élevée, il se produit davantage de charbon et d’eau.

Parmi les produits volatils de la distillation destructive du bois, ceux qui se condensent à la température ordinaire de l'atmosphère offrent seuls un intérêt pharmaceutique, et parmi eux le plus utile est la partie insoluble dans l’eau, ou celle qui a été nommée Goudron ou Poix liquide. La portion aqueuse des produits est constituée, en majeure partie, par de l’acide acétique empyreumatique (acide pyroligneux), auquel le Goudron doit sa réaction acide.

Les tissus du bois sont formés surtout de cellulose intimement combinée avec une substance saccharine, qu’on peut séparer du bois en le faisant bouillir dans les acides dilués. La cellulose qui reste n’est cependant pas pure ; elle est encore unie à une substance qui, comme l’a montré Erdmann (1), est susceptible de donner de la pyrocatéchine.

11 est bien connu que le sucre, soumis à une température élevée, donne une série de produits pyrogénés. Le même fait se produit lorsqu’on chauffe la cellulose de la même façon. Cependant, pour préparer

(1) Liebig, Annalen (1er Chemie und Pharmacie, 1867, Suppl., V, 220.

le Goudron, on doit préférer les bois imprégnés de résines et d’huiles essentielles. Ces dernières fournissent une autre série de produits ernpyreumatiques. Dans ces conditions, les principes constituants du Goudron de bois ont des caractères très-divers, surtout lorsque des bois autres que ceux des Conifères font partie des matières soumises- à la distillation. Lorsqu’on emploie du bois de hêtre, il se forme de la Créo~ sote ; celui des Conifères n en donne qu une très-petite quantité. Les alcaloïdes volatils et l’acide carbolique qui se produisent en grande quantité pendant la distillation destructive, paraissent 11e pas exister dans le Goudron végétal.

Les principes constituants de ce dernier peuvent, être divisés en deux groupes: 1° une portion aqueuse plus légère , qui se sépare des autres produits de la distillation et constitue Yacide pyroligneux impur. Elle est formée surtout d 'Acide Acétique et à' Alcool M éthylique, GH'O; A Acétone , CW); de Mésile, C6H1202; de Fur fur ol (1), C5IP02, et d’autres principes liquides très-solubles dans l’eau et dans l’acide acétique. On y trouve aussi une petite quantité de pyrocatéchine ; 2° le second groupe de produits pyrogénés du bois est formé d’une série homologue d’bydrocarbones liquides , à peine solubles dans l’eau et contenus dans la couche plus lourde que surnage l’acide pyroligneux; ces corps constituent le Goudron de bois proprement dit. Ce groupe contient les composés suivants : Toluol ou Toluène, C708 (bouillant à 114° G.); Xylène , C8H10; Cumol ou Cumène, C9H12 (bouillant à 148° C.); Mélhol, CW (bouillant à 160° C.).

Le bois de hêtre, qui est employé dans quelques pays à la fabrication du Goudron végétal, donne de la Créosote , constituée surtout par du Créosol, C8H10O\ bouillant à 219° C., tandis que le bois de Pin donne une certaine quantité d’essence de térébenthine ou d’huiles pyrogénées ayant la même formule.

Indépendamment de tous ces corps bien définis, le Goudron végétal contient plusieurs autres corps moins connus, et qui n’ont pas encore été parfaitement isolés, tels que le Capnomor, YEupione, YAssamar, etc.

En redistillant le Goudron végétal, et employant, vers la fin de l’opération, une température élevée, on obtient une certaine quantité de corps solides crislallisables, dont le plus important, nommé Paraffine, a pour formule CnH2n, n variant de 20 à 24. La Naphthalène C10H8, et

(1) Ce liquide aromatique se produisant dans la distillation destructive du sucre, il est très-probable qu’il se trouve aussi parmi les produits du bois, car le Pin contient de la cellulose combinée avec du sucre.

CONIFÈRES

-ilO

I ’Anthracène C'Il10, sc produisent aussi dans les mômes circonstances.

Les cristaux, que nous avons déjà mentionnés dans le Goudron végétal, sont constitués par de la Pyrocatéchine. Ils se subliment facilement à quelques degrés au-dessus de leur point de fusion (ill° G.), ou bien on peut les séparer à l’aide de l’acide acétique, dans lequel ils sont facilement solubles, ainsi que dans l’eau. Les variétés de Goudron végétal qui n’offrent pas cette substance en ont été probablement débarrassées à l’aide de l’eau. La pyrocatéchine peut être obtenue par distillation d’un grand nombre d’autres substances, telles que le cachou, le kino, les extraits de ratanhia et de feuilles de busserolle, et d’autres extraits riches en cette sorte de tannin qui forme avec les sels de fer des précipités verdâtres (etjnon bleu-noirs). On l’extrait des variétés granuleuses de Goudron végétal en les exposant à un courant d’air sec chauffé, ou en les épuisant avec de l’eau. L’éther, agité avec la solution aqueuse concentrée, puis abandonné à l’évaporation, abandonne la pyrocatéchine en cristaux incolores qui, après purification, sont dépourvus de réaction acide. Ils possèdent une saveur brûlante spéciale et persistante, et sont très-irritants lorsqu’on les abandonne à l’évaporation. La solution de pyrocatéchine prend, sous l’influence du perchlorure de fer, une coloration vert foncé qui passe au noir au bout de quelques instants, et devient rouge quand on ajoute de la potasse; ce mélange acquiert finalement une magnifique couleur violette, rappelant celle d'une solution de permanganate alcalin. Aucune coloration n’est produite dans la solution de pyrocatéchine par les protosels de fer.

Parmi le petit nombre de préparations médicinales dont fait partie le Goudron végétal, l’une des plus importantes est Veau de goudron ( Aqua vel Liquor Picis). On la prépare en agitant le Goudron avec de l’eau.

II est facile de démontrer la présence, dans ce liquide, de la pyrocatéchine, à l’aide des réactions indiquées plus haut, ou en ajoutant quelques gouttes de chromate rouge de potassium, qui produit une coloration brunâtre. On peut en déduire que la pyrocatéchine est peut-être le principe actif de l’eau de Goudron, et que, pour préparer cette eau, on doit préférer les sortes granuleuses de Goudron végétal (1).

Commerce. — Le Goudron végétal se fabrique particulièrement en Finlande. On l’expédie des différents poi’ts du golfe de Bothnie, notamment d’Uleaborg, de Gamla, de Garleby, de Jacobstad, de Ny Carleby et

(1) Nous devons supposer que les auteurs du Codex français ne partagent pas cette opinion, car ils recommandent, dans la préparation de Y Eau de Goudron, de rejeter le premier liquide de macération du Goudron.

de Chrislinestad. On l’exporte également d’Archangel et d’Onega sur la mer Blanche. La Volhynie produit aussi une certaine quantité de Goudron, qui est dirigé par le Dnieper vers la mer Noire.

Le nord de la Suède produit également du Goudron, particulièrement dans les environs d’Umea et de Lulea j la distillation y est efiectuee dans des appareils en fer perfectionnés.

Les forêts de Pin de l’Amérique du Nord produisent du Goudron et de la poix. Wilmington, dans le nord de la Caroline, a exporté, en 1871 , 23 560 barils de Goudron et 3 788 barils de poix (I).

Les importations de Goudron du Royaume-Uni ont été, en 1872, de ' 189291 barils, estimés à 218 339 livres sterling. Sur cette quantité, 145 483 barils provenaient des ports du nord de la Russie.

Les barils dans lesquels le Goudron nous arrive en contiennent environ 30 gallons. On emploie aussi, mais moins fréquemment, des barils plus petits qui portent le nom de clemi-barils.

Usages. — Le Goudron n’a pas une grande importance médicinale. On emploie parfois un onguent au Goudron contre les maladies de la peau, et l’eau de Goudron à l’intérieur. Les grandes quantités de cette substance qu’on importe chez nous sont employées dans la construction des navires, et pour la conservation des clôtures en bois.

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